Participation, engagement, citoyenneté

Vie associative, économie sociale et solidaire

Quatrièmes rencontres annuelles de l'Observatoire "Pratiques écologiques et éducation populaire : l’éducation qui vient"

Emmanuel Porte : les enjeux scientifiques et institutionnels des Rencontres 2016

 

L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) et la plateforme nationale ALLISS (Pour une alliance sciences et sociétés) agrègent leurs forces pour organiser les rencontres « Pratiques écologiques et éducation populaire : l’éducation qui vient ».  Sur quels constats, sur quels ressorts, sur quelles ambitions repose ce partenariat ? Quels en sont les enjeux pour les acteurs de jeunesse. Explications d’Emmanuel Porte, chargé d’études et de recherche à l’INJEP.

INJEP : Pourquoi les mobilisations écologiques et contre les changements climatiques vous semblent emblématiques des nouvelles pratiques d’éducation populaire ? 
 
Emmanuel Porte : Parce que l’écologie est un domaine d’action qui a énormément changé depuis les années 70. Les pratiques sont de moins en moins  académiques, s’assouplissent, laissent une très forte part à l’innovation technique sociale  et citoyenne, mais aussi au faire, à l’action concrète pour le changement. Elles donnent lieu à des formes de mobilisation totalement différentes dans les objectifs et dans la forme. éducation populaire et écologie, c’est une réflexion sur comment se constitue une nouvelle forme de citoyenneté, sur le changement que cela produit dans les politiques publiques, à travers les confrontations, comme ce qui s’est passé à Notre-Dame-des-Landes, mais aussi à travers des concertations, comme celle de la COY11. Déchets, énergies renouvelables, aménagements urbains, solidarité avec les réfugiés climatiques, nourriture, santé…  l’écologie, ce n’est pas seulement un domaine où se jouent aujourd’hui de nombreux registres de la citoyenneté, interrogeant également l’éducation populaire en tant que moteur d’une citoyenneté active, supranationale, dépassant la geste électorale, c’est aussi le cadre de nouvelles pédagogies, de nouveaux rapports au savoir, de nouveaux modes de transmission.
 
 
INJEP : Quel est l’objet de ces rencontres, quels en sont les enjeux ? Quelles perspectives ouvrent-elles ? 
 
Emmanuel Porte : Les espaces éducatifs que compte notre pays, et en particulier, l’éducation populaire, se sont créés autour d’un triple mouvement : celui, de la solidification de l’état français à travers le développement de l’école républicaine, celui d’une croyance forte dans le progrès ancré dans la révolution industrielle, celui de l’avènement d’une société du temps libre. Or, ces fondamentaux sont bouleversés, d’une part, parce que les frontières entre l’éducation formelle et  l’éducation non-formelle tendent à s’estomper à travers des politiques publiques de plus en plus transversales, comme on le constate dans la réforme des rythmes scolaires ; d’autre part, parce que se construisent d’autres modes d’engagement où s’hybrident de nouveaux exercices de la citoyenneté avec des espaces d’apprentissage repensés. Nous constatons que les mobilisations écologiques et les luttes contre le changement climatique sont emblématiques de ce phénomène. De simples citoyens, jeunes et moins jeunes, décident d’agir concrètement en construisant un four solaire, en bricolant une éolienne à 30 euros, un panneau solaire avec du matériel de récupération, en élevant une bergerie au milieu des tours. En « faisant », c’est-à-dire, en privilégiant la pratique sur la sensibilisation et sur l’éducation en surplomb, les citoyens se réapproprient la possibilité d’influer sur leur environnement, mais aussi celle de transmettre un savoir, de s’inscrire dans un projet collectif,  de construire un récit politique. Du coup, le paradigme éducatif qui voudrait qu’avant de passer à l’action les publics doivent être sensibilisés et informés s’en retrouve inversé. Par exemple, les acteurs éducatifs multiplient les actions de sensibilisation aux éco-gestes à l’école et dans les centres de loisirs de façon assez verticale. Parallèlement, se construit sur un mode horizontal une citoyenneté écologique fondée sur l’action et l’influence immédiate de son environnement. Mais comment tout cela s’articule ? Quels rôles peuvent jouer  les acteurs éducatifs dans la construction d’une citoyenneté écologique ? Comment comprendre et dialoguer avec des pratiques horizontales fondées sur la « fabrique », ce que certains auteurs caractérisent comme « l’âge du faire » qui consacrerait l’action sur le sensible au détriment des pédagogies convenues ?  C’est quoi cette éducation qui vient inscrite dans les mobilisations écologiques ? Notre choix est de partir des pratiques pour remonter en généralités et poser des questions plus théoriques non seulement sur l’éducation, mais aussi sur la dynamique de transformation sociale que portent ces mobilisations qui, à ce titre, relèvent de l’éducation populaire. 
 
INJEP :  Considérez-vous que le champ de l’expertise publique est également concerné par le phénomène que vous décrivez ? 
 
Emmanuel Porte : évidemment. Le domaine de l’expertise n’est plus du seul fait des chercheurs. Il y a une expertise citoyenne qui se construit chaque jour de façon plus aigüe et qui change les rapports aux savoirs, mais aussi les relations qu’entretiennent les citoyens et les experts. On n’est pas ici dans l’idéalisme, mais dans le monde réel. Or, en France, la perception de cette réalité est altérée par notre conception de l’éducation qui impose l’école et l’éducation académique comme socle de nos politiques éducatives. La réforme des rythmes éducatifs  a démontré qu’au sein des territoires, il est impensable pour les associations de jeunesse d’agir sans impliquer le recteur ou les conseils pédagogiques des établissements scolaires. En Allemagne, c’est totalement différent : les associations de jeunesse travaillent en relation avec les Länder, les partis politiques et les organisations syndicales. C’est une vraie différence structurelle.  
 
INJEP : Pourquoi ce partenariat entre l’INJEP et la plateforme nationale ALLISS (Pour une alliance sciences et sociétés) ? 
 
Emmanuel Porte : Le partenariat entre ALLISS et l’INJEP n’est pas une nouveauté, puisque nous travaillons ensemble depuis quelque temps. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la dimension nouvelle que prend ce partenariat, avec une convention cadre, un événement phare commun, les quatrièmes rencontres de l’Observatoire autour de l’impact des mobilisations écologiques sur les pratiques d’éducation populaire, et l’intégration de représentants de l’INJEP au sein du conseil d’administration de ALLISS. Sans refaire l’historique complet de notre partenariat, je rappelle que nous avons co-organisé un colloque-forum en janvier 2015 autour des relations entre les sciences et la société réelle, avec cette idée que les ponts entre ces deux univers sont nombreux, mais ce qui pèche c’est leur visibilité, parce que ces liens ne sont pas constitués comme un enjeu politique. à ce titre, ils sont jugés peu pertinents par les institutions. Pour combler ce vide, nous avons par conséquent travaillé ensemble à la constitution d’une base de données d’initiatives où se croisent communauté scientifique et société civile. Il s’agissait de tirer le fil des rencontres de l’Observatoire autour de l’éducation populaire et de l’empowerment qui s’étaient déroulées le 11 décembre 2013 à l’Assemblée nationale. Dans le rapport préparatoire qui avait alimenté les rencontres, j’ai souligné, notamment s’agissant des nouvelles cultures  numériques, que se construisent des cultures horizontales du savoir, transformant, en un mouvement d’ensemble, le rapport à la science, les formes émergentes d’engagement associatif, ou encore, le quotidien professionnel et les pratiques des travailleurs sociaux.
ALLISS est une structure issue des réseaux de l’éducation populaire, marqués par la culture scientifique et technique. Quand l’INJEP a commencé à s’interroger à ce sujet, en considérant qu’il était trop ajusté aux questions techniques et industrielles alors que les enjeux sont numériques, territoriaux et qu’ils s’inscrivent dans des mobilisations transnationales comme les luttes écologiques, nous avons trouvé dans ALLISS des acteurs qui, eux-mêmes, remettaient en question la niche des cultures scientifiques dans lesquelles les associations s’étaient enfermées depuis des années. Plutôt que de penser les questions par tuyaux, on peut, avec ALLISS se permettre de traiter successivement les différentes questions et leurs résonnances entre elles. Constats similaires, sujets de préoccupation comparables, approches convergentes... tout concourt à nourrir un partenariat ambitieux et fructueux ! 
 
 INJEP : La dynamique partenariale avec ALLISS suit donc un questionnement croissant de l’éducation populaire qui va au-delà des seules questions d’animation socio-culturelle et de l’évolution des métiers des professionnels ? 
 
Emmanuel Porte : L’INJEP reste mobilisé sur les questions des métiers et des compétences des professionnels de l’animation socio-culturelle. Notre propos est de dire que le champ de l’éducation populaire est (lui aussi) traversé par des mutations majeures qui bousculent ses acteurs et transforment leur action. Ce sont des mouvements de fond, des mouvements de société qui voient l’empowerment des citoyens se révéler à travers l’idée qu’on peut agir, concrètement, par soi-même, s’organiser autrement en élaborant de nouvelles formes de décision collective, de construire des rapports de force non institués permettant de peser sur la décision publique. Certes, relèvent de l’éducation populaire ceux qui s’en réclament. Mais c’est à partir de ses marges qu’elle se réinvente à travers le travail d’acteurs émergents dont les nouvelles pratiques touchent aux dynamiques de territoires, à la révolution numérique… et à l’écologie et aux pratiques des acteurs institués. 
 
 
 
 

Quatrièmes rencontres annuelles de l'Observatoire "Pratiques écologiques et éducation populaire : l’éducation qui vient"

Les prochaines rencontres annuelles de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse auront lieu le 5 février 2016. Cet événement sera organisé par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) et la plateforme nationale AllISS (Pour une alliance sciences et sociétés).

 

L’INJEP et ALLISS organisent les 4es rencontres de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse, dans le prolongement de la COP 21, autour des impacts des mobilisations écologiques sur les pratiques éducatives. A l’heure où l’environnement s’affirme comme une préoccupation majeure des acteurs économiques, politiques, et des citoyens, l’INJEP et l’AlliSS proposent d’impliquer les acteurs éducatifs, et, en particulier ceux de l’éducation populaire, dans une réflexion sur la manière dont ces préoccupations enrichissent, voire, renouvellent leurs pratiques. 

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