Éducation, formation orientation

Rencontres "Parcours de jeunes et territoires"

Témoignages d’acteurs - Quand les jeunes participent au budget de leurs territoires

Le projet Apprendre à compter associe des jeunes Français, Portugais et Anglais à la définition des projets d’intérêt général dans leur ville ou leur lycée. Un web-documentaire à paraître en janvier retrace cette expérience.

Gilles Pradeau est coordinateur du projetLearning to count, financé par Erasmus+ Jeunesse et Sports. Ancien du Service volontaire européen, il milite dans l’association portugaise In Loco. Apprendre à compter suit trois initiatives de budgets participatifs par et pour les jeunes en France, en Grande-Bretagne et au Portugal.  Surtout Apprendre à compter vise à comparer ces trois projets et à en dégager les bonnes pratiques. Dans les villes de Trofa au Portugal et de Brighton, en Grande-Bretagne, les budgets discutés et soutenus se sont élevés à 25 000 euros. Au lycée d’Oignies dans le Nord-Pas-de-Calais, c’est une dotation de 100 000 euros qui a été débattue par les jeunes. Un webdocumentaire à paraître en janvier retrace ces trois expériences qui redéfinissent les liens des jeunes à leur territoire, que ce soit la région, la ville ou le lycée.

D’après vous, que nous apprend Apprendre à compter sur le rapport des jeunes aux territoires ?

Les trois initiatives montrent des approches très différentes. Chaque ville a des marges de progrès. A Oignies par exemple, les élèves répondent à des appels à projets en lien étroit avec la communauté éducative. Ensuite l’analyse technique de chaque proposition est réalisée par le conseil régional, puis vient un vote pour décider quelles sont les propositions qui sont retenues. Les Anglais ne proposent pas de débat avant le vote. C’est une foire aux projets. Au Portugal, les jeunes procèdent aux devis et doivent ventiler leur vote pour des projets concurrents. Outre les compétences acquises en élaborant et en défendant un projet, les jeunes sont amenés à dépasser l’intérêt catégoriel et réfléchir à ce qu’est l’intérêt général, c’est-à-dire, à ce qui peut concrètement améliorer le bien-être de leur communauté sur un territoire. Chaque année on voit à Trofa et dans le Nord-Pas-de-Calais des porteurs de projets préférait un projet qui n’était pas le leur, mais dont ils avaient compris l’intérêt à la faveur des débats auxquels ils avaient participé. On commence par faire campagne pour son projet, puis on se demande : « Pour la collectivité, qu’est-ce qui est le mieux ?» et, à travers un projet débattu de façon démocratique on s’implique dans un projet partagé pour tous.

En quoi cela change la relation entre décideurs locaux et leurs publics, en l’occurrence les jeunes ?

Ces expériences de budget participatif produisent sur une vraie discussion sur les besoins. Du côté des jeunes, on sort de la plainte et on s’inscrit en tant qu’acteur. Du côté des décideurs, on reconnait le jeune en tant comme usager à même de décider. Ca réinterroge la place des adultes qui généralement discutent en vase-clos. A Oignies, 150 personnes ont discuté des besoins de ce lycée professionnel. C’est un apprentissage concret de la démocratie qui s’adresse aux jeunes, mais qui ne fonctionne que si les autres instances telles que l’école ou la mairie acceptent de revoir leurs pratiques  et de devenir des lieux démocratiques. Dans un conseil d’administration d’un lycée, le budget est une affaire d’experts. Là, on part des besoins, une clé d’entrée accessible à l’ensemble de la communauté scolaire. Tout cela produit de la compétence et de la confiance. Les jeunes d’Oignies sont même allés voir la vice-présidente de la région pour dire que l’évaluation des coûts n’avait pas bien faite. Ils ont appris à formuler de l’expertise, à expliquer ce que recouvraient certains devis.

Vous avez organisé un séminaire européen pour faire émerger les bonnes pratiques de ces trois expériences. Pouvez-vous les restituer à grands traits ?

La première idée forte que je mettrais en avant c’est de ne pas se moquer des gens. Lorsque les jeunes votent il faut respecter leurs décisions. Ca a l’air simple sur le papier, mais dans les faits ce n’est pas toujours respecté, notamment dans les délais d’exécution des projets.
Ensuite, je pense indispensable de permettre un débat éclairé, en réunissant toutes les conditions d’information nécessaire à un vote éclairé. Il faut encore autoriser une égalité des chances entre les projets et ne pas favoriser les projets portés par une grande association au détriment d’un collectif informel de jeunes inexpérimentés. Enfin, je pense que les jeunes doivent être associés à la définition des règles du jeu. On ne peut pas faire l’économie d’une discussion sur les règles du jeu si on veut que le résultat soit accepté parce que légitime. N’oublions pas que les budgets participatifs ont été conçus au départ au Brésil par des populations qui souhaitaient ainsi se prémunir contre la corruption et le clientélisme !

 

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… sur les méthodes de vote

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