Éducation, formation orientation

Information des jeunes

L'information des jeunes

Note de synthèse réalisée par l'INJEP

[bloc class="sommaire" title="Sommaire"]L’information des jeunes : de quoi parle-t-on ? L’impact des mutations technologiques Information des jeunes : études et recherches Zoom sur... Information des jeunes et politiques publiques Zoom sur... Une politique publique spécifique développée par le ministère chargé de la jeunesse Graphique : Premiers besoins d’information cités par les jeunes Bretons Graphique : Comment les jeunes ont-ils connu le réseau information jeunesse ? Bibliographie sur l'information des jeunes[/bloc]

« L’information en elle-même n’est rien, quelques lignes, une fiche, un site. Ce qui fait sens, ce qui fait âme c’est la mise en mouvement du parcours du jeune pour avoir “envie” de chercher l’information. Puis cette énergie du devenir, cet espoir construit un face-à-face avec l’information, une rencontre entre une vie et quelques ligne 1.

L’information des jeunes : de quoi parle-t-on ?

Informare en latin signifie « donner une forme » et, au fond, on peut dire qu’en s’appropriant l’information, les jeunes vont leur donner une forme. L’information suppose alors un rapport interactif entre les porteurs de cette information et les jeunes, pour permettre ce passage, cette transition de l’information brute en une ressource personnelle qui les aidera à élaborer un projet personnel.

L’information constitue une préoccupation première des jeunes. Elle revient régulièrement lors des enquêtes françaises ou européennes. Elle s’avère indispensable à leur accès à l’autonomie et à l’élaboration d’un parcours de vie. Dans une société mondialisée et surmédiatisée, où l’information est pléthorique, l’enjeu est d’une part de garantir à tous les jeunes l’accès à une information objective, fiable et de qualité et, d’autre part, de les accompagner pour transformer cette information en action.

L’impact des mutations technologiques

Nul ne peut ignorer l’impact des mutations technologiques de ces dernières décennies et celles qui se dessinent. La multiplication des moyens d’accès à l’information sur Internet et la diversification des services et des lieux de renseignement changent profondément les parcours des jeunes dans l’information.

Les modes de recours des jeunes à Internet se transforment aussi, grâce à des écrans consultables en mobilité et la convergence des supports numériques (télévision, ordinateur, téléphone…). Avec Internet aussi, les frontières deviennent de plus en plus poreuses entre activités « sociales » sur les réseaux, création, travail, apprentissages et information (Ito et al., 2009). Enfin, il faut tenir compte du rôle de plus en plus important du secteur privé (réseaux sociaux, médias sur le Web, logiciels éducatifs…) que ce soit dans les apprentissages à l’information ou dans la formation des identités, ce qui change également la donne des pratiques des jeunes.

Dans le même temps, ce n’est pas parce qu’ils les utilisent au quotidien que les jeunes maîtrisent les outils Internet pour leurs recherches d’information. Comme le constatent souvent les professionnels, des jeunes qui ont des usages répétitifs et relativement limités d’Internet sont perdus lorsqu’il s’agit de faire une recherche : ils « impriment la première information trouvée en cherchant sur Google »…

Cette hétérogénéité des pratiques creuse aussi les inégalités dans l’accès et l’appropriation de l’information. Les études réalisées par l’INJEP confirment cette observation, qui a notamment pour conséquence l’importance du rôle des professionnels dans l’accompagnement des pratiques. Or, ces études sur les pratiques d’information montrent aussi qu’il n’y a pas (encore) de consensus entre les professionnels de l’éducation et de l’information sur le rôle et la place d’Internet dans l’information des jeunes et des familles pour leurs parcours et leurs projets. Par ailleurs, le constat est fait de certaines lacunes dans les compétences des professionnels en contact avec les jeunes, leur formation ne paraissant pas s’opérer au même rythme que les apprentissages de ces derniers. L’éducation à l’information devient pourtant un enjeu central quels que soient le milieu professionnel et le cadre d’intervention (scolaire ou hors scolaire…).
Information des jeunes : études et recherches

Depuis 2006, l’INJEP a réalisé plusieurs études ou évaluations sur le thème des pratiques de jeunes dans le domaine de l’information. Ces études révèlent des pratiques très hétérogènes selon les profils et les parcours. L’âge, le contexte familial, l’environnement social, le parcours scolaire jouent un rôle essentiel dans l’accès à l’information et son appropriation. On peut par exemple distinguer les « jeunes stratèges », qui combinent différentes pratiques dans un temps donné et de manière organisée, et les « jeunes dépendants », qui ont un parcours plus chaotique en matière de recherche d’information (Marquié, 2012).

Par ailleurs, les relations de proximité (relations avec les pairs ou des adultes de confiance) et l’estime de soi ont une influence sur les pratiques des jeunes. Les études de l’INJEP pointent également un système d’information trop descendant, trop cloisonné et une complémentarité entre les pratiques numériques des jeunes et l’importance des relations humaines. La nécessaire amélioration de la lisibilité des structures publiques (par les jeunes et l’ensemble des acteurs) est relevée.

On assiste aussi à d’importants changements dans les processus de recherche de l’information. Celle-ci a profondément changé depuis qu’elle est numérisée et circule à travers une « toile » (Web) qui réunit dans un même espace-temps des médias et des supports autrefois distincts (presse, télévision, livres, films, revues, courrier, téléphone, journaux intimes, ar­chives…). Aujourd’hui, des systèmes d’information de différentes natures sont accessibles par les mêmes canaux. Plus important, les relations sociales autour et induites par les processus de recherche, de traitement, d’appropriation, de partage et de diffusion ont profondément évolué et continueront de le faire. Force est de constater que, régulièrement, émerge une nouvelle donne de l’organisation des ressources et des supports (Delesalle, Marquié, 2012). On assiste actuellement, selon la formule de Karine Aillerie (2011), à un « brusque changement de paradigme, cette juxtaposition des techniques de mémorisation du savoir et des techniques de génération des connaissances, cette importance accordée par la société à l’amateur et à l’informel, cette horizontalité inédite et revendiquée du rapport au savoir ».

L’information est de plus en plus en interaction, l’important est et sera de plus en plus de contacter la bonne personne, de faire les bons liens. Des études déjà anciennes montrent les effets positifs de la recherche collaborative d’information en ligne (Dinet, 2005). Les chercheurs anglo-saxons parlent plus généralement de recherche sociale d’information (social search), c’est-à-dire « toute utilisation de mécanismes sociaux pour trouver de l’information en ligne ». Des travaux mettent ainsi en évidence que les recherches les plus efficaces sont celles qui combinent les modes sociaux (à la fois ciblés sur des personnes précises et par un réseau social) et la recherche par moteur, avec des itérations entre ces différentes tactiques au cours des recherches d’information.

 

Zoom sur... Information des jeunes et politiques publiques

L’information des jeunes relève des politiques de jeunesse, qu’il s’agisse des politiques scolaire ou universitaire, des politiques d’insertion et de formation et des politiques plus généralistes. On relève une multiplicité de structures impliquées dans l’information des jeunes. Deux catégories peuvent être tout d’abord distinguées : les structures en contact direct avec leur public cible et les structures dédiées aux professionnels, eux-mêmes en relation avec les jeunes. Une autre catégorisation de ces structures peut être réalisée à partir des tutelles ministérielles de rattachement : emploi, éducation nationale, jeunesse, affaires sociales, santé, justice ; ou encore telle appartenance interministérielle. On peut aussi s’intéresser aux structures exclusivement dédiées aux jeunes, ou à celles pour lesquelles le public des jeunes est l’un des publics destinataires… L’objet même des organismes peut faire l’objet d’une classification, en terme de services (information, conseil, accompagnement, insertion, formation…), en terme de profil de professionnels, en terme de statut (service de l’État, collectivité, association…).

 

Zoom sur... Une politique publique spécifique développée par le ministère chargé de la jeunesse

Depuis 1969, le ministère chargé de la jeunesse développe une politique publique d’information jeunesse concrétisée par la création du Centre information de documentation jeunesse (CIDJ) et le développement d’un réseau information jeunesse composé de CRIJ (centres régionaux information jeunesse, à partir de 1976), de centres de bureaux ou de points information jeunesse (le lancement du programme « 1 000 points J » en 1992 a notamment permis un développement quantitatif très important avec la création de nombreux points ou bureaux information jeunesse). Aujourd’hui, selon le ministère, il y aurait « plus de 1 700 structures assurant un maillage de l’ensemble du territoire. […] Ces structures accueillent chaque année plus de cinq millions de jeunes. Labellisées par le ministère de la Jeunesse et des Sports, elles exercent une mission de service public en se conformant à la charte de l’Information jeunesse ».

La charte de l’Information jeunesse, créée en France en 1991 puis signée au niveau européen en 1993, précise, notamment dans son préambule, que « composante fondamentale de l’autonomie, de la responsabilité, de l’engagement social et de la participation citoyenne, de l’épanouissement personnel, de la lutte contre l’exclusion, de la mobilité des jeunes notamment dans le cadre européen, l’accès à l’information doit être garanti comme un véritable droit pour tous les jeunes, sans aucune discrimination ».

Cette charte précise par ailleurs certaines règles déontologiques auxquelles doivent se conformer les structures du réseau information jeunesse. Ces règles concernent notamment l’accessibilité de manière égale à tous les jeunes, le respect du secret professionnel et de l’anonymat. L’accueil est gratuit, personnalisé et modulé selon la demande. L’information est complète, impartiale, exacte, pratique et actualisée et doit traiter de tous les sujets qui intéressent ou concernent les jeunes dans leur vie quotidienne et l’exercice de leurs droits.

Dès lors qu’elles se conforment aux dispositions de la charte et qu’elles signent la convention type, qui prévoit notamment l’adhésion à une démarche de qualité, les structures d’information pour les jeunes obtiennent le label « Information jeunesse » délivré par le ministère chargé de la jeunesse et des sports. Elles doivent dans ce cas utiliser le pictogramme commun à toutes les structures labellisées.

 

Premiers besoins d’information cités par les jeunes Bretons

 

Source : Les jeunes bretons et leurs stratégies d'information, enquête réalisée de février à avril 2010 auprès de 3 400 jeunes Bretons âgés de 15 à 30 ans, avec la coopération d’environ 120 structures réparties en Bretagne.

 

Comment les jeunes ont-ils connu le réseau information jeunesse ? Le rôle des amis est très important… La communication institutionnelle est interrogée

 

Bibliographie sur l'information des jeunes

  • Delesalle C., Marquié G. (dir.), 2012, Le défi d’Internet pour l’information des jeunes et les pratiques des professionnels. Expérimentation d’outils de suivis participatifs, Paris, INJEP, coll. « Les Cahiers de l’action », n° 36.
  • Marquié G., 2012, « Orientation : les pratiques d’information des jeunes changent la donne », Jeunesses études et synthèses, n° 9.
  • Aillerie K., 2011, « Pratiques informationnelles informelles des adolescents (14-18 ans) sur le Web », thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, université Paris-XIII.
  • Dinet J., 2005, « La sélection collaborative de pages Web pertinentes », in Tchounikine P., Joab M., Trouche L. (dir.), EIAH 2005. Actes de la conférence sur les Environnements informatiques pour l’apprentissage humain, Montpellier, INRP/ATIEF, pp. 347-352.
  • Delesalle C., 2007, S’informer pour s’orienter. Pratiques et parcours de jeunes, Paris, INJEP, coll. « Les Cahiers de l’action », n° 14.
  • Ito M. et al., 2009, Hanging out, Messing around and Geeking out. Kids Living and Learning with New Media, Cambridge (États-Unis), The MIT Press.
  • CRIJ Bretagne, 2011, enquête « Les jeunes Bretons et leurs stratégies d’information ».
  • Réseau information jeunesse de Charente-Maritime, 2007 et 2009, enquêtes « La demande d’information des jeunes en Charente-Maritime ».
  • 1. Nicolas Précas, conseiller d’éducation populaire et de jeunesse.

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