Participation, engagement, citoyenneté

Interview de Thibaut de Saint Pol - Garantir la neutralité des travaux, répondre à la demande publique

Le directeur de l’INJEP, Thibaut de Saint Pol revient sur les motifs et les enjeux qui l’ont conduit à porter et rendre publics une charte de déontologie, un projet de service ainsi que sa déclinaison sous la forme d’un programme de travail. Il revient sur la méthode retenue. Celle-là même qui consiste à organiser le croisement des regards scientifiques, politiques et techniques tout en favorisant les coopérations et en restant attentif à la demande sociale. Entretien.

Un an après votre nomination à la direction de l’INJEP, le voilà doté d’un conseil scientifique et d’orientation, d’un projet de service ainsi que d’un programme de travail. Est-ce là la conclusion des priorités qui vous avaient été fixées lors de votre prise de poste ?

Thibaut de Saint Pol : Je n’aime pas le terme de « conclusion » puisque nous posons les bases d’un nouvel épisode qui s’inscrit dans l’histoire déjà longue de 65 ans de l’INJEP. En revanche oui,  c’est le terme d’une séquence d’un an riche et dense à laquelle toutes les équipes se sont attelées avec un optimisme et un sens de la responsabilité qui force le respect. Je rappelle que l’INJEP venait d’être restructuré et ses statuts profondément remodelés. Dans ce contexte,  le défi consistait à équiper l’INJEP, dans un temps court, tout à la fois, d’un programme de travail permettant de mobilier les nouvelles missions autour d’axes de travail thématiques et transversaux, d’un outil garantissant l’indépendance scientifique (le conseil scientifique et d’orientation – NDLR) et capable de se prononcer sur les orientations générales de l’INJEP, enfin, d’une charte de déontologie fixant des principes acceptés, relatifs à l’autonomie des travaux, à une stricte application du devoir de réserve, mais aussi des méthodes et des engagements réciproques visant la montée en qualité des productions.

Pourquoi avoir choisi cette restitution formelle et sa déclinaison autour d’un projet de service, d’un programme de travail, d’une charte de déontologie et pourquoi les rendre publics ?

Thibaut de Saint Pol : Formellement, le triptyque qui synchronise la charte de déontologie, gage éthique et fondement de notre crédibilité en tant qu’Observatoire, le projet de service, fixant les grandes orientations et les ambitions du service, puis sa déclinaison opérationnelle dans un programme de travail correspond à la méthode de travail qui a été employée pour construire notre nouveau service. Aussi les restituer sous cette forme constitue déjà en soi un gage de lisibilité et de transparence pour les partenaires et les usagers.   Un service public se doit d’expliquer le sens de son action, les choix de ceux qui ont été en situation et en responsabilité de les faire sans rien occulter des contraintes, mais aussi des atouts, et ils sont nombreux, dont peut se prévaloir l’INJEP. Je pense en particulier   à sa situation privilégiée d’interface entre des acteurs très différents des champs de la jeunesse, des sports, de l’éducation populaire et de la vie associative. Dans ce paysage, quels sont les besoins non couverts qui justifient la création d’un service à compétence nationale dotant l’Etat d’un Observatoire de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative, outil de recherche et de développement, permettant de renseigner et renforcer son action ? Comment répondre aux enjeux et à la commande publique ? Quels sont les points forts que l’on peut mobiliser et comment les articuler ? Voilà la base de notre questionnement. Je suis sincèrement convaincu que nos réponses sont sérieuses, structurées, documentées et qu’elles offrent un maximum de garanties en faveur de la neutralité et de l’indépendance des travaux de recherche tout en permettant d’améliorer la qualité du service rendu.

Quelles sont les grandes orientations que vous retenez ?

Thibaut de Saint Pol : La première propose d’installer et de développer la fonction transversale d’Observatoire de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative. En second lieu, nous voulons conforter les productions de la statistique publique afin que l’INJEP puisse pleinement jouer le rôle de service statistique ministériel. Troisième orientation : renforcer les échanges avec les services centraux et déconcentrés du ministère chargé de la jeunesse et des sports ainsi qu’avec les services de l’Etat qui interviennent dans les domaines de la jeunesse, de l’éducation populaire, de la vie associative et des sports. Il nous a paru essentiel, du reste, de compléter ce volet coopératif par un renforcement des partenariats avec les organismes de recherche qu’ils soient universitaires, institutionnels ou  associatifs. Afin de tenir ces objectifs, nous ambitionnons de  développer la reconnaissance scientifique et la notoriété de l’INJEP, enfin, de poursuivre la construction d’une identité commune à travers un renforcement des complémentarités et des métiers.  

Quels sont les enjeux qui vous sont apparus essentiels dans la mise en œuvre de ce travail ?

Thibaut de Saint Pol : Il y a un d’abord un triple enjeu scientifique, de politique publique et de gouvernance qui prescrit de mettre en synergie les expertises produites par trois missions : la première (la mission des études et de l’observation statistique – MÉOS )  produit essentiellement des données et études quantitatives dans le cadre de la statistique publique. La seconde (la mission Observation, évaluation – MOE), produit des travaux d’études et de recherche, notamment qualitatifs. Enfin, une troisième mission, dédiée à l’animation du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse (MAFEJ) a une vocation d’animation, d’évaluation et de capitalisation des expérimentations mises en œuvre dans le cadre d’un programme visant à soutenir les dispositifs innovants, en particulier dans les politiques publiques, à l’instar des what works anglo-saxons qui cherchent à fonder l’action publique sur des principes empiriques et pragmatiques. 

Mais favoriser les coopérations et les synergies des expertises ne se décrète pas. Pour que cela fonctionne, il faut que cela ait du sens et que cela fasse sens pour chacun d’entre nous. Cela impose de mettre à jour les complémentarités et dégager les axes de travail qui tireraient bénéfice de la complémentarité des regards. A cette fin, nous nous sommes entendus sur la définition d’axes de travail thématiques et transversaux, capables de mobiliser l’ensemble des missions et de réunir toutes les compétences. Toutes seront amenées à travailler ensemble autours des questions prioritaires que sont les inégalités, discriminations et non recours au droit, les parcours, mobilités et territoires, l’engagement et l’éducation populaire, enfin, la société civile en action, la vie associative et les innovations sociales. 

Il y a ensuite un enjeu de neutralité et de crédibilité. L’INJEP doit bénéficier d’une neutralité et d’une indépendance dans la conduite et la diffusion de ses travaux pour que cela ait du sens. Nous y sommes tenus du point de vue des textes s’agissant de la MEOS qui obéit aux règles de la statistique publique , mais nous y sommes tenus également au plan déontologique, et même moral, s’agissant des autres services. Comment convaincre de la qualité des productions si nous restions perméables aux pressions politiques ou privées qui influeraient les résultats ? J’ai souhaité que cette exigence s’applique à tous les agents indépendamment de leur positionnement hiérarchique, qu’elle protège en même temps qu’elle requière de la rigueur dans la conduite du travail quotidien, tout en fixant les devoirs respectifs de la direction et de ses agents. J’ai enfin souscrit et appuyé l’installation d’un conseil scientifique et d’orientation dont le rôle sera justement de jouer les garde-fous et d’alerter en cas de non-respect de ces principes déontologiques.

Enfin, je crois qu’il y avait un enjeu symbolique essentiel à construire une identité collective où chacune des composantes de l’INJEP peut retrouver le reflet de son investissement et de sa culture professionnelle. Non seulement c’est important au plan interne, mais c’est également primordial vis-à-vis, de l’extérieur, et en particulier de nos partenaires historiques qui doivent pouvoir compter sur un partenaire de référence, disponible, à la fois force d’expertise et point de repère dans le paysage des politiques de jeunesse, d’éducation populaire et de vie associative.

Quels sont d’après-vous les atouts de l’INJEP pour réussir ses nouvelles missions ?  

Thibaut de Saint Pol : L’INJEP est indissociable de l’histoire de l’éducation populaire et des mouvements de jeunesse depuis la Libération. Il dispose d’un positionnement transversal qui lui permet d’être un lieu d’interface entre professionnels, décideurs politiques, chercheurs, acteurs locaux.  Certes c’est un immense atout qui fait de l’INJEP un chaînon irremplaçable dans le champ de l’action publique de l’Etat dans ces champs. Mais fût-il original et reconnu, un positionnement seul ne suffit pas à cristalliser les ambitions et les orientations d’un nouveau service. Pour cela, et j’en viens à un autre atout très important de l’INJEP, il faut des compétences diversifiées et complémentaires, une variété de disciplines et de cultures professionnelles qui s’enrichissent et se renforcent au contact les unes et des autres. C’est aujourd’hui le cas, que ce soit dans les domaines de la sociologie, des sciences politiques,  de la statistique publique ou des éxpérimentations , en passant par les métiers de la documentation, de l’édition ou de la communication publique : la palette des compétences que nous rassemblons est extraordinairement large et contribue à faire de l’INJEP un outil à la fois unique et précieux pour l’ensemble des acteurs. Autrement dit, nous souhaitons plus que jamais faire de l’Injep un pôle de ressources et un outil  d’aide à la décision publique utile à l’ensemble des acteurs de ce champ.  

 

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