Participation, engagement, citoyenneté

Vie associative, économie sociale et solidaire

Compte-rendu

Entrepreneuriat des jeunes : ce qu’entreprendre permet d’apprendre

Conférence-débat du 1er avril 2014 (Paris 15e)

Apprendre à entreprendre ou apprendre en entreprenant ? Chaque année des milliers de jeunes se lancent dans l’aventure avec le soutien de plus en plus affûté de nombreuses structures d’accompagnement, dont les missions locales et les boutiques de gestion. Le soutien à l’entrepreneuriat constitue pour les jeunes de tous les horizons sociaux, une école de l’existence et pour certains, une vraie dynamique d’insertion socio-professionnelle. Dans le prolongement d’un Cahier de l’action dédié à cette question, l’Injep a organisé une conférence-débat dans les locaux de la Macif. Compte-rendu.

L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) a organisé, mardi 1er avril 2014, une conférence-débat intitulée, « Entrepreneuriat des jeunes : ce qu’entreprendre permet d’apprendre », avec le soutien de la Macif et dans les locaux de celle-ci. Il s’agissait d’approfondir les idées développées dans le N° 41 des "Cahiers de l’action" http://observatoire-jeunesse.fr/boutique/cahiers-de-laction-jeunesses-pr... consacré à l’entrepreneuriat des jeunes et aux apprentissages générés par une expérience de création d’entreprise ou d’activité.

L’originalité de cette conférence tenait au fait qu’elle s’articulait sur un questionnaire en ligne, sur des vidéos de deux jeunes créateurs et d’un accompagnant. Elle laissait également la part belle aux témoignages concrets de trois jeunes créateurs d’activités : Delphine Faucon (fondatrice de CRESNA, une Scop d’expertise et de médiation autour de l’alimentation), Benoît Magnes et Enoch Effah. Des responsables de missions locales, d’entreprise, ou de groupements de créateurs commentaient en miroir ces retours de terrain, ainsi Isabelle Larregneste (directrice de développement à la Boutique de gestion Paris/Île-de-France-BGE PaRIF.

Entreprendre rime-t-il avec éducation populaire ?

Etaient également présents, Philippe Da Costa, directeur général adjoint innovations et relations extérieures du Groupe Macif et président du Conseil d’administration de l’Injep, Olivier Toche, directeur de l’institut, enfin, les coordinatrices du numéro 41 des Cahiers de l’action et animatrices des rencontres Isabelle Bapteste, spécialiste de l’entrepreneuriat social et Angélica Trindade-Chadeau, chargée d’études et de recherche à l’Injep.
Rappelant dans ses mots d’ouverture que l’économie sociale puise à la source des univers associatif, syndical et de l’éducation populaire, Philippe Da Costa a estimé que l’entrepreneuriat « pouvait aussi porter un projet d’émancipation mettant l’entreprise au service de l’humain ». Il s’agit, a-t-il rappelé, de placer « entre les mains des jeunes des outils pour la vie, de construire des passerelles entre les univers de l’éducation formelle et informelle et ce lieu d’engagement que peut être une entreprise ».
Pour le président du conseil d’administration de l’Injep, il importe de « ne pas décevoir les jeunes qui entrent dans l’entreprise et de permettre cette rencontre entre engagement économique, engagement social, et sens à sa vie personnelle ». Cette quête d’équilibre « ne peut pas relever de l’individu seul. Dans une société porteuse de valeurs humanistes c’est un défi pour nous tous », a ajouté Philippe Da Costa, soulignant le rôle clé qu’est amené à « jouer l’économie sociale dans la possibilité faite aux jeunes d’investir un projet commun ».
Pour Olivier Toche, le mérite premier de cette conférence « est de permettre un décentrage salutaire qui n’oppose plus l’entreprendre et l’apprendre ». « Ici, il n’est pas seulement question d’apprendre à entreprendre », a souligné le directeur de l’Injep, mais « de se rendre compte qu’en se lançant dans l’entreprendre (l’apprentissage en faisant, learning by doing) on apprend, on construit sa vie ».

Des lieux pour passer de l’idée au projet

Dans un témoignage filmé, Larbi Taouir, jeune ingénieur et bénévole qui soutient les jeunes créateurs d’activité à Trappes, a estimé que « 80% de la population pourrait être entrepreneur, mais que l’accompagnement doit s’effectuer d’abord avec ceux qui ne possèdent pas les codes sociaux leur permettant de se lancer dans l’aventure ». Ce qui manque, a-t-il insisté ce sont « des lieux qui permettent l’émergence de ses idées et de passer de l’idée au projet ». Les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer dans la création de « lieux d’émergence et de rencontres », face à des jeunes qui ne savent pas à qui s’adresser. Autre constat : le manque de structures d’accompagnements et de moyens adaptés, car « on ne peut pas avoir une réponse type qui convient à l’ensemble des profils ou des besoins », a souligné Angélica Trindade-Chadeau.
C’est justement l’accompagnement qui a permis à Delphine Faucon de « tester le concept d’entreprise de prévention et de médiation autour de l’alimentation » et de trouver les statuts adaptés pour encadrer l’activité. Quel statut ? Quel prévisionnel financier ? Quel environnement législatif ? Autant de questions qui se bousculent dans la tête du jeune créateur d’activité qui a souvent le sentiment que son idée se heurte à un monde en tuyaux d’orgue où l’innovation déstabilise ceux qui accompagnent, professionnels et institutions. « Lorsqu’on innove on est confronté à des réalité extérieures qui ne sont pas adaptées ». Une évidence que rappelle Isabelle Larregneste qui, par ailleurs, précise qu’il y a 20 ans, il existait peu de structures d’accompagnement. Aujourd’hui l’offre est plus large mais parfois moins lisible. C’est donc pour faciliter l’innovation et donner vie aux projets d’activités que se constituent sur le territoire un maillage de soutien à l’entrepreneuriat comme l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) ou les réseaux des boutiques de gestions. « Ce qu’il vous manquait, a poursuivi Isabelle Larregneste, s’adressant à Delphine Faucon, c’est un test en couveuse [d’entreprises – NDLR] afin de poser le projet de service et de structurer une demande qui n’existe pas, inventer une stratégie, valider les hypothèses… Un test de projet aurait été génial pour vous. La couveuse d’entreprises prête son numéro de Siret, et vous commencez à produire ».

L’école de la création d’activité

Structurer ses envies, les traduire en budget, tenter, innover, réussir ou échouer, peu importe serait-on tenté de dire tant l’aventure de la création d’activité est formatrice. Pour Benoît Magnes, la scolarité s’est arrêtée au collège. Petits boulots, chômage. Ses pérégrinations socio- professionnelles le portent cinq ans plus tard à se mettre en relation avec la mission locale de Sénart, avec en tête un projet de création de salle de sport. Le projet n’a pas vu le jour, mais Benoît Magnes en a profité pour se former et, après un diplôme universitaire de création d’activité, obtenu un Master II en gestion d’entreprise et entrepreneuriat. « Je n’ai pas créé d’entreprise, mais ça a changé ma vie, a résumé Benoît Magnes. On m’a donné une telle confiance en moi que du coup je suis allé dans les livres et j’ai retrouvé le goût d’apprendre. L’accompagnement permet de comprendre que le projet ça se construit d’abord avec ses envies et que le rêve ne s’oppose pas à la réalité ». Au contraire, jure-t-il « la clé c’est de comprendre que le rêve crée une ambition, ce faisant, il engendre aussi une responsabilité qui remet en cause les places qu’on a dans la société et le rapport de soi au monde ».

Pour Didier Dugast « tous les jeunes sont concernés par l’envie d’entreprendre. Tous. Puisque tous cherchent une activité et sont en quête de sens. Leur autoriser le temps du rêve c’est important. On ne garantit pas le rêve mais l’accompagnement. Et c’est cet accompagnement des créateurs qui est très positif sur l’insertion car cela permet aux jeunes d’être acteurs de leur projet, et, par extension de leur vie. »

« Faire comme les bébés »

Se faire confiance et faire confiance aux autres, se donner le droit de se tromper… autant de qualités indispensables à la création d’activités qu’Enoch Effah traduit en une recette simple : « Faire comme les bébés. Se « vautrer » jusqu’à arriver à marcher ». Cet ancien champion du monde de boxe a créé son entreprise avec le soutien d’un mentor, Bernard Ostrolenk, responsable d’une société, convaincu que les entreprises n’ont pas que des responsabilités économiques. « La rencontre avec Ennoch m’a donné envie de mobiliser des chefs d’entreprises pour participer à ce projet, a-t-il rapporté. Je souhaitais qu’Enoch le réalise pour lui, mais aussi qu’il encourage les autres jeunes autour de lui à faire de même. Un projet, une ambition, une volonté : c’est ça la création d’entreprise. Il faut que les gens arrêtent de se faire une montagne de tout ça ».
L’entrepreneuriat outil performant d’insertion sociale ou de développement économique ? Tout le monde peut-il se lancer sur la voie ? « Tout le monde ne peut pas entreprendre, mais tout le monde a le droit d’avoir les informations pour le faire, a avancé Isabelle Bapteste. Entreprendre, c’est d’abord une méthode accessible à beaucoup plus de monde qu’on ne le laisse croire ». « Tous les jeunes ont des talents mais on ne les aide pas à les exprimer » a renchéri Didier Dugast, estimant que les acteurs économiques et de l’insertion n’accordent pas assez de place « au rêve, ni à la culture du choix ». L’enjeu, juge-t-il est de savoir si on peut donner corps à des talents : « Tout le monde n’est pas fait pour nouer des réseaux ou prendre des décisions toutes les cinq minutes, mais tout le monde a des talents ».

A qui s’adresser ? Quels sont les éléments indispensables pour entreprendre ? La réponse des participants au questionnaire

Apprendre à entreprendre ou apprendre en entreprenant ? Le soutien à l’entrepreneuriat constitue pour les jeunes de tous les horizons sociaux, une école de l’existence et pour certains, une vraie dynamique d’insertion socio-professionnelle. Dans le prolongement d’un Cahier de l’action dédié à cette question, l’Injep a organisé une conférence-débat dans les locaux de la Macif.

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