Éducation, formation orientation

Rencontres "Parcours de jeunes et territoires"

Témoignages d'acteurs : Toulouse : entre jeunesse réelle et jeunesse perçue

Toulouse l’étudiante cultive l’image d’une jeunesse apprenante et dynamique. Mais la cité des capitouls abrite autant  de jeunes actifs  intégrant un tissu économique local qui ne leur offre des emplois qualifiés et bien souvent  précaires en début de carrière.

Toulouse l’étudiante cultive l’image d’une jeunesse apprenante et dynamique. Mais la cité des capitouls abrite autant  de jeunes actifs  intégrant un tissu économique local qui ne leur offre des emplois qualifiés et bien souvent  précaires en début de carrière.

Un toulousain sur deux à moins de 26 ans ; 1/3 entre 11/29 ans. Pour Pascal Jarry, chef de projet de la Mission jeunesse à la mairie de Toulouse, la tradition universitaire de la ville rose trouble parfois la perception des acteurs locaux sur la réalité de la jeunesse toulousaine. Ville étudiante, Toulouse ? Oui, mais pas que. Les chiffres parlent d’eux-mêmes  : 52,5% des jeunes 16-29 sont des actifs, en emploi ou au chômage

Quelles sont les particularités du territoire dans lequel vous intervenez et en quoi structurent-ils les parcours des jeunes ?
Pascal Jarry : Rien que sur Toulouse intra-muros, les 11-29 ans représentent à eux seuls 32% de la population. Toulouse est donc une ville jeune. Elle cultive, un peu trop, cette image de ville étudiante, joyeuse, fêtarde et dynamique qui va former et fixer sur place de jeunes cadres de l’aéronautique ou préparer les  jeunes des régions rurales environnantes. Sauf que… Il y a un décalage entre le territoire réel et le territoire vécu. Certes, avec plus de 60 000 étudiants habitants et 100.000 qui étudient dans la ville, c’est le deuxième pôle universitaire de France après Lyon. Mais avant d’être une ville étudiante, Toulouse est une ville de jeunes actifs en emploi ou au chômage. Par ailleurs, les étudiants se fixent à Toulouse et ses environs immédiats pour profiter du marché de l’emploi, relativement bon (17,3% de chômage pour les moins de 25 ans, contre plus de 23% en France – NDLR), surtout si l’on considère la situation de l’emploi de certains territoires ruraux du grand sud-ouest. C’est ça la réalité. Sur les 100.000 jeunes de 16 à 29 ans que compte la ville, 52,5% sont des actifs, dont beaucoup de niveau bac pro à bac + 2.  Ils viennent travailler dans les PME de la région, comme employé dans les administrations locales, ou comme technicien intermédiaire dans les industries de pointe. Une fois sur deux, ces emplois sont précaires, sas d’entrée vers le cdi tant espéré. Mais les jeunes diplômés qui restent après leurs études sur Toulouse, sont aussi très nombreux.

Comment ce décalage entre la jeunesse réelle et la jeunesse perçue peut-il impacter la façon dont sont structurées les politiques de jeunesse sur votre territoire d’intervention ?
Pascal Jarry : Juste un exemple qui illustre cela : nous menons une campagne contre l’alcoolisation massive des jeunes, notamment les jeudis, vendredis, samedis soirs : « Fêtons plus, risquons moins ». On sait qu’un tiers des jeunes, selon le Baromètre Santé Midi-Pyrénées déclare se livrer à des ivresses répétées. Il y a donc un problème important qui est également lié à un fait identitaire, très fort dans le sud-ouest, où la tradition de la fête reste très vivace. Ce dispositif de prévention des risques et des conduites à risques prévoit une dizaine d’intervenants qui se relaient les jeudis, ainsi que certains vendredis et samedis, pour proposer conseils, écoute et matériel de prévention. Ils sont dans les bars, en terrasse, sur la place, dans les rues et espaces verts avoisinants, sur les quais de la Garonne, avec un stand fixe et un mini-bus et des présences plus ponctuelles lors des festivals.

Or, spontanément, on a visé les étudiants et construit un travail de prévention autour de ce public et de ces modes de vie. Sauf qu’ils ne sont pas le seul cœur de cible : non seulement les actifs sont aussi nombreux chez les jeunes toulousains, mais ils boivent plus que les étudiants et les élèves au même âge. Et je mets quiconque au défi de reconnaître un samedi  soir, un jeune actif de 24 ans d’un étudiant, même code vestimentaire, même musique..

Quelles inégalités entre jeunes constatez-vous sur votre territoire et dans quels domaines en particulier ?
Pascal Jarry : La ville rose masque de profondes disparités entre quartiers, entre territoires de l’agglomération, et plus largement, entre les territoires ultra-périphériques et l’agglomération toulousaine. Toulouse connaît en effet de fortes disparités dans ses murs mêmes, puisque dans certains quartiers la scolarisation peut être deux fois moins importante que la moyenne de la ville… et les jeunes sortis du système éducatif sans le moindre diplôme quatre fois plus nombreux.

Par ailleurs, si vous regardez la carte de l’emploi de certains départements limitrophes comme l’Aude ou le Gers, Toulouse apparaît comme un territoire attractif par défaut. C’est-à-dire comme un territoire préservé au milieu de territoires ruraux en difficulté. Donc, au sein même de ce qui fonde la dynamique d’attractivité du territoire, il y a de profondes inégalités. Toulouse attire des étudiants en droit, des futurs médecins, ou urbanistes mais aussi des jeunes errants. Là, bizarrement, il y a un déséquilibre pour l’accueil des étudiants avec 10 000 places en résidence universitaire CROUS et 500 places en résidence habitat jeunes (ex FJT) . Cette situation est particulièrement perceptible dans les secteurs en tension comme le logement. En moyenne, en France, les jeunes résident dans les foyers des jeunes travailleurs (FJT) de 6 mois à un an, mais à Toulouse, la part de ceux qui restent plus d’un an est particulièrement importante. Il y aurait 600 demandes en FJT non satisfaites.

Vous avez l’air de penser que la métropole est le bon cadre pour mener des politiques de jeunesse efficace sur le territoire.
Pascal Jarry : Les institutions ont tendance à penser qu’elles sont « propriétaires » des jeunesses placées sous leur faisceau de compétences. Les collégiens appartiendraient au conseil général, les lycéens et les étudiants au conseil régional, les jeunes des quartiers, eux, à la municipalité puisque relevant de la politique de la ville. Si on se tenait à cette logique, on aurait tôt fait de réduire une dynamique jeunesse  à une stratégie d’éducation et de loisirs que ne prendrait en compte que partiellement les questions de citoyenneté, d’initiative des jeunes, de logement, d’emploi et sur une ambition plus générale d’émancipation. Donc, à mon sens, il n’y a pas de collectivité à négliger, ni à privilégier vu l’enjeu de la jeunesse sur le territoire. S’agissant de la métropole néanmoins, il faut bien comprendre, qu’avant d’être une construction politique et administrative, le fait métropolitain est une réalité encore plus forte chez les jeunes que chez les adultes, parce les transport à 10€ par mois et le rapport au déplacement dans la ville et l’agglomération et que le prix du foncier pousse les parents d’adolescents  vers la périphérie en même temps l’offre économique, culturelle et de loisirs reste fortement présente dans la ville de Toulouse.

Les 11/15 ans sont en proportion plus nombreux dans les villes de la petite couronne toulousaine que dans la ville centre qui, elle, concentre étudiants et jeunes actifs en terme d’habitat. Les jeunesses sont mobiles et utilisent l’espace public notamment l’hyper centre. Fort de ces situations communes à de nombreuses grandes agglomérations, il y a là certainement à inventer des formes d’articulation des politiques jeunesses des différentes échelles de territoires mais aussi des métropoles pour accompagner les jeunesses métropolitaines dans leurs projets, leur présent et leur devenir.

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