Participation, engagement, citoyenneté

Service civique, entre engagement et projet professionnel

Compte-rendu de la conférence-débat INJEP du 29 mars 2012

L'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire, le Carrefour des associations parisiennes (CAP), ont organisé le 29 mars 2012, avec le concours de l'Agence du service civique, une conférence-débat intitulée « Service civique, entre engagement et projet professionnel ».

Il s'agissait de prolonger les questions évoquées dans le numéro des « Cahiers de l'action »,

 

Collectivités locales

 

L'approche des structures d'accueil varie, selon leur nature, estime par ailleurs Valérie Becquet : « Plus la structure attend des compétences de la part des jeunes, plus elle se situe du côté professionnel et de la professionnalisation. En revanche, si son projet relève d'abord de la mission d'intérêt général, c'est la dimension d'engagement qui va s'avérer essentielle dans le choix des volontaires et dans celui des profils recherchés ».

Valérie Becquet s'est ensuite attardée sur le « point de vue des collectivités locales ». Depuis la loi de mars 2010 sur le service civique, celles-ci s'engagent dans l'accueil des volontaires. En fonction de leur approche, les collectivités vont « recruter » des volontaires "qualifiés". Le service civique est un outils pour développer une politique de jeunesse (engagement, accès à l'autonomie, insertion sociale et professionnelle) et pour intervenir auprès des jeunes en difficulté dans le cadre de la politique de la ville. Il permet également de mener des actions en direction de publics spécifiques (personnes handicapées, seniors, etc.). Dans les deux cas, « on retrouve les logiques du double apport qui correspond au double usage : le service civique permet le renforcement de l'envie ou le désir de s'engager dans la société ; mais il permet aussi de reprendre une formation, des études, d'entrer dans le marché du travail. C'est dire, si le risque de basculement vers de l'emploi déguisé, avec le recours à une demande de compétence forte du parcours au détriment de l'engagement, est réel », a fait valoir Valérie Becquet.

 

Constat unanime

 

Citant une étude commandée par l'Agence du service civique, Lionel Leycuras a dit partager le « constat unanime » que le service civique peut être utile pour le parcours professionnel puisque « la majorité des jeunes volontaire considère qu'il s'agit d'un outil utile à leur parcours professionnel ». Néanmoins, il a rappelé que « ce n'est pas un dispositif d'insertion professionnelle qui apprend un métier. Conçu pour donner une meilleure image de la jeunesse auprès de la société française qui commençait à en avoir peur, le Service civique est la manifestation de ce don de soi dont les jeunes sont capables, dans une logique altruiste ». Relevant que « des dispositions de la loi s'appliquent sur la dimension de reconnaissance, notamment dans l'enseignement supérieur », Lionel Leycuras a estimé également que le service civique « doit aussi servir à participer à définir avec les jeunes à l'issue de sa mission un projet professionnel ».

 

Insertion professionnelle

 

Le secrétaire général de l'Agence du service civique a mis en avant deux cas de figure dans le profil des volontaires : « Des jeunes diplômés qui veulent faire une pause et développer des qualités, des valeurs que leur formation n'ont pas développées ; et d'autres jeunes en situation de décrochage qui y trouvent la possibilité de reprendre confiance et de gagner en autonomie. Cela induit un accompagnement spécifique à travers, notamment un partenariat avec les missions locales ». Pressentant le danger qu'« à trop appuyer sur la dimension d'insertion professionnelle on aille sur de l'emploi déguisé », l'Agence du service civique s'est engagée dans des actions d'accompagnement et de contrôle des missions proposées aux jeunes : politiques d'agrément , modération des missions publiées sur le site Internet du service civique, conception de guides, formation des tuteurs, et au-delà, une « réflexion globale sur la notion de projet d'accueil afin de mieux définir sur ce qu'on doit attendre d'un volontaire ».

 

Un faux problème ?

 

De son côté, David Bévière a considéré le « soupçon récurrent d'assimilation à l'emploi comme un faux problème », ajoutant : « Les jeunes s'emparent de ce dispositif parce que pour une fois c'est un dispositif dont ils peuvent faire ce qu'ils veulent, avec notamment la possibilité pour eux de bifurquer très vite. L'enjeu c'est que les missions interviennent fortement sur le champ de l'avenir des jeunes qui n'est pratiquement pas investi par les structures d'accueil, à l'exception des organismes importants. »

« Pour beaucoup, le fait d'exercer un métier qui a du sens est plus important que la rémunération, estime quant à lui, Bastien Engelbach. Notre génération est une génération pragmatique et utopique qui construit sa vie autour de valeurs. Le point de départ c'est quand même l'engagement, la volonté d'agir pour l'intérêt général, avec un temps d'apprentissage parce qu'on y fait des choses qu'on ne ferait pas ailleurs, avec également une compréhension des enjeux sociaux et des ressorts de l'action publique. Pour certains c'est l'occasion de redéfinir un projet. Pour d'autres, de changer radicalement de direction. Pour tous, c'est la possibilité d'expérimenter et d'exercer ce droit à l'erreur que l'on devrait pouvoir accorder à toute personne en construction ».

Comme toute expérience forte, le service civique participe à une prise de conscience des volontaires de leurs qualités, de leurs compétences transversales et transférables, mais aussi des aspirations qu'ils vont développer dans le cadre de leur engagement. C'est là incontestablement l'une des forces de ce dispositif, selon David Bévière. « Si les jeunes considèrent le service civique comme un lieu de révélation de compétences tant mieux», a-t-il estimé invitant ses détracteurs à « refaire le débat en situation de plein emploi ».

 

 

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