Participation, engagement, citoyenneté

Vie associative, économie sociale et solidaire

Paradoxes et champ des possibles

Le mineur et les projets asssociatifs

Un article publié dans le revue Juris associations au sein d'un dossier réalisé sur le thème "la place des mineurs, une question majeure".

 

Par Annie Oberti1

Rédigé dans le contexte de la préparation, à l'INJEP d'un colloque intitulé « le mineur et les projets associatifs, du cadre juridique à l'accompagnement », à Marly-le-Roi les 11, 12, 13 décembre 2006, le texte qui suit présente une partie des réflexions engagées par le groupe de travail en charge de cette manifestation.

Il est apparu d'emblée que poser la question des projets associatifs des mineurs, les situait au coeur de multiples paradoxes.

Paradoxe entre d'une part une vision de la jeunesse démobilisée, individualiste, consumériste, incapable d'engagement, en particulier associatif, et d'autre part, des résultats d'études qui montrent que la réalité de l'engagement des jeunes est réelle et complexe. Les bénévoles associatifs seraient 13 à 20 millions en France : un Français sur quatre au moins est bénévole dans une association.

Sans posséder de données statistiques spécifiques au bénévolat des mineurs, toutes les sources indiquent que « les jeunes » sont ni plus ni moins mobilisés que les adultes. Ils le seraient même d'avantage que leurs aînés, et de manière différente des bénévoles de longue date2.

L'investissement dans le bénévolat associatif ne varie pas selon l'âge mais selon l'ancienneté de l'engagement. Le clivage existe entre ceux qui sont bénévoles depuis longtemps et ceux, jeunes ou retraités dont l'engagement est récent. S'opère alors un glissement de la nature de l'engagement qui devient plus occasionnel, moins militant, moins structuré par des valeurs collectives.

Paradoxe, aussi entre le constat des responsables associatifs qui dénoncent l'absence de relève, la faible implication des jeunes dans les instances dirigeantes, et le mode de gouvernance de ces associations qui paraît peu adapté aux formes actuelles d'engagement des plus jeunes. Les entretiens avec de jeunes bénévoles montrent leur souci d'organisations associatives qui peuvent revêtir des formes variées : associations de fait, collectif de dirigeants sans que les fonctions de trésorier, président soient identifiées, mise en réseau de structures dont seule la coordination revêt la forme d'association déclarée etc.

Paradoxe surtout entre un discours politique soutenu par des dispositifs qui tendent à promouvoir la participation, l'initiative et l'engagement des jeunes -y compris des moins de 18 ans - et une pratique administrative qui lorsqu'il s'agit de participation associative, cantonne les mineurs à des fonctions limitées. Autant les structures et les espaces non- associatifs de participation sont ouverts aux mineurs, autant dans les associations, la place des mineurs est restreinte.

Les jeunes : participez leur dit-on, mais...

Nombre de dispositifs de soutien à la participation des jeunes s'adressent à des mineurs. Parmi les mesures mises en oeuvre ou soutenues par le ministère de la jeunesse des sports et de la vie associative, un rapide panorama montre que le programme « envie d'agir » concerne les jeunes dès 16 ans. C'est aussi le cas du conseil national et des conseils départementaux de la jeunesse au sein desquels un jeune peut-être nommé à partir de 16 ans. On estime qu'il existe 1600 conseils municipaux d'enfants et de jeunes, instances de participation à la vie locale des jeunes de 9 à 25 ans, mis en place par des communes, départements ou régions. 450 d'entre eux sont constitués en réseau au sein de L'Anacej. En ce qui concerne la liberté d'association des mineurs, la pratique administrative apparaît restrictive voire incohérente, en retracer précisément l'historique et les évolutions, n'est pas aisé (voir le blog de JC Bardout dédié à ce sujet : http://associationdemineurs.blog.lemonde.fr) .

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