Éducation, formation orientation

Information des jeunes

Dossier | « Information des jeunes : observer, analyser les pratiques »

Interview croisée de Gérard Marquié et Jean-Pierre Halter. L’INJEP intervient pour renforcer les capacités d’analyse des

Information jeunesse en Alsace

Durant toute l’année 2013, l’INJEP a accompagné les professionnels du réseau information jeunesse alsacien dans la réalisation de deux études sur les pratiques d’information des jeunes. Le credo de Jean-Pierre Halter et de Gérard Marquié qui ont mené ce travail pour le compte de l’INJEP : tout en travaillant sur les publics il faut doter les professionnels d’une méthodologie de suivi et d’analyse.

Pendant plusieurs mois, l’INJEP est intervenu, dans le cadre d’une formation-action, auprès du réseau information jeunesse d’Alsace afin qu’il mène une enquête sur les pratiques d’informations des jeunes. Ambition : permettre aux animateurs-informateurs jeunesse de maîtriser les outils d’observation et d’analyse du public. Deux enquêtes ont été ainsi réalisées sur les pratiques d’information des jeunes en 2013, auprès de plus de 3000 15-30 ans. Explications avec Gérard Marquié et Jean-Pierre Halter, respectivement chargé d’études et de recherche et chargé de recherche associé à l’INJEP.

Quelle était la demande du réseau information jeunesse d’Alsace et comment avez-vous tenté d’y répondre ?

Jean-Pierre Halter : Un mot d’abord sur la situation locale qui prévalait alors. Le Centre régional d’information jeunesse (Crij) d’Alsace a fermé ses portes en 2009. Une structure polyvalente située à Mulhouse, Sémaphore, gérant plusieurs dispositifs, comme l’école de la deuxième chance, une mission locale … est délégataire d’une mission de coordination du réseau information jeunesse en Alsace. La région comporte une vingtaine de Points ou Bureaux information jeunesse (PIJ, BIJ) soutenus par des structures telles que les MJC, les services jeunesses des collectivités locales, les centres sociaux. Cette coordination est réalisée en lien avec la Direction régionale et départementale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale. Cette phase de reconstitution et de dynamisation du réseau information jeunesse nécessite une attention particulière en matière de formation d’une nouvelle génération d’animateurs informateurs jeunesse. Pour les responsables locaux, et notamment du BIJ de Mulhouse qui nous a sollicité, le défi consistait à travailler, à la fois, sur la qualification des professionnels et à la restructuration du réseau, en s’appuyant sur une approche très pragmatique , c’est-à-dire, sur une démarche résolument centrée sur les usages des jeunes.

Gérard Marquié : Les acteurs se sont constitués en groupe projet du réseau Information jeunesse Alsace. Ils ont eu vent du travail que nous avions mené sur un sujet comparable avec le réseau information jeunesse de Charente-Maritime. La demande initiale était très axée sur la formation des professionnels couplée à un travail exploratoire auprès des jeunes qui ne fréquentent pas les structures d’information jeunesse. Cette demande est ambitieuse et nécessite un fort travail d’immersion et un investissement très important dans l’observation, l’analyse et le partenariat local. La prise en compte des jeunes qui fréquentent les structures et de la diversité de leurs pratiques et attentes est déjà très éclairante dans un premier temps.

Y’a-t-il eu de votre part, au préalable, un travail de reformulation et de structuration de la demande ?

Jean-Pierre Halter : L’expérience du réseau information jeunesse de Charente-Maritime nous a enseigné qu’il y a des problématiques communes au sein des deux populations : celles qui fréquentent le réseau et celles qui ne le fréquentent pas. Dit autrement, les pratiques d’information des jeunes ne s’opposent pas selon qu’ils fréquentent ou pas une structure d’information jeunesse ! Nous avons donc proposé de procéder à deux études, l’une sur les usagers du réseau information jeunesse, l’autre sur les jeunes qui n’utilisent pas le réseau, sur la base de deux questionnaires différents, mais comportant un tronc commun de questions.

Quelle est l’idée forte de votre méthode d’intervention et la plus-value que l’institut a pu apporter aux professionnels ?

Gérard Marquié : Le socle de notre méthode tient dans cette idée : tout en intéressant aux publics, il faut renforcer les capacités d’analyse des professionnels - en d’autres termes, leur donner les outils permettant d’interroger les échantillons pertinents et de procéder à des analyses appropriées qui leur permettront, en bout de course, de mener des actions plus efficaces. Il s’agit notamment de mieux prendre en compte la diversité des profils des jeunes en termes d’âge, de genre, se niveau de diplôme, de statut, mais aussi leurs pratiques et leurs attentes. C’est au cours de ces formations/actions que nous construisons avec les professionnels ces outils de questionnement et d’analyse. L’autre plus-value de l’INJEP, c’est l’accompagnement des professionnels dans la valorisation des données observées et recueillies.

Comment les choses se sont-elles déroulées par la suite ?

Jean-Pierre Halter : Notre démarche s’est organisée autour de trois axes : un axe de formation-action auprès des acteurs du réseau, auquel il faut ajouter un axe valorisation de l’action réalisée dont nous venons de parler. C’est essentiel dans la mise en œuvre des politiques publiques aujourd’hui. Le troisième axe est d’avantage fondé sur le suivi, l’appui à la stratégie de développement du projet d’observation. Il s’agit là d’aller au-delà de l’expérience, de passer à « l’après », de voir comment on peut étendre la fonction d’observation du réseau à d’autres objets d’études, de définir des orientations stratégiques pour le futur.

Gérard Marquié : Nous avons donc interrogé 649 usagers, âgés de 15 à 30 ans, du réseau IJ lors de leur venue dans un point ou un bureau d’information jeunesse. Puis nous avons procédé à une deuxième analyse auprès d’un échantillon de 1519 jeunes ne fréquentant pas les structures d’information jeunesse. Ces questionnaires ont été remplis dans les lieux que fréquentent les jeunes : lycées, missions locales, forum ou salon professionnels et d’orientation, mais aussi dans la rue, les café, les cinémas. Une synthèse de la première enquête a été réalisée par le réseau information jeunesse d’Alsace avec l’appui de l’INJEP. La seconde enquête a fait l’objet d’une analyse plus spécifique de l’INJEP complétée d’une comparaison avec la première enquête pour certaines questions communes. Cette analyse a été présentée en juin 2014 aux membres du groupe projet de l’enquête (Bureau Information jeunesse de Mulhouse, DRJSCS, professionnels des points et bureaux information jeunesse – NDLR).

Quelles en sont les principales conclusions ?

Gérard Marquié : Les croisements entre le profil des jeunes (âge, genre, statut…) avec les résultats observés en termes de demandes, de pratiques ou d’attentes sont riches d’enseignements. Dans le domaine des pratiques d’information des jeunes, il est intéressant de constater que les jeunes voient l’Internet comme un lieu, au même titre que le bureau d’information jeunesse, la mission locale ou le centre d’information et d’orientation. A la question ouverte : « Pouvez-vous citer le lieu d’information que vous utilisez le plus fréquemment », 42% des jeunes interrogés répondent : « Internet ». C’est significatif de cette synergie entre l’information en ligne et l’information sur un « lieu physique » qui concerne également les représentations que les jeunes se font des organismes et institutions auxquels ils ont recours dans leurs démarches d’information ou d’orientation.

Jean-Pierre Halter : Dans une certaine mesure, je m’interroge sur la spécificité jeune de ce type de réponse. N’est-on pas dans un effet de société plutôt que dans un effet générationnel ? Le moyen et la source peuvent se confondre dans un abus de langage. Mais au fond, une fois que la pratique de recherche d’informations se structure dans le temps, la distinction s’opère chez l’internaute… jeune ou vieux. Gérard Marquié : La prolifération d’informations créé une sensation d’être informé, mais aussi cela peut aussi alimenter l’insécurité pour certains et renforce le besoin d’accompagnement. « Je ne sais pas ce que je veux faire ou j’hésite dans mes choix » : l’information devient brouillage parce que « je n’ai pas l’accompagnement et le conseil qui permettent de comprendre les conséquences et les enjeux de mes choix ». Ceci est un élément clé dont les professionnels doivent tenir compte s’ils veulent anticiper les évolutions de leurs métiers dans la société de l’information que nous connaissons. La place d’Internet en ce qui concerne les pratiques des jeunes (qui sont diverses) mais aussi les pratiques des professionnels, est essentielle en termes d’accompagnement, d’éducation aux usages et de potentialités d’interactions entre les jeunes et les institutions.

Propos recueillis par Roch Sonnet

Sommaire du dossier

  • En introduction, présentation générale de la démarche : Interview de Jean-Pierre Halter et Gérard Marquié par Roch Sonnet (INJEP) : « l’INJEP intervient pour renforcer les capacités d’analyse des professionnels et affiner le pilotage des actions »

Et pour élargir…

Enquête sur le réseau Information jeunesse en Alsace : l’essentiel

Deux enquêtes sur les pratiques d’information des jeunes ont été réalisées par les professionnels du réseau information jeunesse, avec le soutien de l’INJEP, en 2013 auprès de plus de 3000 jeunes :

  • 649 usagers du réseau information jeunesse ont répondu à un premier questionnaire lors de leur venue dans un Point ou un Bureau information jeunesse (544 questionnaires concernant les jeunes de 15 à 30 ans ont été conservés et analysés)
  • 1519 jeunes qui n’utilisent pas le réseau information jeunesse ont été ensuite interrogés sur le même sujet (questionnaire comportant des parties communes mais aussi spécifiques). Ils ont remplis le questionnaire dans un lycée, une mission locale, un forum ou salon, dans un espace public (rue, café, cinéma…) …
  • L’échantillon a été redressé pour être plus en cohérence avec celui de la première enquête. 1263 questionnaires concernant les jeunes de 15 à 30 ans ont été conservés et analysés.
  • Une première synthèse de l’enquête 1 a été réalisée par le réseau information jeunesse Alsace : http://goo.gl/YsCVbY
  • La deuxième enquête a fait l’objet d’une première analyse présentée par l’INJEP aux membres du groupe projet de l’enquête (Bureau Information jeunesse

 

Entre octobre 2012 et mars 2014, l’INJEP a accompagné les professionnels du réseau information jeunesse d’Alsace dans la réalisation de deux études sur les pratiques d’information des jeunes. Gérard Marquié et Jean Pierre Halter, respectivement chargé d’études et de recherche et chargé de recherche associé à l’ INJEP ont géré cette formation-action : l’enjeu étant de travailler sur les publics tout en apportant aux professionnels une méthodologie de suivi et d’analyse.

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