Etudes et recherche

Livre blanc : « Prendre au sérieux la société de la connaissance »

Comment repérer et s’appuyer sur le formidable potentiel novateur des acteurs de la société civile ? Enjeu de recherche, enjeu politique… la plateforme ALLISS a publié un Livre blanc invitant les pouvoirs publics à prendre la mesure de ce « tiers état » de la recherche et à l’intégrer pleinement dans les investissements visant la réalisation de la société de la connaissance.

Lundi 27 mars, à l’Assemblée nationale,  la plateforme ALLISS (Pour une alliance sciences et société) rendait public un Livre blanc au sujet des liens entre enseignement supérieur, recherche et sociétés. Ce travail, auquel l’INJEP a collaboré, a été restitué en présence de Jean-Yves le Déaut, président de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et d’une centaine de chercheurs, cadres associatifs, parlementaires et responsables publics.

Ce texte repose sur la mise en évidence d’un « continent invisible », celui des relations sciences-sociétés qu’avait déjà été souligné lors du colloque-forum de janvier 2015. Il révèle l’existence d’un « tiers état » de la recherche : les ONG, simples citoyens, petits entrepreneurs, associations, acteurs éducatifs… qui multiplient les relations avec le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur. Cela prend la forme de l’utilisation des savoirs académiques, mais également celle de la coproduction de connaissances en relation avec des équipes de recherche. Mais ces pratiques restent mal connues et reconnues, comme écrasées entre deux logiques : celle de la légitimité purement académique et celle de la légitimité économique.

Approches interdisciplinaires

Or, les grands défis sociétaux et environnementaux auxquels font face les sociétés contemporaines requièrent des approches interdisciplinaires. Pour les auteurs de ce Livre blanc, il n’est pas question de banaliser la recherche ou abandonner toute rigueur scientifique. Mais il est vain « d’opposer à ces formes de connaissance, une connaissance pure qui permettrait à elle seule de dire le vrai et de donner les clés pour l’action », a  avancé Francis Evrard, de La Fonda – la fabrique associative, ajoutant : « C’est le cloisonnement et l’enfermement dans des bulles qui génère la post-vérité ».

Par conséquent, il y a un enjeu scientifique et politique de « reconnaître la diversité des formes de savoir, de faciliter des échanges hors des cercles de spécialistes, de croiser les cultures ».

En tant qu’institut situé à la croisée des acteurs académiques, des acteurs publics et des acteurs de jeunesse et d’éducation populaire, l’INJEP ne pouvait qu’être sensible à une méthode qui associe au diagnostic même des relations sciences-sociétés les acteurs concernées. Cela raisonne à la fois avec les modalités contemporaines de penser l’action publique, mais également avec la longue tradition de réflexion et de formation de l’institut en lien avec le secteur associatif et les mouvements d’éducation populaire. 

Enjeu démocratique

Le second enjeu est éminemment démocratique puisqu’il tient dans l’affirmation de la valeur publique de la recherche. Affirmation qui s’enracine dans la capacité des acteurs sociaux à produire de la citoyenneté et de la transformation sociale en accédant, en produisant, et en transformant les connaissances nées de l’expérience en savoirs de l’action.  

Un positionnement partagé par Thibaut de Saint Pol. Le directeur de l’INJEP a en effet déclaré dans son allocution qu’il se retrouvait « dans l’idée que la recherche n’est pas réduite aux espaces académiques et que les groupes sociaux sont coproducteurs de connaissances ». De même a-t-il affirmé « partager la conviction selon laquelle « le besoin de connaissance n’est seulement fonctionnel mais répond à une aspiration large des acteurs sociaux et politiques ». Au-delà de ces constats, il a confirmé les besoins de connaissances et de recherche articulées vers l’action publique, « à différents échelons », rappelant que l’INJEP « est sollicité aussi bien par les collectivités que par des partenaires européens et pas seulement dans une logique d’expertise, mais également de co-construction d’une réflexion appuyée sur la recherche ».

Aussi les auteurs du Livre blanc ont-ils plaidé pour des politiques publiques volontaires et des investissements forts dynamisant le « tiers état de la recherche », en particulier dans les recherches-action, le champ des innovations, la recherche et le développement, la recherche participative et  la  recherche-action. Ce cadre politique fixé, ils ont émis plusieurs recommandations : la première est la création d’une Fondation nationale recherche et citoyenneté sur le modèle de l’Association nationale de la recherche et de la technologie, financée par le Programme d’investissement d’avenir (PIA).

Intégrer davantage les acteurs de la société civile

Les auteurs du rapport recommandent notamment de structurer le cadre institutionnel des politiques publiques par un élargissement de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques aux acteurs de la société civile et la création d’un service « Partenariat avec la société civile » au sein de la direction générale à la recherche et à l’innovation du ministère en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Autre proposition : organiser des fonctions supports au sein des établissements publics dédiées à la coopération avec le « tiers état » de la recherche. Enfin, le Livre blanc invite les pouvoirs publics à accompagner les collectivités dans le repérage des acteurs non institutionnels de la recherche et dans la mise en œuvre de coopération renforcées avec ces derniers.

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