Participation, engagement, citoyenneté

Interview

François Chérèque, président de l’Agence du Service civique : "Une ambition forte pour tous les jeunes"

A l’occasion des quatre ans du Service civique, le nouveau président de l’Agence du Service civique, François Chérèque, entend réaffirmer un objectif de fond : permettre à tous les jeunes qui le souhaitent d’effectuer un Service civique. Une ambition qui passe par une vigilance persistante sur la qualité des missions et par le renforcement des partenariats institutionnels ainsi que des évaluations.

Injep : Quelles sont les ambitions du nouveau président de l’Agence du Service civique, quatre ans après sa création ?

François Chérèque : D’abord, je voudrais que le Service civique soit considéré comme une étape essentielle pour les jeunes qui s’insèrent dans la vie sociale, professionnelle et citoyenne. Il ne s’agit pas de le rendre obligatoire, mais de faire en sorte que tous ceux et toutes celles qui veulent effectuer ce service, puissent le faire et que ce soit un élément fort du parcours de ces jeunes volontaires. Pour atteindre cet objectif de fond, il ne suffira pas de développer l’offre quantitative, il nous faut davantage nous faire connaître et apprécier des jeunes. Le Service civique doit s’adresser à tous les jeunes, quelles que soient leurs origines sociales, et, pour cela, nous devons également travailler au renforcement de la qualité des missions.

La ministre a annoncé l’objectif d’une hausse de 15% du nombre des jeunes volontaires, à 35 000, au lieu des 31 000 fixés initialement pour 2014. Quel sens donnez-vous à cette décision ?

Le Président de la République a dit que l’objectif est d’agir en sorte que tous les jeunes qui souhaitent accéder au Service civique puissent le faire. L’objectif du quinquennat c’est d’attirer 15% d’une classe d’âge chaque année dans un Service civique. Autrement dit : 100 000 jeunes par an. Le cap est clair et les 35 000 jeunes en Service civique en 2014 constituent de ce point de vue un passage obligé. Après, il y a le message politique très positif d’une ministre qui s’engage de façon volontaire dans la démarche et multiplie les signaux de reconnaissance. Je dois dire qu’au-delà de notre tutelle, le Service civique est l’une des seules politiques publiques dont le développement fait consensus dans un contexte général de restrictions budgétaires. L’engagement du gouvernement en ce sens est dénué d’ambiguïté. C’est une chance pour ceux qui pilotent le dispositif, pour les jeunes qui peuvent se construire une expérience sociale et personnelle déterminante. Enfin, c’est une chance pour le monde associatif, les acteurs des politiques publiques locales qui y viennent de plus en plus, et, donc, plus largement, pour l’intérêt général.

Le gouvernement et vous-même avez fixé des objectifs de 25% de volontaires issus des quartiers relevant de la politique de la ville et de 6% des jeunes en situation de handicap. Pourquoi ces choix ? Comment allez-vous les mettre en œuvre ?

La loi relative au Service civique fixe un objectif de mixité sociale. Cet élément est très important car il touche aux valeurs essentielles du Service civique : les volontaires doivent être représentatifs des jeunes dans leur ensemble. Si nous voulons changer de braquet, il importe de multiplier les partenariats institutionnels, à l’image des conventions qui ont été signées avec le ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative, le ministère de la Ville, ou l’Education nationale, notamment, dans le domaine du décrochage scolaire. Je songe également aux grandes collectivités.
En revanche, je voudrais casser le mythe qui voudrait qu’accueillir 25% de jeunes relevant de la politique de la ville, constitue une forme de rééquilibrage dans les niveaux scolaires des futurs volontaires. Cela signifierait que les jeunes des quartiers populaires sont majoritairement des jeunes en échec ou décrochage scolaire. C’est faux ! Ils sont majoritairement formés et qualifiés. Le problème vient souvent du fait qu’ils sont discriminés dans l’accès à l’emploi et qu’ils ne bénéficient pas des réseaux professionnels des jeunes (ou pour être plus précis, des parents) de milieux plus favorisés. Concernant les jeunes en situation de handicap, le Service civique agit de la même manière que les entreprises ou les organismes publics, tenus de recruter 6% de personnes en situation de handicap.

Pour être plus précis, est-ce là une façon de répondre à une critique récurrente faite au Service civique qui bénéficierait d’abord aux jeunes les plus éduqués ?

La part des jeunes issus de la politique de la ville dans la société est d’environ 16%. Nous sommes un point au-dessus dans nos effectifs de volontaires : 17%. 25% des jeunes volontaires ont un niveau de formation inférieur au niveau Bac, ce taux est légèrement plus faible que celui des jeunes français qui est de 30%. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes et ne souffrent pas la critique face à des objectifs très ambitieux que nous nous sommes donnés ; le service civique n’est pas un outil de reproduction des inégalités sociales comme d’aucuns le prétendent.
Il est à l’image de la société, de sa diversité et de ses divisions. Ce que nous avons appris depuis quatre ans, à la lumière de nos questionnements, c’est que les jeunes investissent de façon inégale le Service civique. Le jeune diplômé, informé, trouvera dans le service civique un outil d’accomplissement de soi et de poursuite de ses ambitions, alors que le non-diplômé aura souvent besoin d’un accompagnement extérieur plus pointu pour saisir les opportunités d’un Service civique.

Quels autres leviers doit-on actionner pour renforcer le Service civique en tant qu’outil d’inclusion sociale ?

Le Service civique n’est pas un outil d’inclusion sociale, mais la possibilité offerte à tous les jeunes de poursuivre un engagement autour d’une mission d’intérêt général. Maintenant, c’est un fait, l’accomplissement d’une mission de Service civique favorise l’insertion socio-professionnelle. D’après une enquête Sofres, menée à notre demande, les jeunes volontaires ont plus souvent décroché un emploi au sortir d’une mission que les autres. Beaucoup découvrent à l’occasion ce qu’est le monde du travail et posent les premiers jalons de leur parcours professionnel. Le facteur favorisant en la matière c’est la qualité de l’accueil et l’attention portée par la structure accueillante sur ce que le volontaire fera après sa mission.

Quels vont être les besoins de l’Agence du Service civique en matière d’expertise et d’évaluation ?

Il est un peu tôt pour vous donner une réponse précise. En revanche, je vais vous faire part d’une conviction : le temps de l’action politique, sans rendre des comptes, sans imaginer à la source les moyens de son évaluation, est terminé. C’est une exigence démocratique aujourd’hui : les citoyens veulent non seulement de l’efficacité, mais aussi la transparence qui leur permettra d’en juger. La population a non seulement le droit de savoir, mais l’acteur public doit expliquer, montrer, faire la démonstration de l’utilité de ses actions. C’est dire si l’évaluation et la communication impartiale et accessible constituent à mes yeux le gage de la qualité de notre travail. C’est dire si nous comptons sur le travail de l’Injep, qui, je le rappelle, accompagne le Service civique depuis sa création, est présente au conseil d’administration de l’Agence et co-préside un groupe de travail sur l’évaluation de notre activité. Enfin, l’institut met en œuvre des formes de volontariat dont les fondements et les enseignements nourrissent nos pratiques au quotidien. Nous avons donc en commun, des pratiques et de l’expertise technique. Évidemment, c’est précieux.

Propos recueillis par Roch Sonnet

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