Etudes et recherche

Compte-rendu

Retour sur la conférence-débat : la santé des ados au collège

Handicap, bien-être, santé mentale. La santé des adolescents a été mise en débat à l’initiative de l’INJEP. L’institut a réuni les coordonnateurs du dernier numéro de la revue Agora débats/jeunesses, acteurs et observateurs pour une mise en perspective en présence d’une soixantaine de participants.

Mardi 31 janvier 1017 se tenait à l'université Paris-Diderot, une conférence débat organisée par l'INJEP à l'occasion de la parution du hors-série de la revue Agora débats/jeunesses consacré à la santé et aux comportements de santé des adolescents. Plus précisément, il s'agissait de mettre en débat l'analyse des données de l'enquête internationale Health Behaviour in School-aged (HBSC) par des spécialistes de l'adolescence et de la santé publique: Emmanuelle Godeau, médecin de santé publique, médecin conseiller au rectorat de Toulouse et chercheuse à l'INSERM, qui dirige cette enquête en France, Enguerrand du Roscoät, responsable de l'unité Santé mentale-Santé publique France, chercheur associé au laboratoire parisien de psychologie sociale (LAPPS) Bruno Falissard, pédopsychiatre et biostatisticien, directeur du centre INSERM CESP (Centre de recherche en épidémiologie et santé des publications), Sylvie Ayral, professeure agrégée, docteurs en Sciences de l'éducation, prix Le Monde de la recherche universitaire, enfin, Mohamed Boussouar, directeur des programmes de l'Instance régionale d'éducation et de promotion de la santé (IREPS), Auvergne Rhône-Alpes.

HSCBC : une enquête internationale auprès de 200 000 élèves

Health Behaviour in School-aged (HBSC) est une enquête internationale menée tous les quatre ans, sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans 43 pays ou régions d'Europe et d'Amérique du nord depuis 1982. Elle a été menée auprès de 200 000 élèves en 2014. En France, ce travail a concerné quelque 10 434 élèves dont plus de 7000 collégiens.  

Les résultats retranscrits dans ce numéro d'Agora débats/jeunesses ont été circonscrits à la population collégienne. La conférence-débat quant à elle portait tout particulièrement sur la méthodologie de l'enquête, la santé mentale des adolescents, les questions de handicap et de harcèlement. Ainsi les analyses d’Enguerrand du Roscoät ont-elles interrogé le sentiment de bien-être des collégiens en travaillant des indicateurs de satisfaction et de perception de l'avenir, gradués de 0 à 10 (score de Cantril).

Champ : élèves de sixième, cinquième, quatrième et troisième scolarisés en France métropolitaine.

Source : enquête HBSC 2014.

 

Bien-être, intermédiaire, mal-être : trois registres pour évaluer la santé mentale

A partir de ces indicateurs, il a classé les types de réponses en trois domaines : bien-être, intermédiaire, mal être. Il ressort de ces questionnaires que le niveau de santé mentale des collégiens est globalement bon, mais qu'il s'exprime davantage du côté des garçons que du côté des filles : 76% des collégiens se disent satisfaits – 84% pour les garçons. Outre le genre, le niveau social des parents, et la stabilité de la cellule familiale joue également en faveur de ce sentiment de bien-être. Les 2% des adolescents qui expriment un mal-être sont deux fois  plus nombreux que les autres à appartenir aux classes sociales détenant les revenus les plus bas (4%).

De l’importance du soutien social

D'autres éléments objectivés dans cette analyse jouent fortement dans le sentiment de bien-être ou de mal-être des adolescents. Ils tiennent dans ce qu'Enguerrand du Roscöat désigne sous le terme de "soutien social perçu". Par soutien social, "on entend tout un ensemble de points allant de l'affection au soutien dans l'aide à la décision", a expliqué Enguerrand du Roscoät. Il a décliné ce soutien social en deux catégories : le soutien social des familles, et le soutien social des pairs. Or, c'est lorsque se cumulent le sentiment de faible soutien familial et le sentiment de faible soutien des pairs que le nombre de collégiens se sentant déprimés décolle : + 19%.

Le harcèlement en question

Les outils fournis par le score de Cantril ont été également fortement mobilisés pour analyser le phénomène complexe du harcèlement.  Le harcèlement a été ainsi défini par Emmanuelle Godeau comme "une intentionnalité agressive qui se répète dans le temps cherchant à réaliser une emprise dominant/dominé dans laquelle la victime n'a aucun moyens de se défendre seule". La médecin en santé publique qui coordonne l'enquête HBSC en France a aussi tenté de faire le lien entre harcèlement et altération de la santé mentale à travers deux réactions types face à cette forme d’agression : l'internalisation (stress scolaire, dépressivité, plaintes récurrentes) et l'externalisation (ivresse, consommation de cannabis, bagarres).

Emmanuelle Godeau a mis en phase ce tableau des réactions au harcèlement avec un descriptif des comportements de harcèlement, pour mieux en comprendre les rouages. Ce descriptif présente un tableau décrivant les comportements de harcèlement collégien en quatre catégories : "ni harceleur, ni harcelé", "harcelé, non harceleur", "harcelé et harceleur", "harceleur, non harcelé". A partir de cette double approche, Emmanuelle Godeau a pu mettre en évidence des "modèles de régression logistique" permettant de mesurer "l'association entre le harcèlement et la santé mentale, dans les registres complémentaires de l'internalisation et de l'externalisation".

Harceleurs, harcelés : des fragilités en commun

Il résulte de ce travail que victimes et auteurs de harcèlement présentent de nombreux points commun au plan de leur fragilité psychologique. Emmanuelle Godeau a étayé ses propos en s'appuyant sur des enquêtes longitudinales sur leur devenir respectif les exposant à des taux assez proches de troubles internalisés (dépression, suicide, anxiété) et externalisés (consommation de produits psycho-actifs, bagarres...).

Dans un tout autre domaine, celui de l'inclusion des élèves handicapés, la loi de 2005 a fait décoller le nombre de jeunes en situation de handicap, sans que "grand-monde ne se pose la question de la qualité de cette intégration", a rappelé Emmanuelle Godeau. L'originalité du questionnement tient d'abord dans une approche fondée, là encore, sur la façon dont les jeunes perçoivent le collège. Elle tient ensuite dans la façon dont ces collégiens perçoivent le climat scolaire, postulant que celui-ci occupe une fonction essentielle s'agissant de l'inclusion scolaire de ces jeunes.

Le climat scolaire déterminant

Le climat scolaire, a affirmé Emmanuelle Godeau, a en effet "un impact démontré sur la réussite académique, mais il influe aussi directement sur le bien-être et la motivation de l'élève". Au surplus, l'étude montre que plus de 18% des collégiens handicapés en milieu ordinaire ont déclaré ne pas aimer du tout l'école, contre environ 12% des autres élèves. Ces travaux démontrent par ailleurs, que l’aversion pour l'école dépend fortement du manque de soutien social des adultes et des pairs, ainsi que de la perception des exigences scolaires. Or, l'étude menée auprès des élèves scolarisés en ULIS, c'est-à-dire, en sections spécialisées, montre que plus de 40% d'entre eux rapportent avoir été victimes d'actes de harcèlement. Environ 80% d'entre eux signalent des moqueries, un sur deux des violences, un sur dix du racket ou du harcèlement dans un registre sexuel – respectivement 11,1 et 10,7%. Enfin l'enquête démontre que de fortes inégalités demeurent au sein de la population de collégiens en situation de handicap, questionnant la réalité des politiques universelles d'inclusion.

Si les effets quantitatifs des politiques inclusives mises en place après la loi du 11 février 2005 sont incontestables, avec une hausse très importantes des inscriptions en milieu ordinaire, "l'impact de cette inclusion en termes de bien-être, d'épanouissement personnel, et, au-delà, de parcours scolaire et social dans son ensemble" reste contrasté et "doit être mieux exploré", a avancé Emmanuelle Godeau.

S'il s'est dit ravi de savoir que "plus de 80% des ado' vont bien", Mohamed Boussouar s'est appuyé sur la définition de l'OMS de la santé, "comme état de bien-être complet physiologique, mental et social" pour faire état d'un certain nombre de préoccupations : les travaux présentés montrent des disparités importantes en fonction des catégories sociales et professionnelles, mais aussi, entre les sexes. Si le mal-être des garçons prend des formes externes comme la violence, les filles retournent plus facilement la violence contre elles, obéissant à des préceptes sociaux plus ou moins affichés.

"Je voudrais souligner l'impact des politiques publiques et éducatives, a confirmé pour sa part  Sylvie Ayral. Car à l'intérieur de nos institutions "perdurent des dynamiques qui reproduisent la domination du masculin sur le féminin. En matière d'éducation, l'argent public  va majoritairement vers des filières réservées aux garçons au détriment des activités "dites" féminines".

Asymétrie entre les sexes

Il faudrait, a-t-elle martelé, "s'attaquer aux causes plutôt qu'aux effets. On signe des conventions égalité filles/garçon depuis 35 ans, qui voudraient hausser les filles dans les filières dont elles sont chassées, mais on ne pousse pas les garçons à aller vers des tâches d'attention, de soin, d'éducation".

Mais ce qui est vrai dans le registre de l'éducation se vérifie dans celui de la santé : "85% des atteintes physiques sont le fait d'hommes, 94% des tués en deux roues sont des hommes, 61% des élèves scolarisés en SEGPA sont des garçons, 75% des suicides sont des hommes", a égrainé Sylvie Ayral. Et de s'interroger : "Pourquoi une telle asymétrie sexuelle ?"

Pour cette docteure en sciences de l'éducation, il s'agit bien moins là de déterminants biologiques que d'un "phénomène social, pathologique, à large échelle", que les pouvoirs publics seraient très inspirés de considérer comme tel.

 

 

 

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