Éducation, formation orientation

Compte-rendu

Retour sur les journées d’étude franco-allemandes : Devenir autonome en France et en Allemagne - Berlin (Allemagne)

OFAJ / INJEP

Les 20 et 21 mars 2014 se tenaient à Berlin en Allemagne des journées d’étude organisées à l’initiative de l’Office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) en partenariat avec le Deutsches Jugend Institut (DJI) et l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) « Devenir autonome en France et en Allemagne. Défis et stratégies d’action ».

ffLes 20 et 21 mars 2014 se tenaient à Berlin en Allemagne des journées d’étude organisées à l’initiative de l’Office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) en partenariat avec le Deutsches Jugend Institut (DJI) et l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) : « Devenir autonome en France et en Allemagne. Défis et stratégies d’action » . 80 personnes, chercheurs et professionnels, ont participé à l’invitation de l’OFAJ à cet événement et ont pu confronter leurs analyses et points de vue en prenant appui sur des approches comparées des situations des jeunes et des systèmes d’intervention publique en France et en Allemagne.

Programme des journées
Supports de chacune des interventions sur le site de l’ OFAJ.

Soutenir les échanges entre chercheurs pour développer une approche comparative des questions de jeunesse

Cette rencontre a été conçue dans l’objectif de construire des ponts et de favoriser les échanges entre chercheurs et professionnels de jeunesse des deux pays et d’amorcer de façon plus systématique une approche comparative qui devrait s’imposer dans une perspective européenne aussi bien aux scientifiques, qu’aux acteurs et aux décideurs politiques. Par conséquent, l’enjeu de la manifestation ne se réduisait pas à l’organisation d’un colloque, mais s’inscrivait dans la perspective d’initier une dynamique de réseau. Le pari est relevé : le secrétaire général de l’OFAJ a annoncé en clôture des journées la tenue d’une nouvelle édition en 2015 en France.
Dans une approche qui s’est voulue résolument comparative, les débats ont porté sur ce qui constitue les spécificités et les difficultés de l’accès à l’autonomie des jeunes en France et en Allemagne. Quelles similitudes et quelles différences dans le passage à l’âge adulte des jeunes dans les sociétés françaises et allemandes ?
Cinq « forums » ont été organisés pour décliner cette problématique et ont permis d’aborder les thèmes de la formation, de l’emploi, de l’engagement, de la mobilité ainsi que celui de la situation particulière des jeunes dans les quartiers populaires français et allemands.

Des convergences sur la situation des jeunes dans l’accès à l’autonomie

Par leur organisation politico-administrative, leurs traditions d’intervention et leur contexte socio-économique respectifs, la France et l’Allemagne se saisissent des questions de jeunesse selon des particularités et des logiques propres, même si les constats sur la situation des jeunes tendent, les interventions des chercheurs l’ont montré (notamment celles de Yaëlle Amsellem-Mainguy – INJEP – et de Nora Gaupp – DIJ), à se rejoindre sur plusieurs points. Allongement de la scolarisation, passage à l’âge adulte plus tardif, injonctions à l’individualisation, diversification des parcours des jeunes : les convergences dans les analyses sur l’accès à l’autonomie des jeunes en France et en Allemagne ont été nombreuses au cours de ces deux journées. Le constat de fortes inégalités dans les parcours des jeunes en fonction de l’origine ethnique, de l’origine sociale ou encore du sexe se retrouvent dans les deux pays. Ils participent à la complexification des modes de prises en charge des jeunes, notamment ceux les plus en difficulté. Des taux de chômage et des approches de l’école et de la formation inscrivent cependant ces parcours dans des contextes très différents.

Une transition de l’école à l’emploi reposant sur des systèmes très différenciés

S’agissant du système éducatif, Pascale Rouaud (Cereq) et Tilly Lex (DJI) ont rappelé les spécificités de chaque pays dans leurs modes de formation avec, en France, un système scolaire plus hiérarchique et moins perméable aux parcours non linéaires que le système dual allemand qui offre une large place aux filières d’apprentissage impliquant le monde économique et l’entreprise comme un collectif apprenant. Les mesures favorisant l’insertion professionnelle se distinguent également fortement avec, en Allemagne, un accent mis sur la préparation à l’emploi et en France, une multitude de dispositifs gérés par les missions locales visant une meilleure mise en relation du jeune avec les entreprises et son insertion dans l’emploi. Dans les deux pays cependant, les phénomènes de décrochage de l’école et de l’apprentissage se renforcent. Les débats ont soulevé la question des responsabilités institutionnelles, de l’école et des entreprises, en la matière.

La place du non formel et de l’informel dans l’acquisition de compétences et la construction des parcours individuels

…à travers l’engagement
L’engagement, volontaire et institué par l’Etat pour le service civique en France et bénévole reposant sur l’initiative privée, ie la société civile en Allemagne, s’il emprunte dans les deux présentations de Valérie Becquet (Université Cergy-Pontoise) et Erich Sass (DJI/Université de Dortmund) des cadres institutionnels différents, service volontaire en France et engagement associatif bénévole en Allemagne, contribue à préciser l’orientation de la trajectoire future et produit des effets convergents en termes d’acquisition de compétences transversales chez les jeunes en dehors du système formel, sans pour autant combler les déficits scolaires entre jeunes diplômés et ceux peu ou pas diplômés. Comment permettre à tous les jeunes de s’engager, et en particulier aux jeunes avec moins d’opportunités, se sont interrogés de nombreux participants, pointant la multitude d’obstacles à lever, notamment en terme de modalités d’accompagnement. Il reste aussi que la mesure des compétences acquises doit être affinée comme l’ont relevé les débats, au risque sinon de freiner la reconnaissance de celles-ci dans le cadre européen de qualification comme le recommande E. Sass. … à travers la mobilité L’exemple particulier de la mobilité internationale, développé par Francine Labadie (INJEP) et Hendrik Otten (IKAB), a abondé dans le même sens en pointant l’effet révélateur de la mobilité dans le moment suspensif que connaissent les jeunes avec moins d’opportunité (JAMO) engagés dans une expérience de mobilité à l’étranger. Chez ces derniers, les apprentissages réalisés, non intentionnels au départ, deviennent conscients au retour, on peut ainsi parler « d’apprentissages fortuits » selon F. Labadie.

Au-delà des compétences développées, en particulier les compétences interculturelles chez les JAMO, c’est bien la question de la « mobilité mentale » (Hendrick Otten, IKAB) qu’il importe de favoriser, notamment en prenant appui sur les démarches informelles et celle des « opportunités à créer, avec une conception non dirigiste du projet qui favorise la mobilité comme cadre d’expérience et de rencontre » (Jean-Claude Richez, modérateur, ancien coordonnateur de la Mission observation évaluation INJEP). Là encore, l’enjeu de la reconnaissance a été fortement pointé, et renvoie à une tension entre utilitarisme et humanisme.

Comment soutenir les jeunes des quartiers populaires ?

Un temps spécifiquement consacré aux quartiers populaires français et allemands a clos la manifestation, qui s’est focalisé sur les trajectoires et stratégies d’action développés par les adolescents et les jeunes adultes souvent d’origine immigrée dans le chemin vers l’autonomie. Carsten Keller (Université de Duisburg/CMB) et Barbara Rink (DJI) ont fait état de leurs recherches comparatives entre des quartiers allemands et des quartiers français, la complexité de ces territoires ne pouvant être comprise, comme Régis Cortesero (INJEP) l’a rappelé, qu’à la croisée de trois questions la « question sociale », la « question urbaine » et la « question ethno-raciale », invitant ainsi à recourir à une approche intersectionnelle.

Des allers-retours entre stratégies formelles (parcours scolaire notamment) et informelles (débrouille, économie parallèle) (Carsten Keller, Université de Duisburg/CMB) aux « stratégies axées sur la morale et celles axées sur l’univers de la rue  » (Barbara Rink, DJI), les parcours des jeunes de ces quartiers s’adaptent au gré des opportunités qui s’offrent à eux dans les deux pays. L’’Allemagne sait cependant proposer une offre élargie de formation, du formel à l’informel, autorisant une seconde chance.
Un exemple dont on pourrait s’inspirer ….

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