Etudes et recherche

Les évolutions contemporaines de l’engagement des jeunes : fossilisation et fertilisation

Dans un ouvrage collectif publié aux éditions L’Harmattan, Laurent Lardeux, chargé d’études et de recherche à l’INJEP retrace les grandes lignes des travaux sur l’engagement des jeunes. Sans les invalider, il plaide pour une approche nuancée des thèses qui le définissent aujourd’hui.

Dans un ouvrage collectif Jeunesses sans paroles, jeunesses en paroles publié aux éditions L’Harmattan sous la direction de Marie-Madeleine Gurnade et de Cédric Ait-Ali, Laurent Lardeux, chargé d’études et de recherche à l’INJEP, a publié un article sur l’engagement des jeunes et ses évolutions les plus récentes.

Intitulé « Les évolution contemporaines de l’engagement des jeunes : fossilisation et fertilisation », ce texte propose d’abord de revenir sur les différentes évolutions scientifiques de ce champ d’étude qu’est l’engagement des jeunes et de sa diffusion dans l’espace public. Clarification d’autant plus nécessaire que l’importation de la théorie des nouveaux mouvements sociaux, venue des Etats-Unis, dès les années 70, a « fortement segmenté les discours et continue encore aujourd’hui de dichotomiser les regards portés sur l’engagement des jeunes », écrit Laurent Lardeux. 

Engagement « total » versus engagement « post-it »

Nombre de travaux reposent sur la thèse d’un remplacement progressif du modèle d’engagement fondé sur « le timbre », c’est-à-dire, la carte du militant « total », par l’engagement « post-it », adhésion facilement détachable qui n’implique pas un lien durable et solide pour la cause à défendre. Un phénomène qui aurait  accéléré la « fossilisation » des militants d’hier et la « fertilisation » des engagés d’aujourd’hui autour de pratiques innovantes et libérées des entraves institutionnelles et idéologiques.

L’originalité du texte de Laurent Lardeux tient au fait qu’il invite tout à la fois, de s’imprégner et de mettre à distance ce clivage entre « anciens » et « nouveaux » modes d’engagement, entre logique hors parti et logique partisane, entre cadres formels et participation extérieure aux circuits politiques traditionnel ; bref entre la logique du timbre et la logique du post-it.

Individualité et sens du collectif

Pour Laurent Lardeux la communauté scientifique pèche parfois par confusion entre individualisation du choix et individualisme des comportements. Or, rappelle salutairement Laurent Lardeux « la volonté de préserver son autonomie et son individualité (…) n’est pas incompatible avec la défense des causes collectives  allant dans bien des cas au-delà des seules problématiques personnelles ».

Bien que la thèse des mutation de l’engagement et du passage historique « de l’idéologique » au « pragmatique », opposant un militantisme « total » à une militantisme « distancié », s’incarne dans nombre de travaux, et notamment ceux du sociologue Jacques Ion, d’autres études accréditent plutôt l’idée d’une coexistence de ces deux formes d’engagement, ce que Laurent Lardeux décrit comme « un passage alternatif de l’un à l’autre dans le cours d’une même carrière militante ».

L’enjeu : comprendre le rapport des jeunes à l’engagement

Face à aux ambiguïtés des formes actuelles d’engagement, l’enjeu de la recherche consiste à étudier comment l’engagement est vécu et perçu par la jeunesse et les rapports qu’elle entretient  tant avec les institutions démocratiques qu’avec les mouvements associatifs ou les groupements associatifs et alternatifs.

Sur ce point encore, Laurent Lardeux invite à la nuance. Si l’enquête sur les valeurs, à laquelle l’INJEP participe au côté de l’Association pour la recherche sur les systèmes de valeurs (Arval), atteste d’une défiance toujours plus croissante vis-à-vis des formations politiques et de la presse, elle révèle une évolution favorable de la confiance dans les institutions démocratiques.

Pour autant, l’engagement juvénile connaît de fortes disparités entre jeunes en fonction de leur niveau d’étude ou de leurs classes sociales. Ainsi « Les fractures sociales, et tout particulièrement celles qui sont induites par le niveau de diplôme, provoquent des fractures politiques et un retrait plus marqué de la vie associative et de la participation politique des catégories sociales les plus défavorisées ».

 

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Jeunesses sans parole, jeunesses en paroles 

Marie-Madeleine Gurnade, Cédric Ait-Ali (dir). L'Harmattan.

Cet ouvrage collectif interroge la place des jeunes dans la Cité et relève le défi de faire dialoguer dans un même livre des chercheurs, des professionnels, des jeunes et des élus. Destiné à un large public, il vise aussi bien les acteurs éducatifs (animateurs, éducateurs, enseignants, membres d’associations, parents, etc.) qui auront accès à des témoignages et des apports théoriques que les élus qui souhaitent réfléchir et confronter leur vision des politiques éducatives et de jeunesse.

Les jeunes pourront, de leur côté, se reconnaître dans la parole de pairs. Il s’adresse aussi aux chercheurs et aux étudiants intéressés par le champ de la jeunesse. En effet, les concepts et les théories mobilisés apportent une distance réflexive aux cinq thématiques développées : le temps libre des jeunes, l’engagement et la participation locale, l’espace public, la mixité genrée et les politiques locales de jeunesse. Ce livre, qui se structure autour de paroles et de savoirs pluriels, se revendique comme un projet original et innovant.
Ouvrage coordonné par Marie-Madeleine Gurnade, doctorante en sciences de l’éducation, et Cédric Ait-Ali, docteur en sciences de l’éducation. Ils sont tous deux rattachés à l’unité mixte de recherche «Éducation, Formation, Travail, Savoirs » de l’université Toulouse 2 - Jean Jaurès.

Les auteurs : Cédric Ait-Ali, Lucie Aussel, Anne Barrère, Véronique Bordes, Philippe Briançon, Dominique Broussal, Cathy Clouscard-Martinato, Christophe Dansac, Christine Fraux, Dominique Gély, Mélanie Gambino, Cathy Guicheteau, Marie-Madeleine Gurnade, Catherine Hugonet, Marie-Christine Jaillet, Michel Lac , Laurent Lardeux, Patrice Laurenson, Marie Lebas , Assia Maameri, Ludivine Manric, Jean-François Marcel, Thérèse Moizan, Aïssam Moussaoui, Corinne Payri, Cyrille Pomes, Philippe Raimba ult, Lou Ribes, Sophie Ruel, Sarah Sanchez, Arnaud Simion, Raphaël Urbina, Cécile Vachée, Valérie Vallès, Caroline Vauchère, Charlotte Veillon, Jérôme Vidalie, Thibaut Violante, Joël Zaffran.

 

 

 

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