Statistiques et indicateurs

Thibaut de Saint Pol et Geoffrey Lefebvre : "Un service statistique renforcé, des garanties d’objectivité et d’indépendance étendues à l’ensemble des travaux"

Thibaut de Saint Pol, directeur de l’INJEP, et Geoffrey Lefebvre nouveau responsable de la mission des études et de l’observation statistique (MEOS) expliquent comment ils souhaitent conduire le renforcement des missions statistiques voulues par le ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Il s’agit non seulement de renforcer les fonctions statistiques en les croisant aux autres domaines d’expertise de l’INJEP, mais aussi de profiter de cette opportunité pour renforcer le positionnement de l’institut en s’appuyant sur les garanties réglementaires portant sur la neutralité, l’indépendance et la qualité des travaux statistiques.

Thibaut de Saint Pol, directeur de l’INJEP, et Geoffrey Lefebvre responsable de la mission des études et de l’observation statistique (MEOS

INJEP : Pourquoi et comment renforcer la mission statistique de l'INJEP ? Qu'est-ce que cela induit au plan stratégique pour l'institut dans sa nouvelle configuration de service à compétence nationale ?

Thibaut de Saint Pol : Avoir choisi de placer la Mission des études et de l'observation statistique (MEOS), service statistique ministériel en charge de la jeunesse et des sports, au sein du nouvel Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire est un acte fort, tout d’abord car l'intégration de ce service permet de renforcer la complémentarité entre les travaux qualitatifs et quantitatifs des autres services de l'INJEP, comme ceux de la mission observation, évaluation (MOE) ou de la mission d'animation du Fonds d'expérimentation pour la jeunesse (MAFEJ). Mais aussi parce que, du fait de l'intégration de la MEOS dans l'INJEP, notre service doit répondre à une responsabilité renforcée en termes de données quantitatives, de solidité dans les restitutions des productions scientifiques, de rigueur dans la mobilisation des sources, et surtout en termes de neutralité et d’objectivité. En effet, la MEOS, comme tout service statistique ministériel, se doit de respecter le Code de bonnes pratiques de la statistique européenne, ainsi qu’un certain nombre de règles juridiques contenues notamment dans la loi du 7 juin 1951.

L’enjeu stratégique consiste donc à renforcer la mission statistique et à s’appuyer sur les garanties réglementaires visant la neutralité, l’indépendance professionnelle et l’objectivité des travaux statistiques, pour en étendre formellement les principes à l’ensemble des productions de l’INJEP, qualitatives ou quantitatives, principes qui y étaient bien sûr déjà largement appliqués. En retour, cela impose à l’ensemble du collectif de travail, un certain nombre d’engagements sur la qualité, les méthodologies retenues, ou encore l’accessibilité et la clarté des productions. La somme de ces engagements et des garanties qui y sont liées, est contenue dans une charte de déontologie que nous avons élaborée collectivement et que nous rendrons bientôt publique. Elle s’articule autour de principes forts que sont l’indépendance, l’impartialité, la transparence, l’objectivité, l’intégrité, l’obligation de réserve, la confidentialité, la fiabilité ou la qualité des productions.

Geoffrey Lefebvre : Intégrer la MEOS au sein de l’INJEP revient en effet à affirmer un principe : celui d’une complémentarité de la production de statistiques avec celles des autres services. Qu’ils relèvent des expérimentations des politiques publiques de jeunesse, de la recherche ou d’études qualitatives visant à comprendre les jeunes et leurs comportement, tous ces travaux seront plus systématiquement enrichis et mis en perspective par les données et aux indicateurs produits en propre par l’institut ou les autres acteurs de la statistique publique. Mon rôle n’est pas seulement de piloter la production de données au sein du service statistique ministériel (SSM), mais aussi d’articuler celles-ci avec des travaux transdisciplinaires, mobilisant des compétences dans des domaines aussi variés que la sociologie, la statistique, l’économie ou l’évaluation des politiques publiques.

INJEP : La direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA) a annoncé la pérennisation d’un Baromètre DJEPVA sur la jeunesse. Par ailleurs des indicateurs régionaux ont été publiés. Quel rôle l’INJEP est amené à jouer dans la pérennisation d’un tel outil ? Pour quels usages ?

Thibaut de Saint Pol : L’objectif de ce baromètre est de fournir aux acteurs des politiques de jeunesse des informations rapides et précises permettant de renseigner leurs actions. La DJEPVA, avec le soutien méthodologique de l’INJEP, s’est adossée à une grande enquête du Crédoc qui a permis de recueillir un échantillon de 4000 jeunes. L’INJEP a joué un rôle moteur tant sur la méthodologie que sur le suivi et la restitution de ce baromètre. Il s’agit-là d’un outil souple, moins onéreux qu’une enquête labellisée statistique publique qui se doit respecter un cahier des charges plus strict. Cela ne signifie pas pour autant que le baromètre ne constitue pas une source d’information intéressante. Nous l’envisageons comme un outil complémentaire, permettant de mesurer l’évolution de la situation des jeunes, renseignant différentes problématiques de recherche comme la mobilité ou l’engagement, et permettant la construction de politiques publiques pertinentes au plus près des territoires.

INJEP : L’intégration et le renforcement de la mission statistique au sein de l’INJEP visent-ils seulement la complémentarité des compétences ? Ou l’appliquez-vous à d’autres domaines, comme celui des partenariats ?

Thibaut de Saint Pol : Par ce nouvel attelage, nous voulons non seulement renforcer les compétences, mais aussi élargir les partenariats à travers une mise en commun des réseaux des différentes missions. Par exemple, l’intégration de la MEOS au sein de l’INJEP consolide les transversalités avec les autres ministères et tout particulièrement avec les autres services statistiques ministériels que ce soient la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du ministère des Affaires sociales ou de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) au sein du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche… Des partenaires qui seront intégrés également dans notre conseil scientifique et d’orientation.

De même, la MEOS, de par sa relation historique avec la direction des sports, va permettre de creuser les questions sportives, ouvrant des perspectives de collaboration avec l’INSEP.
Plus largement, les fonctions statistiques de l’INJEP auront un rôle à jouer important dans l’inventaire et la qualification des données existantes. Prenons par exemple la vie associative, l’une des thématiques de travail centrales à l’INJEP : le besoin n’est pas tant, dans un premier temps de produire de la donnée, que de réunir les différents producteurs au sein d’un observatoire de la vie associative, de dire ce qu'on a en commun, de déterminer ce qui se produit, ce qui manque, ce qui est prioritaire. Si ces données existent, sont-elles fiables ? Quelles en sont les limites ? Quelles sont celles qu’il faut mettre en avant et, éventuellement, compléter ?

Geoffrey Lefebvre : Si nous nous en tenons à nos strictes fonctions de production de statistiques, force est d’admettre qu’elles restent modestes au regard d’autres grands organismes publics, en premier lieu les autres SSM. En même temps, cette production statistique est, au sein de l’INJEP, cumulée, hybridée à ses autres champs d’expertise. Pris dans leur globalité, les travaux de l’INJEP représentent une source considérable de connaissance. On se complète. Si nous nous contentons de porter des chiffres, notre action, notre vision des possibles se réduisent. En revanche, si nous assortissons ces chiffres à un discours sur leurs limites, sur ce qu’ils disent et ne disent pas, nous contribuons à cette réflexivité nécessaire aux acteurs.

Thibaut de Saint Pol : Je partage cette vision : les statistiques sont dangereuses lorsqu’elles ne sont pas éclairées. L’INJEP dans son organisation actuelle est le fruit d’une volonté des pouvoirs publics de gagner en connaissances et en réflexion pour atteindre plus d’efficacité et de pertinence dans leurs actions. La force de ce projet tient dans la conviction que cette réflexivité prend sa sources dans diverses disciplines et qu’elles se renforcent mutuellement lorsqu’elles interagissent. 

INJEP : Quel va être le rôle de l’INJEP, plus particulièrement au plan statistique, dans l’animation de réseaux de référents dédiés à l’observation au sein des directions régionales de la jeunesse et de la cohésion sociale (DRJSCS) ?

Thibaut de Saint Pol : Une réflexion est actuellement engagée avec les DRJSCS sur leurs missions d’observation et de statistique. Nos échanges avec les services déconcentrés ont permis de faire émerger des convergences et des attentes réciproques. Du côté de l’INJEP nous sommes en attente de meilleurs relais sur ce que nous pouvons produire pour éclairer les politiques locales. Côté DRJSCS, il y a de fortes attentes en termes d’appui méthodologique, d’informations et d’aide à la décision. Le décret de création de notre service à compétence nationale  confère d’ailleurs explicitement à l’INJEP un rôle d’appui auprès des directions régionales et c’est une mission que, dans la mesure de nos moyens, nous comptons jouer pleinement.