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Devenir adulte : un enjeu des politiques publiques

Compte-rendu de la conférence débat du 28 février 2013

Partenaires d’un hors-série sur l’état de la jeunesse édité par Alternatives économiques, l’Injep, l’Afev et le mensuel économique ont organisé une conférence débat dont l’ambition est d’esquisser des pistes d’évolutions des politiques publiques de jeunesse. A l’heure de la globalisation des attentes et des échecs de 30 ans de politiques spécifiques que manque-t-il aux pouvoirs publics pour repenser leur action ? De la lucidité, de la connaissance, du savoir-faire ou du courage ? Morceaux choisis.

Près de 200 personnes s’étaient donné rendez-vous au Conservatoire national des Arts et métiers, jeudi 28 février 2013, pour participer à un débat, organisé par l’Injep, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) et Alternatives économiques, autour des défis posés à l’action publique par le passage des jeunes à l’âge adulte. Intitulée « Devenir adulte aujourd’hui. Quels défis pour les politiques publiques ? », cette rencontre a été l’occasion de valoriser le hors-série d’Alternatives économiques L’état de la jeunesse, fruit d’un partenariat entre ces trois partenaires.

Olivier Toche, directeur de l’Injep, Elise Renaudin, directrice déléguée de l’Afev, Thierry Pech, directeur de la rédaction d’Alternatives économiques étaient présents à cette table ronde animée par Laurent Jeanneau, journaliste au mensuel, en présence de Jean-Claude Richez, coordinateur de la mission Observation/évaluation de l’Injep, Cécile Van de Velde, sociologue, maitre de conférence à l’EHESS et Bertrand Coly, du Mouvement rural des jeunesses chrétiennes (MRJC) et représentant du Forum français de la jeunesse.

Les aides publiques en question

Pour Elise Renaudin, participer à cet ouvrage était l’occasion de communiquer sur une « enquête de l’Observatoire de la jeunesse solidaire, créé par l’Afev, et dont les conclusions interpellent les pouvoirs publics ». Cette enquête qui visait la question de l’autonomie des jeunes « interroge un système d’aides publiques qui ne prend plus la mesure de la réalité de la jeunesse et n’est plus capable de lui venir en aide », a estimé Elise Renaudin. Du côté des professionnels d’Alternatives économiques, ce partenariat entre une société de presse, une association et une institution publique « a donné corps a une ambition de faire mieux et plus précis sur la jeunesse et les politiques publiques de jeunesse », a expliqué Thierry Pech. Il s’agissait, a-t-il rappelé, de concilier « l’expertise d’une institution publique, la capacité d’interpellation d’une association et le souci d’information d’un organe de presse, capable de rajeunir un discours sur la jeunesse et de relayer les enjeux ».

Les enjeux, justement, figuraient en première place de l’intervention de Laurent Jeanneau. S’appuyant sur l’actualité économique et sociale, il a esquissé le contexte politique des promesses du président de la République de faire de la jeunesse une priorité de son action et les 47 mesures prises à son endroit dans le cadre du comité interministériel de la jeunesse (CIJ). « Le parcours vers le monde adulte est de plus en plus chaotique. La jeunesse est devenue synonyme de parcours du combattant. Il faut tirer son épingle du jeu dans un système scolaire élitiste et inégalitaire. Une fois le diplôme obtenu, il faut trouver un travail dans ce qui apparaît de plus en plus comme un bizutage social », a constaté Laurent Jeanneau énumérant « les CCD, stages, intérims, et les difficultés à trouver un logement ». « Le maître-mot c’est « la galère ». Mais pas pour tout le monde », a-t-il résumé, soulignant que la problématique des inégalités intra-générationnelles vient s’ajouter à celle des inégalités intergénérationnelles.

Des aspirations supranationales

Education, justice, démocratie… les défis qui se posent aux jeunes ainsi qu’aux pouvoirs publics dépassent le cadre des frontières de l’hexagone. C’est en tout cas le sens de l’intervention de Cécile Van de Velde. « Les mouvements tels que celui des Indignés, les mouvements estudiantins au Chili ou au Québec démontrent crûment qu’au-delà des questions nationales il nous faut traiter des problématiques transnationales portées par des générations qui ont des points communs et des aspirations communes », a estimé la sociologue.

Les jeunes du village planétaire appartiennent à la première génération qui a bénéficié de la démocratisation des études. Ils se sont socialisés autour du choix des études et revendiquent de pouvoir procéder à des choix de vie en rapport avec leur formation. Cette aspiration entre en conflit avec « une crise économique globalisée qui fait payer l’addition aux jeunes entrants dans le marché du travail », a analysé Cécile Van de Velde. La convergence croissante des problématiques de jeunesse à l’échelle de la planète s’exacerbe « avec la globalisation des cultures numériques et une mobilité nationale et transnationale toujours plus importante qui touche les jeunes en priorité ». Pour la chercheure les aspirations et les attentes des jeunes générations posent à l’échelle de la planète des questions fortes, incontournables : la question de l’éducation, son prix, et le système de méritocratie qui y est corrélé ; celle de la justice sociale et générationnelle, enfin, celle de la démocratie dans des sociétés qui ne reconnaissent pas les jeunes comme des sujets adultes, altérant leur sentiment de citoyenneté.

Exit, voice, loyalty

Dans un tel contexte Cécile Van de Velde croit assister à trois stratégies des générations montantes, trois formes d’intériorisation de la crise : exit, voice, loyalty. « Exit, a expliqué Cécile Van de Velde, pour une stratégie de sortie d’un système qui ne fait plus de place, à l’instar du mouvement de Notre-Dame des Landes. On ne croit plus aux règles du jeu (…). Voice, pour prendre la parole. C’est-à-dire apporter ses ressources critiques pour changer le système : c’est le mouvement des Indignés. Loyalty, enfin, qui désigne une stratégie de loyauté vis-à-vis du système. On y croit encore et on retourne vers soi les tensions provoquées par les difficultés du marché du travail. »

En termes de réponses publiques, Cécile Van de Velde a proposé « deux lignes directrices » : d’abord, « plus de directivité des aides en termes de reconnaissance citoyenne ». Autrement dit, il s’agirait de lutter contre la défiance des jeunes vis-à-vis de la démocratie en allant vers une « reconnaissance citoyenne plus intégrée, qui ne caractériserait pas les jeunes comme une catégorie à part ». L’enjeu serait ensuite de revoir « la mobilité et les parcours de vie », repenser les leviers de mobilité, les passerelles entre métiers, entre formations, entre études afin de permettre à la personne « de « choisir et rechoisir » ses parcours de vie, ne serait-ce que pour faire face aux situations d’adaptation posées par la crise ».

Quatre facteurs de blocage

S’interrogeant sur l’efficacité des politiques de jeunesse actuelles et les réformes qu’il faudrait leur apporter, Jean-Claude Richez a identifié pour sa part quatre facteurs de blocage. « La logique familialiste, issue des politiques nataliste des années 50, condamnant les jeunes à un assistanat familial, dont on doit mesurer le coût social à l’aune de notre idéal de justice et d’équité sociale », une absence de reconnaissance de l’utilité sociale de la jeunesse, une vision des politiques éducatives restreinte à la scolarité, enfin, une conception étroite du politique qui empêche de revoir notre référentiel de l’action publique : « On sait qu’une politique de jeunesse efficace est co-construite par l’Etat, les collectivités et les associations. En Europe, c’est la région qui s’impose comme l’échelon pertinent pour mener les politiques publiques de jeunesse. Mais en France, on a toujours tendance à considérer que c’est l’Etat le bon pilote, que les associations ne sont pas des acteurs des politiques publiques et les régions des acteurs mineurs », a regretté Jean-Claude Richez.

Politiques discrétionnaires

Bertrand Coly a jugé pour sa part, « cette assignation à la famille incompréhensible dans la société actuelle ». « Depuis plus de 30 ans on a cumulé environ 70 plans dédiés aux jeunes qui ont tous échoués, en contribuant à éloigner les jeunes de la démocratie en les confinant dans des politiques atypiques et discrétionnaires », a-t-il ajouté, estimant par ailleurs, comme Jean-Claude Richez que la place centrale accordée au référentiel scolaire mène à une impasse : « Il faut travailler sur des référentiel tels que logement, la mobilité, etc. Sinon on ne s’en sortira jamais », s’est exclamé Bertrand Coly. Autre attente : une meilleure prise en compte des jeunes dans l’espace public. « L’absence des jeunes dans les partis, dans les syndicats, les grandes associations, participe du sentiment d’une perte totale de maîtrise sur le cours du monde et de sa propre vie et du discrédit des instances démocratiques », a fait valoir Bertrand Coly. Et d’ajouter : « Les constats sont connus depuis la fin des années 90. Depuis les rapports s’accumulent. On connaît les solutions. Et rien n’avance. La société française ne peut plus se permettre de décevoir encore sa jeunesse, celle-là même qui démontre à chaque occasion qu’elle est capable de prendre sa part dans la société dans toutes ses dimensions éducative, sociale, économique… ». Une participation d’autant plus urgente et nécessaire que les jeunes connaissent particulièrement bien les mutations que traversent nos sociétés contemporaines y étant quotidiennement confrontés et qu’ils devront assumer, demain, les choix faits aujourd’hui.

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