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Retour sur la conférence-débat "Entrée dans la sexualité à l'adolescence et consentement : enjeux pour les intervenant·e·s en milieu scolaire"

Lundi 12 octobre, le Crips Île-de-France a organisé une conférence-débat à la mairie du 4ème arrondissement de Paris pour présenter les résultats d’une enquête sur « le consentement dans la sexualité à l'adolescence » réalisée par l’INJEP et soutenue par l’INPES.
 
Plus de 220 professionnel·le·s, personnels de l’Education nationale, conseillères conjugales et familiales, associatifs, institutionnel·le·s et medias, ont participé à cet événement. Il a été l’occasion d'échanger entre acteurs du monde de la jeunesse et de s'interroger sur les manières d'aborder les relations à l’autre à l'adolescence et le consentement sexuel dans les séances d'éducation à la sexualité en milieu scolaire.
 

Entrée dans la sexualité des adolescent·e·s : la question du consentement

 

L’enquête réalisée par l’INJEP en 2014-2015, vise à comprendre la construction sociale du consentement tant dans les interventions des animateurs·trices de prévention en milieu scolaire que dans les pratiques et représentations des jeunes. Elle repose sur des entretiens individuels auxquels s’ajoutent des entretiens collectifs et des observations de terrain menées lors d’une trentaine de séances d’éducation à la sexualité au cours de l’année 2014-2015, en lycées ou dans les Centres de Formation des Apprentis (CFA) d’Île-de-France.

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L’initiation sexuelle se déroule généralement durant les années « collège »/« lycée ». Si contrairement aux croyances, l’âge médian au premier rapport sexuel est resté relativement stable depuis environ trente ans, la littérature scientifique prouve, en revanche, que les individus sont de plus en plus confrontés à des messages normatifs plus ou moins contradictoires avec lesquels ils composent pour orienter leurs comportements.
 
 
Au sein de notre société, les représentations autour de la sexualité des jeunes sont nombreuses et bien souvent sources de stigmatisations. Parmi ces représentations, internet, les réseaux sociaux et la pornographie contribueraient à bouleverser radicalement le rapport des adolescent·e·s à la sexualité, de telle manière qu’ils·elles auraient du mal à protéger leur intimité et ne seraient plus romantiques.
 
Les observations menées au cours des séances d’éducation à la sexualité en milieu scolaire montrent que beaucoup d’adultes n’utilisent le terme consentement qu’au féminin, stéréotype qui se retrouve également dans les propos des jeunes interrogé·e·s.
 
Dans un contexte où l’obtention du plaisir est la finalité principale d’une relation sexuelle, le consentement tient une place centrale où se jouent inégalement les rapports sociaux entre les filles et les garçons. Ces derniers, pour prouver leur virilité, se doivent d’avoir une sexualité « active » et doivent « dire oui » à tout rapport sexuel, quitte à chercher à le provoquer en insistant. Les filles doivent, quant à elles, « apprendre à dire non », refuser des avances sexuelles. Rares sont celles qui parlent d’un acte calculé à propos de leurs rapports sexuels, ces derniers devant être avant tout spontanés et naturels.
 
Pour les jeunes interrogé·e·s, l’identification du consentement dans un jeu amoureux doit avant tout se faire naturellement. Le lieu de la rencontre et le temps restreint dont disposent les jeunes influencent le questionnement du consentement. Les jeunes filles rencontrées ne considèrent pas toutes les parties de leur corps de la même façon en terme de consentement : en amont du rapport sexuel avec le partenaire, leur sexe – zone « trop intime » – reste une « chasse gardée » alors que les autres parties du corps peuvent être caressées afin de faire attendre le garçon et reporter le rapport sexuel pénétrant. Les garçons rencontrés déclarent être préoccupés, quant à eux, par le décryptage des gestes de leur partenaire car plane sur leurs relations le spectre du viol.
 
Au cours des différents entretiens menés, les jeunes semblent définir inconsciemment une typologie de rapport sexuels liés à différents niveaux de consentement : on retrouve le fait « d’avoir eu envie » de faire l’amour et « d’avoir accepté » de le faire, le fait « d’avoir cédé » (sous la pression), d’avoir « été influencé.e » (bien souvent avec l’usage de produits psycho actifs) voire « forcé.e » (viol). Cette diversité des rapports sexuels aide à comprendre de quelle manière la marge de négociation des jeunes, en ce qui concerne la prévention et la contraception, est nécessairement liée aux degrés d’investissement et de désir dans lesquels se déroulent les rapports. Les propos des jeunes rencontré·e·s montrent que dans une relation affective stabilisée, une relation amoureuse, le consentement n’a plus à être questionné. Chaque pratique sexuelle réalisée s’inscrit ensuite dans les scripts sexuels possibles du couple, quel que soit le ressenti des partenaires, notamment des filles. Les jeunes filles interrogées font naturellement référence au « devoir conjugal » en supposant qu’être une « petite amie exemplaire » sous-entend notamment d’être une « bonne amante » afin de satisfaire les besoins, vus comme naturels, de leurs partenaires.
 
On remarque que, dans les propos des jeunes comme dans ceux des intervenant·e·s en milieu scolaire, le consentement est essentiellement approché comme une seule question de conscience et de responsabilité indivi­duelle, alors qu’elle est indissociable du contexte social dans lequel elle émerge.
 

Par quelles actions peuvent se traduire les résultats de l’enquête portant sur les pratiques éducatives au sein d’une structure ?

 
L’enquête qualitative réalisée par l’INJEP a avant tout été réalisée dans l’objectif que ses résultats puissent être utilisés par les acteurs de terrain afin d’améliorer leurs pratiques au quotidien. Au Crips ÎdF, l’enquête a permis d’étoffer le dispositif d’accompagnement de ses professionnel·le·s et de mettre en place des temps d’expérimentation de la pédagogie critique de la norme1Tout·e professionnel·le intervenant auprès des jeunes dans les champs de l’éducation, de la prévention et du soin peut s’emparer des pistes de réflexion issues des résultats de l’enquête, que ses interventions relèvent d’accueils individuels ou d’actions collectives.
 
Les résultats de l’enquête de l’INJEP mettent en avant la nécessité de :
 
- travailler sur les stéréotypes,
 
- réfléchir à la question des normes sociales dans la vie affective et sexuelle,
 
- mesurer l’impact que peuvent avoir les discours alarmistes permanents à propos de la jeunesse sur les professionnel·le·s.
 
Ainsi, plusieurs pistes d’actions ont été exposées lors de la conférence-débat :
 
Mobilisation de la loi en séance d’éducation à la sexualité.
 
Par exemple, pour travailler sur la représentation selon laquelle les violences sexuelles sont principalement commises par des personnes inconnues, on pourra spécifier les circonstances aggravantes que représente le fait qu’il y ait ou ait eu un lien conjugal ou amoureux entre la personne qui agresse et la victime. Les violences sexuelles au sein du couple pourront ainsi être introduites et débattues.
 
Attention portée aux terminologies utilisées
 
C’est le cas du terme « majorité sexuelle » qui peut renforcer une fausse croyance selon laquelle la sexualité avant 15 ans serait interdite. De même, en animation les adultes peuvent choisir d’illustrer des mises en situation mobilisant, dans des couples hétérosexuels, des filles étant à l’initiative des relations sexuelles. On évite ainsi de renforcer la représentation selon laquelle les hommes auraient par nature plus de besoins sexuels que les femmes.
 
Pratique professionnelle inclusive
 
Au contact du public, le fait d’adopter une démarche inclusive permet de s’adresser à l’ensemble des jeunes. Le discours et le matériel distribué doivent être pensés pour que chaque personne puisse se reconnaître dans ceux-ci. Par exemple, on pourra choisir d’orienter les jeunes vers des sites internet représentant toutes les populations quelles que soient leurs origines, orientations sexuelles, poids, couleurs de peau etc. comme c’est le cas de ONSEXPRIME.FR.
 
Identification dans la société et dans sa pratique professionnelle des normes.
 
Les normes sociales liées à la vie affective et sexuelle peuvent être suivies sans même y penser. C’est le cas des normes hétérosexuelle, monogame, conjugale et amoureuse ou encore pénétrative. La pédagogie critique de la norme développée en milieu scolaire en Suède paraît particulièrement adaptée pour identifier les normes et réfléchir aux rapports de pouvoir sous-tendus. Elle permet de travailler les compétences psycho-sociales liées à l’empathie, la communication ou encore l’esprit critique.
 

Pour aller plus loin, quelques outils pratiques sur le consentement…

 
Des outils ludiques peuvent être utilisés par les professionnel·le·s de terrain souhaitant aborder les thématiques du consentement, du rapport à la norme avec les jeunes.Tous ces outils et d’autres sur ces thématiques et bien d’autres sont disponibles en prêt au centre de ressources du Crips Île-de-France. Retrouvez notre sélection sur le site du Crips, dans la rubrique animathèque.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Compte-rendu réalisé par le CRIPS Île-de-Franc
 
 
 
 
 
 
[1] Voir : Elise Devieilhe. Représentations du genre et des sexualités dans les méthodes d’éducation à la sexualité élaborées en France et en Suède. Sociology. Université de Caen, 2013.
  • 1. Voir : Elise Devieilhe. Représentations du genre et des sexualités dans les méthodes d’éducation à la sexualité élaborées en France et en Suède. Sociology. Université de Caen, 2013.

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