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Éducation populaire / Animation

Frédérick Pairault – délégué général de l’Anacej.

« Une séquence jeunesse s’ouvre. Les grandes collectivités ont leur mot à dire »

L’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes invite les élus et professionnels des collectivités de plus de 100 000 habitants à débattre des enjeux des politiques de jeunesse, à l’heure de l’acte III de la décentralisation et de la relance du comité interministériel de la jeunesse (CIJ).

En partenariat avec l’INJEP et la Ville de Paris, l’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (Anacej) organise le 13 février prochain une rencontre sur le thème : Les jeunes dans la ville. Cette manifestation se tiendra à l’Hôtel de ville de Paris en présence de la ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative, Valérie Fourneyron, du maire de la capitale, Bertrand Delanoë et de Gilles Pargneaux, Député européen et Président de l’Anacej. Frédérick Pairault, délégué général de l’Anacej, de revenir sur les motifs et les objectifs de cette manifestation qui s’adresse aux collectivités de plus de 100 000 habitants. Interview.

INJEP : Pourquoi ce souhait d’une manifestation dédiée aux collectivités de plus de 100 000 habitants ?

Frédérick Pairault : L’Anacej regroupe tous les types de collectivités : régions, villes, départements… des communes rurales, des grandes villes, des collectivités métropolitaines comme ultramarines. Le fait est qu’il y a un effet masse qui fait émerger des spécificités et des enjeux communs aux grosses collectivités qui ne se posent pas dans les mêmes termes qu’au sein de collectivités plus petites. Dès lors, les collectivités de plus de 100 000 habitants ont émis le souhait, dans le cadre de l’acte III de décentralisation, de trouver un temps et un lieu pour se retrouver ensemble sur les politiques de jeunesse. Tout le monde se sent légitime, mais dans cette redistribution des cartes quelles seront les compétences de chacun, quel va être le pilotage général ? Retrouvons–nous entre élus et acteurs pour trouver des réponses collectives aux questions qui se posent ! On est sur une démarche « transterritoriale » où les trois grandes collectivités que les sont les villes, les régions et les départements, densément peuplés, essaient d’élaborer un discours et du fond sur les politiques de jeunesse.

Dans quelle mesure l’initiative que vous portez fait écho à la réunion du comité interministériel à la jeunesse qui se tiendra le 21 février prochain ?

Depuis 30 ans, les pouvoirs publics cumulent des politiques spécifiques aux jeunes, avec pour résultat, une jeunesse qui va de moins en moins bien. Effectivement, le choix de la date de cet événement, une semaine avant la réunion du comité interministériel à la jeunesse n’est pas fortuit. Pour l’Anacej, il est important que les collectivités qui se préoccupent des questions de jeunesse donnent leur avis sur les bases d’une réflexion structurée. C’est d’autant plus légitime que depuis des années, elles sont en pointe en matière de politiques de jeunesse alors que l’Etat, lui, s’en est désengagé.

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Avec l’alternance politique, est nommée une ministre qui veut remettre l’Etat au cœur de l’action. On entre dans une séquence jeunesse importante. La priorité qu’affiche le gouvernement sur les politiques de jeunesse commence à se concrétiser. Les collectivités veulent dire leur mot. L’Anacej qui porte une parole de 400 collectivités et de dizaines de milliers de jeunes engagés dans la démocratie locale se doit d’apporter sa contribution.

Le programme de la manifestation accorde une forte place à la place des jeunes dans les politiques publiques les concernant. Comment l’expliquez-vous ?

L’association, la participation des citoyens aux décisions les concernant est une aspiration qui renouvelle en profondeur notre système démocratique. Mais encore trop souvent aujourd’hui, on ne pense pas assez la ville en intégrant toutes les populations. Or, il faut comprendre que la jeunesse c’est la population qui sera concernée directement par les aménagements qui sortiront de terre dans 10 ou 15 ans. Il est donc essentiel d’associer la population à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques et pas seulement dans des domaines qui ont trait à l’éducation ou les loisirs. La jeunesse est donc un segment stratégique de la population d’une ville. Mais répondre aux attentes de la jeunesse ce n’est pas seulement s’occuper d’un segment de la population d’une ville, c’est satisfaire la population toute entière. Les jeunes ce sont les administrés d’aujourd’hui et a fortiori de demain.

Cette volonté d’intégrer les principes de dialogue et de concertation n’est-elle pas contradictoire avec le format général de la manifestation ?

L’idée ici est de permettre aux élus et à certains cadres d’échanger ensemble entre pairs. On n’est pas dans un lieu de dialogue élargi, mais de réflexion entre décideurs. On élargira ensuite. L’objectif est de créer une base de réflexion commune sur l’enjeu de la jeunesse dans les territoires. Chacun ne met pas en place les mêmes politiques en fonction des partis pris et des situations. L’objectif est de partager les constats et s’accorder sur des réponses communes, fortes, en tirant notamment le bilan d’expériences pilote. L’idée c’est que des initiatives comme celles de Toulouse, Strasbourg, ou le conseil régional Rhône-Alpes qui ont expérimenté des modes de participation, des diagnostics territoriaux, des projets originaux en matière de jeunesse, puissent faire école. Doit-on partir d’un diagnostic complet, comme cela a été fait à Toulouse ? Quels sont les points communs avec le plan « Montagne 2040 » du Conseil régional Rhône-Alpes qui ambitionne de proposer un scenario pour l’avenir des régions montagneuses du territoire et repose entre autres sur la consultation des jeunes ?

Outre les initiatives exemplaires, ce rassemblement peut-il aider à faire émerger les grandes attentes des jeunes aujourd’hui ?

Ces initiatives ne sont pas nées de rien. Ce sont autant de réponses à des attentes pressantes des jeunes. Prenons l’exemple de l’autonomie : Grenoble a travaillé à la mise en disposition de lieux permettant d’expérimenter l’autonomie dans un cadre qui permet de concilier liberté et sécurité. Paris a mis en place des Nocturnes jusqu’à une heure deux heure du matin avec un encadrement adulte, mais un encadrement « soft », puisque le lieu reste investi par les jeunes. On est ici au cœur du dilemme adolescent : prendre des risques tout en assurant la sécurité des biens et des personnes. C’est un vrai défi pour l’action publique.

Pourquoi avoir souhaité associer l’INJEP ?

L’INJEP est la référence sur la question de la jeunesse et des politiques publiques de jeunesse. Si on commence notre journée par une présentation de l’Atlas des jeunes en France, c’est qu’on y trouve un cadre commun de référence, des éléments de diagnostic partagé, et ce, dans un style accessible sans rien céder à la pertinence et à la richesse du propos. Travailler avec l’INJEP c’est avoir ce type d’élément comme base de travail. Enfin, l’INJEP pour nous, c’est un vrai réseau d’experts sur les questions de jeunesse qui apporte à nos élus acuité et distance.

- Propos recueillis pas Roch Sonnet, INJEP.

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