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Conférence-débat organisée par l’INJEP

Mieux prendre en compte les compétences acquises dans le cadre non formel

Compte-rendu

Réunir les acteurs des secteurs associatifs, de l’entreprise et de l’éducation autour de l’enjeu des compétences acquises dans le cadre non formel, tel était le pari de l’Injep. Pari gagné si l’on veut bien considérer la diversité des interventions et la richesse des points de vue exprimés. Compte-rendu.

Mercredi 10 avril l’Injep a organisé, en partenariat avec le réseau national d’associations étudiantes, Animafac’, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) et le groupe d’assurance de protection sociale paritaire et mutualiste, AG2R La Mondiale, une conférence-débat dédiée aux compétences acquises dans le cadre non formel. L’occasion de revenir sur les idées fortes du douzième numéro de Jeunesses : études et synthèses qui vise, justement, à clarifier le concept et mesurer les enjeux liés à cette notion. Celle-ci questionne d’autant plus les écoles et les entreprises que les compétences acquises dans le cadre non formel (compétences acquises dans le cadre de pratiques ou d’activités extra-scolaires – NDLR) sont méconnues par ces acteurs.

Pour mettre la notion en débat, l’institut a fait intervenir Régis Cortesero, chargé d’études et de recherche à l’Injep, et auteur du numéro de Jeunesses : études et synthèses ; François Humblot, conseiller en recrutement, président de Syntec Etudes et conseils, et administrateur de Syntec Conseil en recrutement, Jean-Michel Zakhartchouk, professeur agrégé en lettres modernes et membre du comité de rédaction de la revue « Les Cahiers pédagogiques », en présence de deux discutants : Claire Nacher, chargée de l’insertion professionnelle des diplômés à l’Université Sorbonne nouvelle Paris 3, Taoufec N’Hiri, de Mozaïk RH, cabinet de recrutement et conseil en ressources humaines. En introduction intervenaient également, Delphine Lalu (directrice de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et des Fondations, AG2R La mondiale), Elise Renaudin, directrice déléguée de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev), Coline Vanneroy, déléguée générale d’Animafac’ et Olivier Toche, directeur de l’Injep.

Répondre à une aspiration croissante

« Le système éducatif national ne travaille pas assez ces questions de compétences. Les entreprises n’intègrent pas le principe qu’un jeune a un potentiel et que c’est sur ce potentiel qu’il faut travailler », a estimé Delphine Lalu, parlant « de responsabilité partagée » dans le niveau de chômage des jeunes. Parler de compétences acquises dans le cadre non-formel revient « à poser la question de l’articulation des travaux entre acteurs de l’emploi, des politique sociales et éducatives et du rôle que chacun doit jouer ». Question d’autant plus ardue que si les fondations telle qu’AG2R savent mettre en relation les associations, les entreprises et certaines branches professionnelles, « il est difficile de passer du micro projet à une démarche collective qui fait levier et permet de nous dire qu’on va changer massivement les choses », a rapporté Delphine Lalu.

Pourtant la question des compétences issues de l’éduction non-formelle « est un sujet qui gagne en importance chaque année et mobilise un nombre croissant de partenaires », a relevé Elise Renaudin. S’appuyant sur des études commandées par l’Afev, sa directrice déléguée a affirmé que l’engagement solidaire apporte des compétences « comme la capacité à s’adapter dans un environnement complexe ou à tisser des réseaux ». Repenser la notion de compétences c’est aussi répondre « à une aspiration croissante des individus à être reconnus comme des sujets acteurs de leurs propres trajectoires ». « On est bien loin, a exposé Elise Renaudin, des phénomènes d’individualisme et de repli sur soi, mais face à une demande sociale forte des jeunes et bénévoles sur la reconnaissance et la prise en compte de cet engagement par la société ». Cela implique de créer des ponts importants entre l’éducation formelle et informelle, de « penser aux parcours et à l’articulation de ce qui les composent ». Enfin, cela demande davantage de reconnaissance « par le monde de l’entreprise qui a besoin de profils divers », sachant qu’ « il ne faut pas borner ce sujet à la responsabilité sociale des entreprises, mais à leur capacité à s’ouvrir aux sociétés qui les abritent », a déclaré Elise Renaudin.

Portefolio de compétences

Pour Coline Vanneroy si les associations étudiantes sont des cadres d’engagement, ce sont également des cadres d’apprentissages insuffisamment valorisés par les entreprises, par l’institution scolaire, mais aussi par les jeunes eux-mêmes. « Lorsque vous rédigez un dossier de subvention, a fait valoir Coline Vanneroy  ; lorsque vous animez une équipe de bénévoles ou que vous « bidouillez » un produit de communication, vous acquérez un nombre de compétences, de savoir-être, savoir-faire hautement mobilisables dans une expérience professionnelle. Pourtant les étudiants ont tendance à mettre leur expérience associative en bas du CV, à côté de la case « Loisirs » ».

Afin d’inverser cette tendance Animafac’ valorise les expériences des bénévoles et aide à les faire connaître dans les entreprises à travers un portefolio de compétences. L’association mobilise des responsables des ressources humaines de société comme la Macif ou Adecco et « les engage dans une formation expérimentale qui a touché 600 jeunes grâce à un mécénat de compétences autour de l’identification et de la valorisation des compétences acquises dans le cadre de leur engagement associatif ».

Expérimenter et essaimer les initiatives

Ce programme a été pérennisé et Animafac’ travaille à son essaimage dans d’autres structures associatives : Eclaireurs de France, Croix-rouge, etc. Si « 85% des bénéficiaires des sessions d’accompagnement ont jugé ces interventions utiles et, pour les deux tiers, changé leur CV », les entreprises restreignent encore trop la question des compétences acquises dans le cadre non formel « à la ponctualité ou à la capacité de travailler en équipe, négligeant les savoir faire au seul bénéfice des savoir être », a estimé la déléguée générale d’Animafac.

La reconnaissance des compétences acquises dans le cadre non-formel est d’autant plus ardue qu’ « il n’ y a pas d’unité dans les différentes notions de compétences, a expliqué Régis Cortesero. Ces différentes conceptions sont tellement hétérogènes qu’elles autorisent un usage d’une grande plasticité ». En effet, juge l’auteur du Jeunesses : études et synthèses sur ce sujet, « la question relève moins de la définition et du concept que de ses modes de mise en œuvre par des acteurs déterminés comme l’école, l’association ou l’entreprise ». Si des instances comme l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) ou l’Union européenne s’inscrivent dans « une logique de montée en force de la notion de compétences dans le champ non formel » c’est que cette logique participe d’une conception de l’individu qui change et se révise au fur et à mesure que les univers sociaux et économiques changent aussi. Ces institutions sont aussi préoccupées par l’efficacité économique. « Il y a dans cette vision l’idée qu’en creusant la question des compétences dans le cadre non formel, les besoins du marché de l’emploi seront mieux pourvus », car celui-ci est demandeur de compétences « qui ne sont pas forcément mobilisables par le diplôme ».

Deux préoccupations : employabilité et égalité des chances

Cette préoccupation libérale de l’employabilité s’ajoute à un débat public de plus en plus insistant autour de l’équité et de l’égalité des chances. La reconnaissance des compétences acquises dans le cadre de l’éducation non-formelle « créerait une seconde chance de construire des compétences valorisables quand la première chance constituée par l’école n’a pas été saisie, en aidant les plus faibles à prendre conscience de leur valeur, à prendre confiance en eux même », a précisé Régis Cortesero.

Pour autant, doit-on se satisfaire d’une conception d’une éducation non-formelle qui viendrait suppléer les échecs de l’éducation formelle ? Peut-on davantage créditer une « logique d’étayage, où le non-formel aide le formel en développant des apprentissages bien plus connectés aux réalités pratiques, et répondant à la réalité sociale ? ». François Humblot, a souligné pour sa part que « d’une manière générale, l’engagement bénévole et citoyen, en favorisant la capacité à vivre ensemble, donne à l’acte de recrutement une dimension supplémentaire. A partir du moment où on est capable de transférer cette expérience dans une organisation, tout le monde en est bénéficiaire : l’employé comme l’entreprise ». L’occasion de promouvoir le CV citoyen « vecteur de développement des compétences, d’expériences, voire d’innovation, qui doit être davantage valorisée dans les parcours professionnels ».

Malentendus et réticences

Défenseur d’une meilleure prise en compte des compétences à l’école Jean-Michel Zarkhatchouk a estimé que « les malentendus et réticences » sur cette question dans le cadre de l’institution scolaire provient de l’idée répandue qu’ « avant de travailler sur des compétences des individus, ceux-ci doivent être préalablement dotés de ce qu’on appelle des fondamentaux », comme si, a-t-il dénoncé, « des connaissances pouvaient d’abord s’acquérir et ensuite servir, alors que dans la réalité, c’est la mobilisation de ressources dans des situations complexes qui créent des compétences ».

En charge de l’insertion professionnelle des étudiants Claire Nacher a jugé pour sa part que les compétences n’existent pas sans connaissances. « L’une et l’autre s’étayent, a-t-elle affirmé. Mais il faut cesser de faire croire que l’informel est la vraie vie, et le formel, un cadre décontextualisé ». D’où la volonté de l’université de travailler à la mise en œuvre d’un portefeuille de compétences pour les étudiants, « qui pousse à valoriser les engagements pris dans le cadre d’un service civique, la gestion de projet dans le cadre du programme Enactus communauté qui voit les leaders des mondes académique et économique s’engager dans l’action entrepreneuriale pour favoriser le progrès sociétal – NDLR], ou les compétences acquises par les élus étudiants ou les stages dans le monde associatif ».

Pour Taoufec N’Hiri « il y a de véritables compétences transférables, du champ de l’éducation non-formelle à celui de l’entreprise », que ce soit « en matière de leadership, de confiance en soi, de prise de parole en public… des potentiels qu’on mobilise pour l’entretien d’embauche comme pour la vie professionnelle » . D’après lui, en effet, les entreprises ne sont pas « hermétiques au transfert de compétences acquises et mobilisées dans le cadre non-formel ». Au contraire, a-t-il souligné « elles imaginent assez facilement des traductions fonctionnelles et en matière d’organisation d’équipe ». Un grand pas sera franchi dans la bonne direction lorsque les jeunes eux-mêmes cesseront « d’occulter le fait qu’ils ont été trésorier d’une association ou qu’ils ont pris des engagements humanitaires ». En attendant, « nous on travaille à traduire leurs compétences en langage DRH », a fait valoir le consultant de Mozaïc RH.

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