Figures du rapport au politique dans les centres sociaux : la tyrannie du consensus

Par Régis Cortesero, chargé d'études et de recherche à l'INJEP

Le lundi 23 et le mardi 24 janvier 2012 s'est tenu un colloque sur le thème de l'animation socioculturelle professionnelle et de son rapport au politique. Organisé à Bordeaux, par l'Institut supérieur d'ingénieurs-animateurs territoriaux (IUT ISIAT), l'événement a bénéficié du concours de l'INJEP à travers une communication de Régis Cortesero, chargé d'études et de recherche « Pratiques et politiques éducatives » au sein de l'institut.

Celui-ci a estimé que la logique intrinsèque de la tutelle municipale, soucieuse de ne pas voir se développer un contre-pouvoir sur un territoire, et la « prédominance d'une représentation pacifiée du social », concourent à générer une « tyrannie du consensus » qui freine à la fois « le sens et la portée de l'action politique ». Voici le résumé de son intervention :

"Cette communication analyse le rapport au politique développé par les centres sociaux à partir d'une enquête comparative réalisée dans le cadre d'une convention entre la CNAF et le Centre Émile Durkheim. Cette enquête a concerné six sites aux caractéristiques contrastées, répartis sur trois départements du territoire hexagonal. Sur chacun des sites, des entretiens semi-directifs et un recueil documentaire ont permis de rassembler des données sur le centre, son projet, ses actions, son fonctionnement, ses personnels, ses publics etc., mais également son environnement partenarial et politique, avec, notamment, des entretiens menés avec des élus et des techniciens des municipalités, départements et CAF concernés.

Le « rapport au politique » est une question récurrente dans ces équipements que les circulaires et chartes encadrant leur activité tendent à définir comme des acteurs censés participer au développement social local par une action d'animation généraliste et par la stimulation de la participation des habitants. Cette action les confronte aux institutions locales et les inscrits dans des jeux de gouvernance où la tutelle municipale apparait comme l'interlocuteur politique central, avec lequel les échanges sont les plus nombreux et les plus chargés d'enjeux.

En cherchant à préciser les liens qui se nouent entre ces structures et les acteurs politiques locaux, on est conduit à distinguer plusieurs grandes matrices (ou type idéaux), dont la force structurante est très inégalement présente. Le modèle agonistique, caractérisé par la priorité accordée à la mobilisation d'habitants constitués en interlocuteurs des pouvoirs publics locaux, et engagés dans des processus de négociation conflictuelle, est très en retrait. A l'inverse, le modèle expressif, où le centre social se donne pour vocation de « transporter » la « demande sociale » dans l'espace politique local, ou encore le modèle contributif, où la participation est conçue comme une « éducation morale » visant à élever les usagers à la hauteur de l'intérêt général incarné par les institutions, marquent en profondeur les attitudes et les pratiques des centres sociaux lorsqu'ils opèrent en acteurs politiques.

Plusieurs pistes d'explication peuvent être explorées. Outre le contexte institutionnel (centres sociaux associatifs ou municipaux etc.), deux méritent une attention particulière :

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