Modes de vie, sociabilités, pratiques sportives

Sociabilités, sexualités, genre

Compte-rendu

Les jeunes face aux discriminations liées à l’orientation sexuelle et au genre. Agir contre les LGBT-phobies

Conférence-débat 17 octobre 2013 (Fiap)

A l’occasion de la parution du « Cahier de l’action » consacré aux actions contre les lesbiennes, gays, bi’ et trans’-phobies (LGBT-phobies) l’Injep a organisé une conférence-débat au Foyer international d’accueil de Paris. Compte-rendu.

L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) a organisé, jeudi 17 octobre 2013 au Foyer international d’accueil de Paris (FIAP), une conférence débat intitulée Les jeunes face aux discriminations liées à l’orientation sexuelle et au genre. Agir contre les LGBT-phobies. Il s’agissait de réfléchir aux actions innovantes visant les jeunes, mises en oeuvre dans la lutte contre les LGBT-phobies et de prolonger les questions évoquées dans le dernier numéro 40 du « Cahiers de l’action » au titre éponyme. Etaient présents, en tant qu’intervenants, outre la directrice de collection des « Cahiers de l’action », Angélica Trindade-Chadeau, Cécile Chartrain la coordinatrice de l’ouvrage, docteure en sciences politiques, Arnaud Lerch, sociologue, chercheur associé au Centre de recherche sur le genre et la sexualité (Amsterdam), Sylvie Gras, intervenante en milieu scolaire pour SOS homophobie, Sylvie Groussin, chargée de mission animation à la Coordination régionale des associations de jeunesse et éducation populaire (Crajep) en Île-de-France.
Revenant sur le titre de ce numéro des « Cahiers de l’action », Cécile Chartrain a expliqué pourquoi elle a tenu « à ce qu’apparaisse dans le titre même de l’ouvrage, la notion de LGBT-phobie plutôt que d’homophobie ». La première raison, a expliqué Cécile Chartrain, «  est que le mot « homophobie » - comme le mot « homosexuel » d’ailleurs - tend à maintenir dans l’ombre les femmes, les personnes bisexuelles et les personnes transgenres ». L’autre raison repose sur le fait que « si certaines problématiques sont communes (par exemple eu égard à l’expérience individuelle et collective de l’injure), chacune des composantes du mouvement LGBT est confrontée à des problématiques identitaires et d’affirmation propres », a-t-elle souligné. Si les trois premières catégories – lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, se définissent autour de l’enjeu central de l’orientation sexuelle, c’est plutôt l’identité de genre qui prévaut pour les transgenres.

Prévention-sensibilisation

Dans le domaine de la prévention, les actions menées au sein de l’Education nationale et des associations d’éducation populaire continuent de soulever de nombreuses attentes. Certes, l’Education nationale s’est engagée dans une démarche active de prévention des discriminations liées au genre ou à l’orientation sexuelle en encourageant les campagnes d’affichage, à travers la promotion du dispositif d’écoute téléphonique « ligne Azur », ou encore, en permettant à des associations LGBT, comme « SOS homophobie », « Contact » et « Estim’ », de développer les actions de sensibilisation dans les collèges et les lycées. Mais, a regretté Cécile Chartrain « le système repose beaucoup (sans doute trop) sur la bonne volonté des chefs d’établissement (qui ont le dernier mot en cas de conflit) et dans une moindre mesure, sur celle des personnels éducatifs ». Angélica Trindade-Chadeau
Néanmoins Cécile Chartrain a convenu que « les institutions scolaires et universitaires n’ont pas les moyens d’assumer seules la responsabilité de la sensibilisation contre les LGBT-Phobies », estimant même que « quand bien même elles les auraient, cela ne serait pas une situation souhaitable ». Pour la coordinatrice du « Cahier de l’action » « c’est la multiplication des lieux, des temps et des manières d’aborder le corps, l’amour et la sexualité qui pourra permettre d’effacer les préjugés et de favoriser le sentiment d’inclusion des jeunes LGBT ».

Les débats ont permis également de pointer l’éveil des structures de jeunesse (CRIJ, CIDJ, PIJ) et des associations d’éducation populaire aux questions de genre et de diversité sexuelle, à l’instar de la Fédération Léo Lagrange qui a fait une forte place à la prévention des LGBT-phobies dans son programme Démocratie et courage. La coordinatrice de l’ouvrage a encore insisté sur la nécessité de s’appuyer sur les jeunes et, citant la pièce de théâtre Places des Mythos, créée par la MJC de Ris Orangis en 2004, qui a reçu le prix Pierre Guénin contre l’homophobie, également sur des « médiums puissants que sont les arts et le sport ». Pour Lucie Groussin, les associations et les institutions éducatives ont encore trop tendance à traiter la question par un renvoi vers des associations spécialisées, alors qu’elles ont un rôle certain à jouer dans la prévention de ces formes de discriminations. Manière de souligner que les professionnels sont souvent désarmés face à ces formes de rejet et d’agression, « ce qui impose que le personnel d’éducation soit formé », a-t-elle estimé.
En effet « selon les classes, la prévention peut très bien se passer… ou très mal », a relevé Sylvie Gras qui intervient régulièrement dans les établissements scolaires, expliquant : « Les jeunes peuvent être à la fois victimes, agresseurs, témoins… Ils sont souvent otage du groupe qui exerce une pression à la norme homophobe lorsqu’il est important en taille. Mais la parole s’apaise en petits groupes. » L’intervenante en milieu scolaire de l’association « SOS homophobie » a dès lors insisté « sur l’importance de commencer dès la maternelle cette éducation à l’égalité et à la lutte contre les LGBT phobies. Ces questions d’égalité doivent aussi interroger les injonctions à l’hétéro-normativité qui s’adressent aux enfants dès le plus jeune âge ».

Prise en charge

Consensus : la banalisation de l’homosexualité n’a pas mis fin aux discriminations et aux violences. D’où la nécessité de renforcer la protection, l’accueil, l’écoute et l’accompagnement des jeunes LGBT. « Les poussées d’homophobie sont concomitantes aux périodes d’instabilité et de crise », a rappelé pour sa part Arnaud Lerch. Particulièrement fortes dans certains pays d’Afrique et en Russie, les LGBT-phobies se sont aussi libérées en France à l’occasion du débat public sur le mariage pour tous, associant les différentes formes d’homosexualité « à la barbarie et à la fin de la civilisation du mariage ». « L’histoire a démontré qu’on ne tend pas de façon linéaire à plus de tolérance », a fait valoir le sociologue du Centre de recherche sur le genre et la sexualité d’Amsterdam, ajoutant : « L’acception sociale varie selon les milieux sociaux et culturels et peut connaître des coups d’arrêt et des régressions. Cela appelle à une vigilance constante qui passe par la transmission de valeurs aux jeunes générations.  »
In fine, les participants ont convenu de plusieurs pistes en vue d’actions futures : encourager les coming-out des personnalités et donner davantage de visibilité aux personnes LGBT, améliorer les instruments de mesure des LGBT phobies, renforcer le maillage territorial au travers des dispositifs comme les antennes mobiles, créer une charte de lutte contre l’homophobie pour les associations d’éducation populaire, enfin, mobiliser les organisations et les dispositifs européens
C’est que le travail de fond mené par les pouvoirs publics, notamment le plan de lutte contre l’homophobie porté par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, ne doit pas occulter les situations d’urgence constatées chaque jour par les acteurs de terrain. Celles vécues par de nombreux jeunes confrontés à des situations extrêmes d’exclusion, suite à l’annonce de leur homosexualité. Cette problématique est encore trop souvent sous-estimée dans la littérature sur les jeunes vulnérables et les associations d’hébergement d’urgence pour les jeunes en détresse, comme « Le Refuge » sont débordées par les demandes. Cécile Chartrain a avancé les chiffres de 2012 : 930 appels reçus… pour 114 hébergements effectifs.

Compte-rendu établi par Roch Sonnet

En savoir + Cahiers de l’action n°40 : Les jeunes face aux discriminations liées à l’orientation sexuelle et au genre : agir contre les LGBT -phobies : http://www.injep.fr/boutique/cahiers-de-laction-jeunesses-pratiques-et-t... Lire l’interview de Cécile Chartrain

Contenus associés

17 Octobre 2017
-
Rapports d'étude en ligne

Accès des filles à l’éducation dans le monde : les mauvais élèves.

A l’occasion de la 6e Journée internationale de la fille ce mercredi 11 octobre, l’organisation non gouvernementale ONE a publié la liste des dix pays où les jeunes filles ont le moins accès à l’éducation dans le monde : plus de 130 millions d’entre elles ne vont pas à l’école. Les indicateurs...
28 Septembre 2017
-
Ouvrage / Note de lecture

Des livres pour éduquer les citoyens : Jean Macé et les bibliothèques populaires (1860-1881)

Les débuts des années 1860 en France ont été marqués par l'éclosion de nombreuses bibliothèques populaires. Des hommes, notables souvent, laïques, protestants, ont appliqué un certain nombre des idées philanthropiques développées après 1848, pensant, comme Jean Macé, que la bibliothèque permettait...
25 Septembre 2017
-
Texte législatif ou règlementaire

Décret du 18 septembre 2017 relatif au statut particulier des conseillers d'éducation populaire et de jeunesse

  Le décret n° 2017-1351 du 18 septembre 2017 modifiant le décret n° 85-721 du 10 juillet 1985 procède à la mise en œuvre du protocole relatif aux parcours professionnels, carrières et rémunérations et à l'avenir de la fonction publique au bénéfice des membres du corps des conseillers d'éducation...