Conditions de vie, travail, emploi

Vie quotidienne, ressources, consommation

Conférence-débat organisée par l’INJEP

« La santé des 15-30 ans. Que sait-on de leurs comportements et de leurs attentes ? »

Compte-rendu

En partenariat avec l’Inpes et le Carrefour des associations parisiennes, l’Injep a organisé une conférence-débat sur le thème des pratiques et attentes des jeunes en matière de santé, le 21 mars dernier. L’occasion de débattre autour de la publication du dernier Agora débats/jeunesses dont le dossier central traite précisément de cette question. Compte-rendu.

L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire a organisé, jeudi 21 mars, au Carrefour des associations étudiantes (CAP) à Paris, et en partenariat avec l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), une conférence-débat intitulée « La santé des 15-30 ans. Que sait-on de leurs comportements et de leurs attentes ? » L’occasion de valoriser la parution du numéro 63 de la revue Agora débats/jeunesses, « La santé des 15-30 ans : une lecture du Baromètre santé » en présence d’Annick Gardies, directrice de la communication de l’Inpes, Christian Cascio, directeur du CAP, François Beck, responsable du département Enquêtes et analyses statistiques et responsable du Baromètre santé à l’Inpes et Jean-Baptiste Richard, chargé d’études et de recherche au sein du même organisme, Karine Gallopel-Morvan, maître de conférence à l’Ecole des hautes études en santé publique de Rennes, spécialiste des questions de marketing de la santé et marketing social, Jacques-François Diouf, doctorant à l’EHESP, Lucie Gonzalez, responsable du bureau d’Etat de santé de la population à la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des risques statistiques (Dress), Magalie Jablonski, chargée de la formation des rédacteurs Internet et des dossiers thématiques sur Internet, écoutant sur la ligne téléphonique Fil Santé Jeunes.

Objectiver la situation sanitaire des jeunes

Pour Annick Gardies « la santé des jeunes est plus que jamais au cœur des questions publiques. Notre rôle est d’objectiver et démentir certaines rengaines médiatiques sur l’état de santé des jeunes supposé apocalyptique. Dans leur grande majorité, les jeunes vont bien ». Citant les Baromètres santé que l’Inpes réalise depuis 20 ans, elle a insisté sur la nécessité de doter l’action publique « d’un outil reconnu qui permet aux acteurs de politiques publiques de fonder l’action sur des données fiables et objectivables ».

Le dossier du dernier Agora débats/jeunesses est articulé autour du Baromètre santé 2010 [publié en 2013 – NDLR]. Il permet, a expliqué François Beck, « de pointer certains comportements constituant des dangers immédiats, comme les pratiques sexuelles à risques ou les nouvelles pratiques de consommation alcoolique et de prévenir les problèmes sanitaires futurs ». En effet, l’état sanitaire de la jeunesse annonce celui des générations futures. Commentant une étude de l’Ined, Lucie Gonzalez a confirmé que la surmortalité masculine constatée à l’adolescence et avant l’entrée dans la vieillesse (65 ans), s’explique depuis le 19e siècle par les pratiques à risques des jeunes hommes et de leurs modes de consommation (alcool, tabac…).

Maladies de la pauvreté

Au-delà des pratiques propres aux jeunes en matière de santé, la situation sociale des moins de 25 ans constitue également un facteur important de compréhension de l’état sanitaire de la jeunesse et de ce qu’ils deviendront une fois adultes. Nul ne doute qu’avec « un niveau de chômage des jeunes touchant près d’un d’entre eux sur quatre, ainsi que 15 % des 15-29 ans exclus de l’emploi, de l’éducation et de la formation, ce sont des maladies de la pauvreté et de l’absence de recours aux soins qui vont se manifester », a estimé Jean-Baptiste Richard, rappelant néanmoins que « dans leur écrasante majorité des cas les jeunes vont bien ».

Tabac, alcool

Si la consommation d’alcool est forte, mais irrégulière, chez les adolescents, elle peut déboucher bien souvent sur une alcoolisation chronique et dépendante à l’âge adulte. Dans ce domaine, la situation sociale joue encore. Si l’âge de la première ivresse est resté stable « la consommation à risques d’alcool est en augmentation particulièrement chez les jeunes chômeurs, puisqu’elle a doublé chez les jeunes inactifs, passant de 8 à 16% », a souligné François Beck. La consommation de tabac suit le même mouvement, avec une reprise du tabagisme, comme pour l’ensemble de la population, mais « un recul des âges des initiations au tabac », de même pour le cannabis. On observe par ailleurs une uniformisation de la consommation d’alcool chez les jeunes autour des pratiques anglo-saxonnes et scandinaves, le binge drinking, consommation brève et intense d’alcool, en étant l’exemple le plus régulièrement cité. Ce coup d’arrêt dans l’entrée précoce des consommations de produits nocifs constitue en soi une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas masquer la hausse des consommations au sein de la population féminine. « Nous assistons à un creusement des différences en fonction de l’origine sociale et à un rapprochement des comportements de santé entre filles et garçons, même si les modes de socialisation sont différents entre filles et garçons », a résumé Lucie Gonzalez.

Marketing et prévention

Dans un tel contexte, les pistes de prévention passent par une responsabilisation et une autonomie en matière de santé qui est loin d’être évidente en raison de la spécificité de l’adolescence et de la jeunesse, lesquelles ont du mal à envisager les risques pour leur santé. Aux mesures législatives de type interdiction de vente de tabac aux moins de 18 ans et accès sous condition à la couverture-maladie universelle (CMU) se sont ajoutées des campagnes destinées à diminuer l’expérimentation des drogues licites et illicites ou à promouvoir la santé sexuelle et la lutte contre les discriminations.

Le champ de bataille gagne les réseaux sociaux

Mais la vraie nouveauté est l’irruption des réseaux sociaux comme champs de bataille entre acteurs de prévention sanitaire et les alcooliers et cigarettiers qui ciblent les nouvelles générations. Spécialiste du marketing de la santé et du marketing social, Karine Gallopel-Morvan a longuement analysé les pratiques des industriels pour agir sur les comportements et perceptions des jeunes. Il s’agit notamment des nouvelles formes de marketing qui « dans un contexte défavorable, conservent les chartes graphiques des marques de cigarettes sans les nommer dans des actions de sponsoring, ainsi qu’une présence renforcée sur le Net qui est très difficile à contrôler ».

Pour Jacques-François Diouf, la toile, et plus spécifiquement, les médias sociaux, sont le théâtre d’un travail de notoriété de l’industrie de l’alcool à travers la production de clips, films et marketings interactifs qui visent la même chose : la perméabilité aux messages publicitaires favorables à l’alcool. Pour ce faire, ceux-ci vont « procéder à des rapprochements sur les réseaux sociaux des codes du luxe et de l’alcool dans des images positives que sont le luxe, l’art et la pop’ culture », a expliqué Jacques-François Diouf, pour qui « Le marketing des alcooliers travaille à un contenu positif dans les publicités et prospère sur les lieux commun de socialisation, comme l’amitié, le pouvoir et la séduction ».

Face aux déploiements d’ingéniosité et de moyens développés par ces industries, les organismes de prévention doivent éviter plusieurs écueils : « Stigmatiser les mauvais comportements de santé, oublier la faible importance que les jeunes accordent à la santé, comprendre que les facteurs de risques sont aussi des conduites d’essai et d’expérimentation, que certaines actions de prévention peuvent aussi creuser les inégalités sociales tout en améliorant les conditions moyennes » a souligné Lucie Gonzalez.

Téléphonie sociale et Internet

Présentant sa mission comme relevant essentiellement d’une réponse à une demande d’écoute individualisée en matière de santé, Magalie Jablonski, a estimé que l’action des professionnels de Fil santé jeunes, qui existe depuis 1995, n’a de sens que complétée par un site Internet. Celui-ci repose sur l’articulation entre un espace documentation et un espace interactif avec un forum de discussion et une boite à question, permettant à l’information entre pairs de circuler de manière confidentielle. « Les jeunes, a expliqué Magalie Jablonski, peuvent se parler entre eux sur les forums puis contacter les équipes composées d’adultes ressources ». Outre les missions d’écoute, Fil santé jeunes permet d’observer les tendances en matière de santé « envisagées au sens le plus large possible : santé psychique, sociale, relationnelle etc. ». Depuis 18 mois, Fil santé jeunes a vu percer les questions liées au mal-être et devancer les préoccupations classiques liées à la sexualité, la contraception ou la prise de produits psycho-actifs.

Si les structures dédiées à la jeunesse intègrent de plus en plus des dispositifs d’ordre sanitaire et si les organismes de santé intègrent davantage la problématique jeunesse, il faut néanmoins y voir, comme l’Injep l’avait souligné dans le numéro 54 de la revue Agora débats/jeunesses, plus une évolution des modalités de prise en charge des pouvoirs publics qu’une dégradation globale de la situation sanitaire des jeunes.

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