Éducation, formation orientation

Éducation

Dossier Projets éducatifs territoriaux (PEDT)

"Le principal sujet aujourd’hui c’est l’accompagnement des acteurs"

Interview de Jean-Yves Bessol, Dasen du Pas-de-Calais

Pour Jean-Yves Bessol, directeur académique des services de l’éducation nationale (Dasen) du Pas-de-Calais, l’amélioration des futurs PEDT dépendra de la capacité des acteurs publics, l’Etat en tête, à renforcer la qualité des accompagnements. Un scénario qui s’appuie fortement sur les groupes d’appui territoriaux (GAD) et parie sur une plus grande implication des directeurs d’école et anticipe la montée en puissance des intercommunalités.

 

INJEP : Maintenant que la généralisation des PEDT est une réalité quel travail comptez-vous produire localement pour les faire évoluer et dans quels sens ?

Jean-Yves Bessol : Pour produire un saut quantitatif des projets éducatifs territoriaux, il importe à mes yeux de faire coïncider les objectifs de l’école et du groupe scolaire avec les objectifs éducatifs de la commune. A notre échelle, cela implique de s’appuyer sur les directeurs d’école et les responsables académiques. Nous devons produire un travail sur deux axes : l’un porterait sur la sensibilisation, la responsabilisation et la formation de ces professionnels ; le deuxième viserait la poursuite et l’amélioration de l’accompagnement des communes par des groupes d’appui départementaux qui regroupent les référents des directions départementales de la cohésion sociale (et de la protection des populations) et des directions des services départementaux de l’Education nationale.

INJEP : Les groupes d’appui départementaux (GAD) constituent un point d’appui essentiel dans l’accompagnement des communes impliquées dans un PEDT. Leur rôle est-il amené à évoluer ?  Comment allez-vous articuler le travail des groupes d’appui départementaux avec les intercommunalités qui sont appelées à jouer un rôle croissant dans la mise en œuvre des PEDT ?

Jean-Yves Bessol : Beaucoup d’élus locaux voient dans les intercommunalités des outils efficaces pour structurer l’offre éducative, mutualiser les moyens, notamment dans la coordination, mais il y a encore des frilosités à l’idée de décloisonner les politiques au plan local. Dans le Pas-de-Calais, pour ne citer que ce département que je connais bien, 43% des écoles ont moins de trois classes. Dans ces petites communes en milieu rural, l’école est un sujet particulièrement chargé sur le plan symbolique. Le maire y voit un enjeu qui engage la survie de sa commune et il se sait particulièrement attendu sur ce point par ses électeurs. La problématique est différente s’agissant des communes de taille importante qui peuvent compter sur un tissu associatif plus dense et plus structuré. Mais le véritable sujet pour moi aujourd’hui, c’est l’accompagnement de ces acteurs. C’est dire l’importance des GAD qui interviennent à la fois dans un domaine de politique publique parfois méconnu par les élus, et sur une architecture institutionnelle appelée à évoluer avec la réforme territoriale. Avec les montées en puissance des intercommunalités, nous allons fatalement être amenés à travailler avec des élus qui se seront entendus sur la mutualisation des moyens éducatifs, qui auront élaboré ensemble un projet éducatif, voire délégué la coordination à un professionnel. Si ce phénomène se confirme nous allons avoir dans les années à venir des partenaires plus ambitieux sur la valeur des projets et plus exigeants sur la qualité des accompagnements. Collectivement nous devons nous y préparer.

INJEP : Le rapport de la sénatrice Françoise Cartron plaide pour un réexamen des fonctionnements des conseils d’école en y associant davantage élus et coordonnateurs du périscolaire ? Souscrivez-vous à cette recommandation ?  D’une manière plus générale, le corps enseignant doit-il être davantage sensibilisé aux enjeux de ce que la sénatrice nomme « l’éducation conjuguée » ?

Jean-Yves Bessol : J’y souscris complètement. Le système éducatif dans son ensemble se doit de produire un gros travail d’ouverture et se doter d’une culture du partenariat. C’est d’ailleurs, je le rappelle, un point essentiel de la loi d’orientation sur l’école. La création des groupes d’appui départementaux, le fait qu’il soit proposé d’aller vers une gouvernance des conseils d’école en y impliquant davantage élus et acteurs du périscolaire… tout cela témoigne d’un besoin exprimé par l’immense majorité des acteurs éducatifs de temps et d’espaces d’échanges et de concertation. Mais il ne suffit pas de se convaincre des bienfaits de l’éducation conjuguée. Il faut prendre la mesure des besoins importants que la réforme des rythmes a fait naître en termes d’ingénierie de projets transversaux. Les directeurs d’école, pour ne citer qu’eux, et particulièrement ceux qui exercent en milieu rural, sont parfois assez isolés. Ils n’identifient pas forcément les partenaires. Comment dans ces conditions remplir des objectifs éducatifs communs dans les territoires ? Dans leurs domaines respectifs, les professionnels sont extrêmement compétents, mais les PEDT font apparaître des savoirs faire nouveaux en termes de partenariat ou d’expertise sur les ressources éducatives d’un territoire. A cette fin, nous avons formé l’an dernier 100 directeurs d’école dans le Pas-de-Calais autour des questions de co-éducation et des palettes d’actions nouvelles qu’elles révèlent ; celles qui permettent précisément aux enfants d’acquérir le socle commun de compétences à travers des stratégies concertées visant la complémentarité éducative.

INJEP : Quels pourraient être les bénéfices d’un comité de suivi interministériel pour les acteurs locaux qui agissent comme vous dans un cadre départemental ?

Jean-Yves Bessol : Ils pourraient être de deux ordres. D’abord cela permettrait d’apporter aux acteurs de terrain des éléments de cadrage, de rappeler le cap et les orientations, de réaffirmer les priorités. Ensuite, ce cadre national offrirait la possibilité de mutualiser les pratiques, de rendre visible les expériences éventuellement modélisables, tout en affinant le dialogue entre les ministères et les acteurs de terrain. Mais encore une fois, le sujet de mon point de vue, c’est l’accompagnement des acteurs. Qu’ils soient élus ou professionnels. Une question d’autant plus déterminante que cet accompagnement se doit d’être massif : rien que pour le personnel de l’Education nationale dans le Pas-de-Calais cela concerne potentiellement 700 directeurs, 1285 écoles et plus de 9000 enseignants. Aussi, pour répondre à votre question, si le comité interministériel permet à l’Etat de saisir finement ces besoins et de rationaliser les réponses, oui, il s’agit d’une bonne chose.

INJEP : L’un des enjeux évoqués par les personnes que nous avons interrogées et l’extension des PEDT à l’ensemble des missions éducatives d’un territoire, de la maternelle à l’université, en passant par l’extrascolaire. Pour un acteur local tel que vous un tel scénario est-il envisageable ? Sous quelles conditions ?

Jean-Yves Bessol : Certains territoires affichent cette ambition et c’est très bien. J’aurais tendance à penser qu’il serait plus réaliste de viser l’extension des PEDT à l’ensemble des missions éducative sur le bloc de la scolarité obligatoire, de l’école élémentaire jusqu’à la dernière année de collège. J’y verrais l’opportunité de faire travailler les directeurs d’écoles et de collèges avec les collectivités locales et les conseils départementaux de façon plus intégrée. Dans une large mesure, les départements ont compris que leur contribution aux politiques éducatives ne se limite pas au bâti. Les services de l’éducation nationale, les maires et les conseils départementaux sont des partenaires qui commencent à avoir l’habitude de travailler ensemble, mais cela reste encore cloisonné. Pour faire évoluer les pratiques, il importe à mes yeux de se fixer des objectifs atteignables. Trois ou quatre axes, tout au plus, sur un temps de trois ans par exemple. Cela permettrait de se mettre d’accord sur les points de faiblesse d’un territoire et de tenter d’y remédier de façon concertée. Par exemple, mobiliser les associations, l’école, les collèges et les élus autour des pratiques des arts et de la culture en zone rurale, c’est à la fois ambitieux et réaliste. Chacun sait que la réussite scolaire dépend pour beaucoup du bagage culturel acquis par les enfants et que les inégalités d’accès à la culture constituent de ce point de vue, une rupture dans la promesse égalitaire qu’est censée porter l’école. N’oublions pas que le succès d’un partenariat autour d’un objectif quantifiable, entraîne une dynamique vertueuse. Les acteurs convaincus d’avoir réussi ensemble, sont toujours plus disposés à s’engager vers des projets plus ambitieux.

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Dossier "Projets éducatifs territoriaux"

Un an après leur généralisation, l’INJEP consacre tout un dossier aux projets éducatifs territoriaux (PEDT) qui auront été, par leur ampleur, l’un des faits les plus marquants des réformes éducatives prises sous l’actuel quinquennat. Ceux-ci résultent en effet de la rencontre entre deux volontés :...

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