C’est un atelier d’aide au soutien scolaire pour les parents de collégiens. Deux pièces dans un espace plus vaste dédié à la parentalité, l’un des trois piliers des politiques de jeunesse de la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Deux pièces dont la séparation en placoplâtre a été abattue pour relier les espaces. Au fond, des livres reposent sur une table : Johnny s’en va-t-en guerre, de Dalton Trumbo ; Le vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepulveda ; Gen d’Hiroshima, le manga culte de Keiji Nakazawa. À l’entrée, la salle de réunion. Elles sont une douzaine à s’y serrer. Quarante cinq ans d’âge en moyenne, mines concentrées, stylo en alerte, ces mères d’adolescents prennent des notes avec des airs d’étudiantes appliquées, sous une reproduction d’Henri Matisse. En face, Anne Panvier, silhouette légère dans une robe noire, rehaussée d’un châle aux motifs métalliques, gribouille des schémas au marqueur, interpelle son public d’une moue comique, l’index tendu : « Face à la démotivation, ce qui ne marche pas : la pression sur l’avenir, en décrétant par exemple : ‘’C’est maintenant ou jamais !’’. Pire, l’émotif. Exemple : ‘‘Ça me met dans de ces é-t-ats !’’ ». Coup de talon flamenco. Éclat de rire général.

Avec son petit air de Marlène Jobert dans son âge d’or, cette enseignante, formatrice et mère de collégiens, brosse une galerie de portraits de ces ados qu’elle fréquente quotidiennement où, derrière le vernis de la cruauté, percent des bouffées de tendresse. Entre « l’impulsif cognitif » qui sait tout avant de comprendre (« Non mon chéri, un pharaon n’est pas tout à fait une espèce de roi »), l’ « intolérant à la frustration » qui nourrit les conflits de son absence de cadre, ou encore « l’anxieux dévalorisé », perfectionniste et paralysé par le jugement des pairs, chacun reconnaîtra son chérubin et ses difficultés à se frayer un chemin vers l’âge adulte.
En savoir +
- Cahiers de l’action - L’action sociale et la fonction parentale : héritage et renouveau Sous la direction de Florence Ovaere
- Le réseau des Écoles des parents et des éducateurs (EPE) www.ecoledesparents.org
- La maison des adolescents
www.travail-solidarite.gouv.fr Rubrique « Famille/enfance »
Une dame qui avait dissimulé le bas de son visage, dégage le col de son pull polaire pour laisser resplendir un sourire entendu. Sa voisine, grande, blonde, aux mèches savamment balayées, incline lentement sa tête en haussant ses sourcils. Une autre ferme les yeux, pose son menton sur le poing, s’amusant mentalement d’une secrète anecdote.
Traiter les désarrois
Avec cet art consommé de l’empathie, Anne Panvier évoque aussi sa situation d’enseignante, cherche à transmettre les champs de préoccupations de tous les éducateurs qui s’occupent des 11-15 ans et ouvre des perspectives : « Il y a bien d’autres façons de soutenir un adolescent en manque de confiance que de valoriser l’expérience et la réussite. La ténacité, la fiabilité, le temps passé à vouloir bien faire, à aider des camarades plus jeunes ou plus faibles, sont autant de qualités rares qui peuvent être soulignées à la maison comme en conseil de classe », plaide-t-elle. Derrière le cas pratique du soutien scolaire, les doutes et les angoisses de mères parfois désemparées apparaissent au grand jour. Et si l’on recourt fréquemment à l’humour pour dédramatiser les situations, pas questions d’éluder les difficultés souvent tragiques que connaissent certains ados et leurs familles.
"On a découvert sa violence sur son blog :un mal-être énorme, des fantasmes de scarifications, des trucs qui font peur"
« On sentait qu’elle n’allait pas bien, mais elle refusait toute aide de notre part », raconte cette dame blonde, enveloppée dans une veste chauve-souris couleur pastel, en ramenant ses cheveux en arrière. Son regard noisette se trouble un peu : « On a découvert sa violence sur son blog : un mal-être énorme, des fantasmes de scarifications, des trucs qui font peur. Elle m’a reproché d’avoir lu ses textes. Pourquoi les avoir publiés, alors ? ». – Vous avez résisté. Et vous lui avez fait comprendre que vous aviez entendu son appel à l’aide », lui répond-on. Au côté d’Anne Panvier, il est aussi possible de rencontrer une psychologue de l’Espace Parent-Enfant. L’intervention d’une psychologue clinicienne permet de renouer les fils ténus du dialogue avec l’enfant. On l’aura compris, l’Espace Parent-Enfant d’Issy-les-Moulineaux, ce sont aussi des ateliers sur les relations et la communication en famille, la paternité, ou l’alimentation, mais aussi des entretiens individualisés, des médiations familiales, un service de conseil conjugal… Toute une gamme de soutien à la fonction parentale à côté de ces deux pièces dédiées à l’accompagnement scolaire. Deux pièces dont la séparation en placoplâtre a été abattue pour relier les espaces.
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