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Valeurs et représentations

Compte-rendu et podcasts audio

« Jeunes Européens : rapport à la politique et sentiment d’appartenance »

Conférence-débat du 15 mai 2014 (Paris)

A la veille des élections européennes, l’INJEP en partenariat avec les Presses de Sciences Po a organisé une conférence-débat sur les valeurs des jeunes, leur rapport à la politique et leur sentiment d’appartenance.

Jeunes Européens : rapport à la politique et sentiment d’appartenance, tel était le titre de la conférence-débat organisée par l’INJEP dans les locaux de sciences Po Paris, le 15 mai 2014, 28 rue des Saint Pères, à l’occasion de la publication de la 67e édition de la revue Agora débats/jeunesses, « Jeunes Européens : quelles valeurs en partage ? » L’occasion, dans le contexte des élections du Parlement européen, de faire le point sur les valeurs des jeunes européens, celles qu’ils partagent et celles qui sont attachées à leur appartenance nationale et religieuse, prolongeant un dossier thématique préparé à cette occasion.

Etaient présents Marie-Geneviève Vandesande (Presse de Sciences Po), Olivier Toche, directeur de l’INJEP, Olivier Galland, coordinateur du numéro 67 d’Agora débats/jeunesses, Anne Muxel, directrice de recherche au CNRS en sciences politiques au Cevipof, Vincent Tiberj, chargé de recherche à sciences Po, Centre d’études européennes, enfin, Bérénice Jond, président de l’association Animafac, représentante du Cnajep au Forum européen de la jeunesse, membre du Conseil économique, social et environnemental.

Ecouter l’intervention de Marie-Genviève Vandesande. Les podcasts sont librement téléchargeables et peuvent être partagés selon la licence Creative Commons - Attribution-NoDerivs 3.0 Unported (CC BY-ND 3.0)

Etats et valeurs : l’impossible rapprochement ?

Dans son avant-propos Olivier Toche s’est interrogé sur le lien possible entre « l’union sans cesse plus étroite » des Etats, ambition de l’Union européenne et le rapprochement de valeurs des jeunes Européens. Il a également questionné les différences générationnelles qui distingueraient les valeurs des jeunes d’aujourd’hui de celles des générations précédentes.

Ecouter l’intervention d’Olivier Toche. Les podcasts sont librement téléchargeables et peuvent être partagés selon la licence Creative Commons - Attribution-NoDerivs 3.0 Unported (CC BY-ND 3.0)

Questions auxquelles Olivier Galland a apporté une réponse nette : même si les valeurs des jeunes Européens présentent « un tableau très contrasté, les différences nationales restent très marquées et les valeurs des jeunes ne se distinguent pas beaucoup de celles de leurs aînés ». En effet, le travail mené avec Bernard Roudet, chargé d’études et de recherche à l’INJEP, aujourd’hui disparu, et publié en dossier central du numéro 67 de la revue Agora débats/jeunesses, fait émerger quatre résultats :

Contrastes nationaux plus forts que les contrastes générationnels

D’abord, « les contrastes nationaux l’emportent largement sur les proximités de classe d’âge en Europe ». Ensuite l’ « analyse factorielle montre la proximité des jeunes d’un pays avec les adultes du même pays », a expliqué Olivier Galland estimant que « l’appartenance nationale l’emporte très largement sur les effets générationnels », même si, a-t-il nuancé, « il y a des aires culturelles qui rapprochent les jeunes dans des sous-régions européennes ».

Attirances pour des formes politiques autoritaires

Par ailleurs, les jeunes adhérent globalement aux valeurs démocratiques, mais cette adhésion ne se fait pas sans réserve, les jeunes Européens se montrent très critiques sur le fonctionnement de leur démocratie à l’intérieur de leur société. Cela se traduit, a poursuivi Olivier Galland par une « forte attirance pour des formes autoritaires ou technocratiques, notamment dans la région orientale de l’Europe ».

Le poids de la tradition spirituelle

Enfin, l’effet de l’appartenance religieuse reste très fort dans l’orientation des valeurs des jeunes. Cette appartenance a, par ailleurs, un fort effet d’intégration. A l’inverse, a noté Olivier Galland, « l’absence d’appartenance religieuse possède une portée ambivalente ». Si l’absence d’appartenance « est un adjuvant à la participation sociale pour certains, pour d’autres elle est reliée à un rejet des normes sociales et à des postures inciviques ». Dans l’attitude vis-à-vis de l’Union européenne, c’est moins l’âge que le niveau d’études qui semble clivant, sauf dans certains pays (dont la France) qui voient se structurer un euroscepticisme chez les jeunes diplômés.

Ecouter l’intervention d’Olivier Galland. Les podcasts sont librement téléchargeables et peuvent être partagés selon la licence Creative Commons - Attribution-NoDerivs 3.0 Unported (CC BY-ND 3.0)

Culture démocratique et tropisme identitaire

Axant son intervention sur le rapport à la politique des jeunes Européens, Anne Muxel a souligné « cette tension permanent entre l’attachement à la culture démocratique et le tropisme autoritaire ou la tentation des populismes ». « Un quart de la jeunesse serait d’accord avec l’idée qu’on pourrait mettre en place un régime autoritaire ne tenant pas comptes des élections  », a-t-elle exposé, mettant en regard le travail de Bernard Roudet et Olivier Galland avec le baromètre de confiance du régime démocratique mis en place par le Cevipof, selon lequel « 50% des Français sont d’accords avec cette proposition autoritaire ». Cette oscillation entre défiance et confiance dans la relation du citoyen avec la démocratie pluraliste est « une caractéristique forte du rapport entre les centre citoyens et l’Europe politique », a souligné Anne Muxel, rappelant que la jeunesse ne se distingue guère en cela du reste de la population.

Plusieurs défiances

Insistant sur l’importance des cultures nationales, Anne Muxel a pointé l’enjeu d’une citoyenneté nationale qui pourrait également s’articuler avec une citoyenneté supranationale, et non s’y substituer, dans une Europe encore marquée par les traditions culturelles, historiques et spirituelles. Elle se distingue par des sous-régions scandinave, occidentale, de l’est et balkanique. « L’Europe s’exerce également à travers différents ressentis », a rappelé Anne Muxel, relevant néanmoins des dénominateurs communs dans le champ des valeurs des jeunes européens et leur lien à la politique.

Certes, il y a une grande défiance à l’égard des institutions politiques. Mais cette défiance « compose un citoyen plus critique et plus exigeant vis-à-vis de la démocratie et de ses fonctionnements ». A côté des défiances d’ordre populiste et anti-démocratique cohabite une défiance porteuse d’exigences démocratiques et critique « vis-à-vis des usages et des fonctionnements de nos démocraties ». Pour Anne Muxel, ces défiances interrogent nos capacités collectives à inventer « des nouveaux modes et cadres démocratique, conciliant la démocratie représentative » aux formes non instituées ou plus directe de l’exercice démocratique.

Ecouter l’intervention d’Anne Muxel. Les podcasts sont librement téléchargeables et peuvent être partagés selon la licence Creative Commons - Attribution-NoDerivs 3.0 Unported (CC BY-ND 3.0)

Le syndrome baltique

Revenant sur le découpage en grandes sphères de valeurs de l’Europe Vincent Tiberj a souligné la force de l’Histoire dans leur constitution. « On voit qu’il y a deux rives de la Baltique », a-t-il expliqué, comparant la Scandinavie et les pays Baltes. « L’une se situe dans la continuité de l’Etat social-démocrate, a-t-il poursuivi, c’est-à-dire, la Scandinavie, l’autre a l’histoire du rideau de fer en héritage. D’un côté on voit une jeunesse intégrée qui a confiance dans les institutions, de l’autre une jeunesse tentée vers le repli individualiste ou totalitaire ». Pour Vincent Tiberj, on a « trop tendance à oublier que la chute du mur de Berlin c’est aussi la chute d’un projet collectif qui a nécessairement abouti à une forme de retrait de la collectivité et de l’agir ensemble ». Il a encore considéré que se joue « plus spécifiquement à l’ouest, une transformation de l’espace démocratique et du rapport que le citoyen entretient avec ses représentants ». Enfin, le chercheur a estimé dangereux de penser l’identité comme « un jeu de vases communicants » où l’appartenance nationale viendrait se substituer à un ordre supranational, plaidant pour un cosmopolitisme européen qui n’imposerait pas de choix identitaire, ni, « en aucun cas, un dépassement de la nation ».

Ecouter l’intervention de Vincent Tiberj. Les podcasts sont librement téléchargeables et peuvent être partagés selon la licence Creative Commons - Attribution-NoDerivs 3.0 Unported (CC BY-ND 3.0)

Bérénice Jond a observé de son côté que les régions d’Europe où « la culture de la participation », et où « la confiance des jeunes envers les institutions [sont] les plus fortes » se composent de nations qui connaissent une vraie pluralité générationnelle dans les instances politiques, associatives et syndicales. L’occasion pour la représentante du Cnajep au Forum européen de la Jeunesse de rappeler la moyenne d’âge des députés Français (56 ans - NDLR). Manière de retourner la question : les jeunes se détournent-ils de la démocratie française ou est-ce la démocratie française qui rejette sa jeunesse ? 46 sur 577. Tel est le nombre de députés de moins de 40 ans.

Ecouter l’intervention de Bérénice Jond. Les podcasts sont librement téléchargeables et peuvent être partagés selon la licence Creative Commons - Attribution-NoDerivs 3.0 Unported (CC BY-ND 3.0)

La playlist des interventions

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