Éducation, formation orientation

Éducation

De l’intérêt de mieux valoriser les engagements citoyens

Par Elise Renaudin, directrice déléguée de l’Afev, mars 2013

Directrice déléguée de l’Association de la Fondation Etudiante pour la Ville (Afev), Elise Renaudin s’investit en particulier pour la reconnaissance de la place des jeunes dans la société et pour le développement du rôle social des universités.

De l’école républicaine de Jules Ferry à l’université du 21e siècle, l’instruction puis l’éducation s’est progressivement ouverte à d’autres formes d’apprentissage. Au fur et à mesure de sa massification, l’école est sortie d’une forme de sanctuarisation et s’est adaptée aux besoins de la société. Aujourd’hui l’évolution vers une société de la connaissance lui impose de transmettre des clés de compréhension sur un monde toujours plus complexe.

Les bouleversements sociaux ont créé une forme d’instabilité permanente du savoir et de la connaissance, qui invite chacun à ne plus se penser comme un sachant pour toujours mais comme un apprenant permanent. Les formes alternatives d’éducation, promue par l’éducation populaire, avaient avant tout une visée émancipatoire pour celui qui se trouvait privé d’accès à l’école, lui permettant de prendre, en quelque sorte, des chemins de traverse.

Aujourd’hui ce paradigme se trouve complètement renversé avec des générations de plus en plus diplômées, qui doivent durablement affronter des difficultés d’accès à l’emploi, et un nombre record de jeunes sans emploi ni formation, pour lesquels ces difficultés sont décuplées. En quelque sorte, le diplôme, même s’il reste relativement protecteur face au chômage, perd de sa force. Hier, il donnait le droit à une qualification et à un emploi dans une société où le chômage n’était qu’un phénomène à la marge. Aujourd’hui, quand plus de 20% des jeunes actifs, jusqu’à 40% dans certains territoires, ne trouvent pas d’emploi, quand une proportion grandissante d’entre eux occupent un emploi en deçà du niveau de leur diplôme, c’est la fonction même de l’école comme ascenseur social qui se trouve interrogée. Le sentiment de déclassement se diffuse insidieusement chez les bacs +5 à qui l’on a promis des emplois de cadres, et la promotion par le mérite des autodidactes dans les entreprises n’est plus.

Il convient de s’interroger alors sur ce qui permet la réussite de quelques uns, et ce qui manque à tant d’autres : la capacité à être en réseau, à se mouvoir dans des environnements différents, à s’adapter, à développer un sens critique, … Soit des compétences qui s’acquièrent notamment au contact de l’altérité dans l’expérimentation et dans l’éducation non formelle. La compétence est par essence dynamique. A la différence de l’aptitude qui serait innée, la compétence se construit. Elle porte en elle une conception progressiste des individus : elle ne s ’hérite pas comme une rente sociale et elle est solidaire, puisqu’elle n’est acquise que si elle est mise en situation et transférée. Elle est donc un outil pour lutter contre les inégalités. L’enjeu du rapprochement entre éducation formelle et éducation non formelle se situe à ce niveau.

Dans les écoles d’enseignement supérieur, l’engagement social est bien souvent intégré comme un élément incontournable des cursus. Dans les universités, plus traditionnellement tournées vers une conception abstraite des savoirs, l’engagement des étudiants est progressivement reconnu comme une activité complémentaire à la formation, permettant d’acquérir des compétences utiles pour l’insertion sociale et professionnelle des étudiants.

Les entreprises prennent aussi progressivement conscience de l’intérêt de ces expériences pour le recrutement et la vie professionnelle, en témoignent les réflexions menées pour la prise en compte de ces expériences dans les curriculum vitae, sous la forme d’un " CV citoyen". Les bénévoles, et notamment les jeunes, font part au fil des enquêtes d’une demande forte de reconnaissance de leurs engagements. L’investissement des associations pour les accompagner dans la valorisation de leurs expériences est grandissant.

Dès lors, il est essentiel de prendre en compte cette forte demande sociale et institutionnelle exprimée à différents niveaux, et d’œuvrer pour une meilleure reconnaissance de l’engagement de millions de citoyens. Un premier pas dans cette direction serait de valoriser l’implication citoyenne des jeunes, dès le lycée, et dans les cursus universitaires.

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