Conférences et rencontres

Compte-rendu

Vie associative : les groupements d’employeurs en débats

Le 5 juin 2018, dans le prolongement du Cahiers de l’action n°50 dédié aux groupements d’employeurs, l’INJEP organisait une conférence-débat au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Morceaux choisis.

De plus en plus d’associations choisissent de se regrouper ou de s’associer avec des collectivités pour développer l’emploi. La 50e édition des Cahiers de l’action édités par l’INJEP, consacrait aux groupements d’employeurs non marchands l’intégralité de ses pages.

Créé il y a plus de trente ans afin de mutualiser l’emploi et de l’optimiser  en fonction des besoins des entreprises, le groupement d’employeurs (GE) se destinait originellement au secteur marchand. Or, les champs du sport et de l’animation que ces emplois précaires, partiels ou saisonniers voient un nombre croissant de GE se développer. Les acteurs du secteur cherchent ainsi à réduire la précarité des situations professionnelles, l’instabilité des associations et pallier autant que possible la variation des activités. Ils y voient l’occasion également de proposer une offre diversifiée, de professionnaliser les professionnels, qu’ils soient encadrants sportifs ou animateurs.

Les groupements d’employeurs dans le secteur non marchand : méconnus malgré un bilan positif

Afin de mettre en débat ce travail éditorial et mieux cerner les enjeux, l’INJEP a organisé une conférence le 5 juin, à Paris. Katia Torrès, chargée de mission Emploi et économie sociale et solidaire dans le secteur du sport et de l’animation socioculturelle, au ministère des Sports,  Angélica Trindade-Chadeau, et Emmanuel Porte chargés d’études et de recherche à l’INJEP, animaient cette rencontre en compagnie de Jean-François Draperi (CNAM), Marie Devaud et Jérémy Cargnelli (Profession Sport et Loisirs), Vincent Cotte, (GE Paris Culture), enfin, Grégory Autier (coprésident du Réseau national des maisons des associations – RNMA -  et directeur du GE MEDIA).

A l’heure du bilan, nombre d’acteurs présents dans la salle portaient un regard globalement positif sur les GE.

Katia Torrès a estimé en effet que « dans le secteur du sport, de l’animation et des loisirs, le GE est une préoccupation ancienne car il permet la création d’emplois pérennes, non délocalisables, tout en apportant des réponses aux attentes des usagers dans la diversification de leurs pratiques et dans l’évolution des besoins ». Ce faisant les GE participent à la rationalisation et la structuration des projets associatifs, aux évolutions des modèles économiques des domaines des sports et des loisirs, ainsi qu’au développement des territoires.  C’est pourquoi l’Etat a créé des outils d’information et d’accompagnement, soutenu financièrement la création de groupements d’employeurs et formé des cadres sans pour autant parvenir à populariser tout à fait cette formule. « Les GE sont encore peu connus, peu développés dans le secteur non marchand », a regretté Katia Torrès. Seuls 500 GE seraient en effet répertoriés dans ce champ.

Les GE : un outil d’animation territoriale et de coopération

Grégory Autier a abondé dans ce sens, jugeant que le développement des GE constituait un enjeu de portée nationale puisque le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a été saisi par le Premier ministre en avril sur ce thème. Il convient par ailleurs, a-t-il jugé, de ne pas envisager la question sous le seul angle de l’emploi. « Le GE est un outil d’animation territoriale pour notre secteur. C’est plus que répondre à l’émiettement de l’emploi, plus qu’une réponse aux besoins de compétences des associations, mais un moyen favorisant l’émergence de dynamiques collectives et notamment l’inter-associativité », a fait valoir Grégory Autier.

Marie Devaud, directrice d’un GE en région Poitou-Charentes, Profession Sport et Loisirs, a ainsi pointé comment les GE ont pu servir de pierre angulaire au développement de professionnalisation et de la qualification des acteurs du sports et des loisirs en répondant notamment aux défis posés par la saisonnalité des emplois dans des territoires touristiques et ruraux. Mais pour être totalement reconnue et acceptée, la philosophie des GE devrait « sortir du modèle de la mutualisation contrainte. Si les associations avaient le choix, elles préfèreraient faire seules. Il y a un vrai travail de conviction à mener pour que les acteurs comprennent l’intérêt de faire ensemble ».

La condition : une convergence des volontés

En Île-de-France, le groupement d’employeurs Profession Sport et Loisirs a « essayé de se développer sur des projets de territoires en identifiant les fonctions supports, a renchéri Jeremy Gargnelli. Mais cette exigence de transversalité, le GE a dû commencer à se l’appliquer à lui-même en fusionnant avec les structures de Seine-et-Marne et de Seine-Saint-Denis ». L’étape suivant a consisté à convaincre les collectivités, puis à faire évoluer les métiers vers de l’accompagnement des cadres bénévoles qui ne sont pas forcément compétents en matière de gestion du personnel.

Vincent Cotte, (GE Paris Culture), a considéré pour sa part qu’un « GE ne crée pas une économie, mais va la porter. A partir du moment où émerge de l’activité autour de besoins, vous avez une chance de constituer quelque-chose ». Pour que cela fonctionne, « il faut une convergence des volontés, c’est-à-dire, un réseau d’acteur résolus à avancer ensemble et partageant un certain nombre de visions ». Car si les structures ne sont pas cimentées par « une forte adhésion autour du projet, on risque, avec le départ progressifs de ses porteurs, de se retrouver dans la situation catastrophique qui consiste à gérer des CDI sans emploi », a expliqué Vincent Cotte.

Au quatrième temps de l’économie sociale et solidaire

Jean-François Draperi responsable du Centre d’économie sociale au CNAM et également rédacteur en chef de la revue internationale de l’économie sociale (RECMA), a mis en perspective les GE dans une perspective historique au sein de l’économie sociale et solidaire (ESS). « Nous nous situons dans le quatrième temps de ce mouvement. Le premier est apparu au début du 19e siècle sous la forme des associations ouvrières de production » qui tentaient de s’affranchir du capitalisme naissant et des raisons patronales. C’est la « micro-république des travailleurs ». Dans un second temps, l’ESS se cristallise autour de la mobilisation des usagers réunis dans des coopératives de consommateurs. Cette « macro-république des consommateurs » entendait substituer les intérêts des consommateurs aux sociétés de capitaux. Le troisième temps, indissociable de la décolonisation et de la volonté des peuples récemment émancipés de s’inscrire dans une économie déliée des tutelles politiques de la guerre froide, a vu le foisonnement des associations villageoises, artisanales et agricoles. Il s’agit, selon Jean-François Draperi du moment de la « coopération internationale et de l’aide au développement ». Nous serions désormais inscrits dans un quatrième temps, lié à la reconnaissance politique et institutionnelle de l’ESS, qui pousse à une effervescence des formations universitaires dans le domaine. Elle se traduit par une « meso-république », tirant les leçons des échecs des tentatives « macro » et « micro », pour tracer une voie intermédiaire qui prospère à l’échelle des territoires et inscrit l’activité dans l’inter-coopération.

 

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