Éducation, formation orientation

Rencontres "Parcours de jeunes et territoires"

Témoignages d'acteurs - Oléron : je surfe donc je suis

Comment favoriser l’expression des jeunes oléronais, leurs envies, leurs aspirations, leurs révoltes, tout en leur permettant d’accéder à une offre de loisirs propre au territoire ? Le service Enfance/jeunesse de la communauté de communes a osé la synthèse entre planches de surf et tables de montage. Avec le festival « Cutback » les attentes et l’identité des jeunes iliens sortent du creux de la vague. Interview.

Antony Couturier est agent de développement au service Enfance/jeunesse de la communauté de communes de l’Île d’Oléron. Organisée par le Bureau d’Information Jeunesse de la Communauté de communes de l’île d’Oléron et l’association locale MO-TV cette manifestation vise à encourager l’expression des jeunes, dans le cadre scolaire ou non, par des groupes autonomes ou constitués dans un cadre spécifique (foyer jeune, internat, etc.).

Vous êtes le principal instigateur du festival « Cutback » qui, chaque année depuis trois ans, en collaboration avec la TV locale MO-TV, met en compétition quelque 30 réalisations audiovisuelles de jeunes oléronais, fictions et documentaires. Pourquoi cette omniprésence du surf dans ce projet visant l’expression des jeunes de l’Île ?

Antony Couturier : Le festival « Cutback » repose sur une démarche pragmatique répondant à une réalité que chacun comprendra : sur l’Île d’Oléron, un 15 novembre, il n’y a pas grand-chose à faire. Dès lors comment favoriser l’expression des jeunes oléronais, leurs envies, leurs aspirations, leurs « coup de gueule » tout en leur permettant d’accéder à une offre de loisirs propre au territoire ? Le festival « Cutback » c’est avant tout, pour notre équipe du Service Enfance/jeunesse et du Bureau information jeunesse, un outil d’animation. Entre deux séances d’animation sur le montage vidéo, par exemple, les jeunes peuvent également participer à un atelier surf. Résultat : même si le festival de film n’est pas dédié exclusivement au surf, cette pratique sportive « teinte » de nombreuses réalisations que les jeunes nous présentent depuis trois ans. Cette influence est visible jusque dans le nom même de ce festival, « Cutback », rappelant tout à la fois, le « cut » du monteur et la figure de style connue du surf [1].

Selon vous, pourquoi le surf, sport d’origine américano-hawaïenne, est devenu un support d’identité aussi fort pour les jeunes d’Oléron ?

Antony Couturier : Il y a d’abord un phénomène gobal : la culture surf gagne l’ensemble du littoral où ce sport est praticable depuis les USA et son principal relai, en France, qu’est la Côte Basque. C’est vrai en France, mais c’est vrai aussi dans le monde, puisque le surf, devient une culture mondiale avec des spots au Maroc, en Inde, en Indonésie, au Mexique etc. Ensuite, il y a le phénomène local : aujourd’hui, le surf est sans doute le plus pratiqué dans l’île toutes générations confondues parce qu’il concilie terroir, culture urbaines et pratiques sportives libres, affranchies de toute contrainte d’adhésion à un club, avec leurs horaires, les compétitions le samedi etc.

Terroir et culture urbaine ? Ainsi ce mélange de tradition et de modernité qui a fait le succès du surf à Hawaï expliquerait également son succès à Oléron ?

Antony Couturier : Oui, mais je pense que c’est vrai aussi ailleurs. Localement, la greffe prend bien pour trois raisons. D’abord parce que le cadre naturel du littoral permet le développement du surf sur Oléron. Ensuite parce que cette pratique permet aux jeunes ruraux d’adapter les pratiques urbaines dans leur environnement. Enfin, parce que le surf rencontre un ancrage identitaire local, volontiers libertaire et insoumis où le cadre naturel est considéré comme un espace de liberté et de révolte contre l’ordre établi. Les marins et naufrageurs des insulaires de jadis ont insufflé cet état d’esprit à leurs descendants, façonné le territoire et ses représentations. Presque tous les jeunes qui pratiquent ici le surf ont en commun cette culture urbaine « mainstream » qui mêle skate, musique, graf’, mais aussi un attachement viscéral à ce territoire extraordinaire qu’est l’Île d’Oléron. Le fait remarquable c’est qu’ils peuvent ainsi concilier, dans leurs pratiques de loisirs, le récit de l’Histoire de leurs territoires avec celui de leurs pères paysans, marins pêcheurs, contrebandiers, ou celles de leurs parents cadres du tertiaire qui ont fui Paris pour une autre qualité de vie, mais aussi leurs propres histoires à venir. Des jeunes oléronais ont ainsi ouvert des clubs de surf en Inde ou se sont appuyés sur cette activité pour effectuer un séjour au Costa-Rica, perpétuant cet état d’esprit insulaire fait d’attachement à Oléron et d’ouverture au monde.

En quoi cette réalité territoriale fait-elle évoluer la façon dont vous, professionnel de jeunesse, concevez vos actions ?

Je constate que les jeunes ici sont très jaloux de leur indépendance. Même lorsqu’on veut s’appuyer sur leurs actions pour produire de l’animation, on sent qu’ils sont très rétifs à toute forme d’organisation instituée. L’action que je mène doit tenir compte de cet état d’esprit insulaire farouchement indépendant, attaché au territoire mais ouvert au monde, autant par nécessité que par esprit d’aventure. Pour faire connaître le BIJ, ici, on fait le tour des sound-systems, on s’appuie sur une page Facebook qui fait le lien entre les jeunes oléronais d’ici et d’ailleurs. S’agissant de l’engagement des jeunes et de leur participation à l’élaboration aux politiques qui les concernent, nous devons prendre également en compte la forte place des retraités dans les instances de gouvernance locales qui n’y laissent pas beaucoup de place aux jeunes. « Cutback » est une réponse destinée à surmonter ces deux contraintes constatée chez les jeunes iliens : peu de goûts des jeunes pour les institutions et peu de goût des institutions pour les jeunes. C’est à travers ce festival que l’on a pu cerner davantage leurs attentes et mettre en place des actions en face comme le développement d’ateliers slam, de création graphique ou la construction d’un skate-park au plus près de leurs attentes.

[1] Le cutback est un virage à 180° qui permet au surfeur de repartir en sens inverse vers le coeur de la vague pour y retrouver de la vitesse.

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