Evènements

Compte-rendu

Retour sur la rencontre : l’engagement des jeunes dans la culture, initiatives et pratiques adolescentes

A l’initiative de l’INJEP, de l’association ARCADI et du centre Pompidou, s’est tenue une rencontre réunissant 300 personnes autour des pratiques culturelles des jeunes. Et leurs enjeux : engagement, accompagnement, émancipation.

L'institut national de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative (INJEP), le centre Pompidou et Arcadi Île-de-France  organisaient mercredi 25 février une rencontre intitulée "L'engagement des adolescents dans la culture : initiatives et projets adolescents". Plus de 300 personnes avaient fait le déplacement au centre Georges Pompidou, pour comprendre comment les pratiques culturelles génèrent des pratiques d'engagement. Les jeunes en effet se construisent dans un contexte social très fragmenté dans lesquels ils doivent "faire leur place" . Cet espace social survalorise l’autonomie ainsi que la responsabilité et, en même, temps les assigne et réduit leur champ d'action. "Car le nœud du problème, a avancé Chantal, chargée d’études et de recherche à l’INJEP, spécialiste des pratiques culturelles des jeunes, c’est l’absence d’espaces sociaux destinés aux adolescents  afin qu'ils impriment leur marque dans la société au sens large du terme".

Doublement des pratiques amateurs des jeunes en 40 ans

Les domaines de l'art et de la culture n’échappent pas à ces contradictions. Les jeunes s'emparent difficilement des dispositifs construits par leurs aînés. Pour autant leurs pratiques ne cessent d'augmenter et de se diversifier, notamment grâce aux nouvelles technologies. Cette rencontre questionnait l’engouement des jeunes pour ces pratiques dont il sont les auteurs et les acteurs. Les pratiques apparaissent en effet comme le lieu d'expérimentations nécessaires à leur individuation et à la construction de leur identité sociale. Pour Chantal Dahan ces "projets sont le signe d'un véritable engagement" en ceci qu'ils s'incarnent dans "des actes collectifs, pour soi et pour les autres et qu'ils permettent à chacun d'acquérir des compétences et des savoir-être essentiels dans le passage vers l'âge adulte".

Si l’enjeu en termes de politiques publiques est de faire des pratiques culturelles des jeunes un levier fort de leur autonomie et un temps structurant dans leurs parcours, trois questions  s’imposent :  "De quelles cultures parle-t-on au vu des pratiques réelles des jeunes ? Dans quelle mesure peut-on parler d'engagement ? Comment faire et comment accompagner les projets des adolescents ?", a interrogé Chantal Dahan, relevant au passage que les pratiques amateurs des 15/25 ans ont presque doublé en 40 ans, et que ceux-ci détiennent avec les réseaux sociaux, un pouvoir sans précédent de diffusion et de promotion de leurs productions.

Dès lors les organisateurs de cette rencontre ont souhaité donner la parole aux adolescents afin de comprendre avec eux ce qui est en jeu et d' échanger, avec les professionnels les accompagnant sur les conditions de réussite des projets et la manière dont les adultes peuvent accompagner.

L’accompagnement en question

D’emblée ils se sont exprimés sur la nature de la relation avec l’adulte, et leur vision de ce que doit être l’accompagnement : "Les jeunes et les adolescents apprécient que l’adulte vienne les voir, discute de leur vie et de leur engagement. Mais ils veulent rester maîtres de leur expression", a expliqué Clémence Le Bozec, présidente de l’association Jets d’encre qui défend la presse d’initiative jeunes. Même son de cloche pour Ilona de la MJC Elbeuf, adolescente qui participe à Adict-TV un projet de WebTV.

Adict-TV est un outil dynamique qui permet aux jeunes de s’impliquer autour de la création vidéo (montage, interview, réalisation). Mais surtout "c’est un moyen de parler de nos initiatives, et de prendre la parole" sur des sujets comme la laïcité, les discriminations, et plus largement, les aspirations des jeunes qui ne se retrouvent pas dans l’expression médiatique et des acteurs éducatifs ou de l’accompagnement.

Quand l’expression devient urgence

La faute à une vision biaisée par les préjugés et les stéréotypes de la société adulte sur ce que sont "leurs" jeunes, leurs fonctionnements, leurs manières d’aborder les assignations et la relégation sociale ou ethnique. Alors à l’instar des élèves lycée Jacques Brel de La Courneuve, ils ressentent l’urgence de témoigner, d’apporter leur regard, leur contribution, leur pierre au débat public.

Caméra au poing, et accompagnés d’une intervenante professionnelle, ils ont pu traiter des questions de discrimination et de stigmatisation et le comparer avec le travail de leurs pairs américains qui ont réalisé un documentaire sur les primo-arrivants outre-atlantique, I learn America. Le documentaire des jeunes de La Courneuve a été projeté à l’Assemblée nationale et le sera prochainement à New-York dans le cadre d’un voyage de groupe aux USA. De fait, la culture en pratique, n’est pas seulement une affaire d’expression. C’est également une école du vivre-ensemble.

Apprendre ensemble, progresser

Les animateurs de l’atelier hip-hop AD2H du lycée Alfred Nobel s’étaient fixé trois règles non négociables : respect, non jugement, bienveillance. Le principe : occuper une salle du lycée sur un créneau hebdomadaire, hors-temps scolaire, pousser les tables et les chaises "s’éclater, apprendre ensemble, progresser", a relaté Hannane, pour qui la vocation de la danse s’est enrichie d’une nouvelle préoccupation : "passer le flambeau, former, poursuivre la dynamique". Pour que le plaisir s’insère dans un processus de conscientisation autour d’un engagement pour soi et pour les autres, l’accompagnatrice, Sophie Rouxel, professeure d’EPS au sein de l’établissement a dû défendre une vision décadrée de l’activité éducative : "Créer un espace de joie et de fraternité, mais qui ne rentre pas dans les cases de l’Education nationale demande beaucoup d’investissement. Il faut faire comprendre que ce n'est pas un cours, ni une activité périscolaire proprement dite : c'est une pratique amateur hors temps scolaire. Symboliquement on ne pousse pas que les tables. On pousse également les barrières réglementaires et les visions de l'action éducative", a-t-elle reconnu.

 

La junior association from Hors Cadre on Vimeo.

Accepter que les jeunes se prennent en main, hors des cadres institués, mais accepter également que les jeunes intègrent ces cadres, telle est la recette du succès de ces initiatives puisqu’elles ont le mérite d’amener des adolescents parfois mineurs à pousser la porte des organismes publics, pour défendre un projet, après l’avoir chiffré et développé un plaidoyer. Les jeunes de la Junior association Civilisation Junior ont créé un festival  Rock en Solesmois dans le Nord : l’occasion pour trois garçons mineurs de fédérer leur passion pour la musique dans un projet plus large, mobilisant des compétences organisationnelles, logistiques, budgétaires, institutionnelles et de convaincre élus, techniciens et sponsors de leur donner leur chance. Compétences, savoir-faire, savoir-être... peu importe les termes, ce sont bien des nouveaux acquis que ces jeunes ont pu développer en dehors de tout cadre académique. Parce qu’ils construisent cette place, nul ne doute qu’ils sauront utiliser ces acquis dans leur vie future, que ce soit au profit de réalisations professionnelles ou citoyennes.

La pratique culturelle, envisagée tout à la fois, comme pratique émancipatrice en soi, et par les capacités qu’elle fait naître, en termes de gestion de projets, d’animation de groupe, s’avère encore un révélateur de persévérance, de confiance en soi, de respect des autres, et de sens des responsabilités. Autant de qualités que ces jeunes pourront ensuite mobiliser également dans leurs apprentissages formels.

"Bien sûr que l’expérience en elle-même est formatrice, relève une jeune participante du Collectif IO, troupe professionnelle de Reims qui accompagne les adolescents, puisque nous bénéficions d’une formation mêlant le chant, le théâtre, la chorégraphie". Surtout l’expérience "nous permet de trouver des solutions par nous-mêmes aux problèmes qui se posent collectivement. Et ça, c’est une aide pour notre vie tout court", a-t-elle témoigné.

Si l’accompagnement est essentiel, les professionnels ont avancé l’idée que celui-ci doit être modulé en fonction de l’avancement des projets et des degrés de maturité et d’autonomie démontrés par les jeunes. Bien que la visée éducative ne fait pas de doute, la visée émancipatrice du public accompagné, n’est pas toujours bien intégrées par les professionnels de l’accompagnement et les pouvoirs publics, alors qu’il s’agit là d’  un enjeu nodal. Enfin, la réussite dans l’accompagnement des pratiques culturelles dépend pour beaucoup de l’investissement des pouvoirs publics au contact des jeunes : fonds, reconnaissance technique, soutien technique... témoignent de la capacité d’ouverture et de la confiance faite aux jeunes du territoire. Sans cette somme de soutiens, parfois infimes, peu de projets mentionnés auraient pris autant de densité, et permis aux adolescents concernés de prendre place au sein de l’espace public.

 

 

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