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Conférence-débat : L’habitat le logement et les jeunes

La conférence-débat organisée par l’INJEP en partenariat avec le Plan urbanisme, construction, architecture (PUCA) du ministère de l’Egalité du territoire et du Logement a fait émerger la place croissante des sociabilités et « des manières d’habiter » dans la problématique du logement des jeunes.

L’institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) et le Plan urbanisme, construction, architecture (PUCA) du ministère de l’Egalité du territoire et du Logement organisaient une conférence-débat, mardi 2 octobre 2012, à l’occasion de la publication commune d’un numéro de la revue Agora débats/jeunesse dédié à l’habitat et au logement des jeunes. Cet événement a réuni une soixantaine de personnes autour de Bertrand Vallet et François Ménard, chargés de projet au PUCA, Jean-Claude Driant, professeur à l’institut d’urbanisme de Paris, Patrick Rubin, architecte, cofondateur de l’atelier CANAL et Nicolas Delesque, secrétaire général de l’AFEV.

« Pourquoi parler de logement et d’habitat ? »

« Cette rencontre a pour but de nous dire quelle serait la prochaine étape permettant d’explorer les pistes qui permettront de dessiner l’habitat de demain, en lien avec les nouveaux modes de vie et les évolutions de la société », a rappelé, Emmanuel Raoul, secrétaire permanent du PUCA, dans ces propos liminaires. Il a estimé que l’ouvrage et la conférence qui en prolongeait les idées servaient « cette recherche incitative ayant pour mission d’éclairer et d’inspirer l’action publique et, par conséquent, de servir l’intérêt général ».

D’emblée François Ménard a tenu à expliquer le distinguo entre logement et habitat : « Pourquoi parler de logement et d’habitat ? Se loger ce n’est pas habiter. Il y a des usages spécifiques et des sociabilités nouvelles qui se constituent différemment que l’on soit étudiant, jeune actif, ou dans la mise en couple. De même, lorsqu’on bâtit c’est souvent pour les enfants et pour leur accueil. L’habitat dépasse le strict cadre du logement. L’habitat permet de prendre en compte d’autres aspects spatiaux : le cadre de vie, les parties communes, les espaces de proximité. L’habitat intègre d’autres dimensions, d’autres fonctions que le simple toit et l’espace pour dormir. Ce sont tous les services associés au logement ».

Elément fort de construction identitaire et de justice sociale Revenant sur la « dimension culturelle et sociologique » de ce travail, il a souligné la diversité des populations jeunes, obligeant les chercheurs à une approche nuancée et tenant fortement compte des disparités sociales. « Peut-on parler de la jeunesse en général ? Est–ce la même chose d’habiter dans une ville de province ou dans une grande métropole universitaire ; peut-on les différencier ou non en fonction des origines sociales ? », a-t-il interrogé.

Pour Bertrand Vallet, « le couple est un facteur transversal à toutes les catégories sociales qui déclenche la décohabitation ». Autre point commun à toutes les origines : « la difficulté à trouver un logement autonome éloigné du domicile familial. ». Or, a estimé Bertrand Vallet, « le départ de chez les parents est un élément fort de construction de l’identité et de justice sociale, car le cantonnement aux quartiers populaire se traduit également par une restriction des choix d’études et de parcours. Autrement dit : la décohabitation qui permet aux plus modestes de s’approcher des centres urbains universitaires permet à ceux-ci de grimper une première marche vers l’ascension sociale. »

Les jeunes paient les loyers les plus chers

Jean-Claude Driant a souligné une particularité économique spécifique aux jeunes : « Ils sont à l’origine de la majeure partie des transactions du marché du logement. Par ailleurs, ce sont les jeunes qui paient les loyers les plus chers alors que leur solvabilité et leur dépendance sont fortes. En effet, ils sont mobiles et habitent dans les logements les plus petits et donc qui dépendent le plus du marché. Ils sont aussi les moins représentés dans le logement social », a rappelé Jean-Claude Driant, ajoutant que « cette absence de solvabilité les met également en concurrence. L’étudiant avec garantie parentale est plus rassurant que le jeune actif en CDD qui va se présenter devant le même logement ».

Contrairement à l’idée classique, l’âge moyen de décohabitation est stable depuis une trentaine d’année et s’élève à 22 ans. En revanche, a expliqué Jean-Claude Driant, cette stabilité masque un écart très fort entre jeunes étudiants et jeunes actifs. « L’âge moyen de décohabitation des étudiants est en train de baisser avec l’effet aide au logement, alors que du côté des jeunes actifs l’âge moyen a tendance à avancer. Ceux-ci restent plus longtemps chez les parents parce qu’ils n’ont pas la solvabilité familiale », a expliqué Jean-Claude Driant. Le « creusement » des écarts entre Paris et le reste du pays, conjugué au développement d’une « offre pléthorique » de masters en régions compromet l’attractivité universitaire de la capitale.

Sortir le logement public du prisme du logement social

Confronté à une double contrainte législative et économique, Patrick Rubin et son équipe d’architectes se sont penchés pour leur part sur des solutions qui rompent avec une conception restrictive « de la chambre de célibataire avec une cuisine et une salle de bain ». Il s’agissait de répondre à une demande exprimée par le CNOUS. Ils ont ainsi exploré des pistes de mutualisation des salles de bain ou des cuisines. « Ça se fait ailleurs, a relevé Patrick Rubin, notamment dans les ex pays de l’Est et scandinaves. Le seul impératif est de conserver la bulle privée qu’est la chambre. Ce phénomène se retrouve dans la colocation ». « Revoir le logement étudiant, impose de revoir l’habitat », a fait valoir Patrick Rubin, jugeant que cela induit de penser la « transversalité des espaces », de concevoir des typologies de logements différentes, et « des composants industrialisés permettant d’intégrer à la fois la cuisine et la salle de bain dans ces nouveaux espaces mutualisés ».

Ce témoignage a conforté Nicolas Delesque, secrétaire général de l’AFEV, dans l’idée que « la question du logement public en France n’est traitée qu’à travers le prisme du logement social. Or, les enjeux économiques et sociaux à venir sont liés à une classe d’âge diplômée qui arrive en masse sur un marché qui ne produit plus de logement, ou du moins pas assez ».

Appartements à projets

Pour répondre à ce problème, les « appartements à projets », soutenus par l’AFEV, avec le concours du Fonds d’expérimentation jeunesse (FEJ), « agrègent dans un même logement des étudiants qui partagent un projet ambitieux plus qu’une contrainte économique ou un cursus scolaire, », a rapporté Nicolas Delesque.

Aujourd’hui, l’aventure regroupe quelque 200 étudiants sur sept ou huit villes dans l’hexagone. Loyers : entre 250 et 100 euros par personne. « Ce n’est pas du logement social : le critère de choix c’est l’engagement, c’est le projet du jeune pour entrer, mais aussi pour sortir », a rapporté Nicolas Delesque. Si les deux parties peuvent rompre le bail, comme dans un contrat de location traditionnel, « ce n’est pas seulement la question du respect des locaux, mais aussi celle du projet commun qui est au cœur de la décision », a expliqué Nicolas Delesque. Objectif pour 2014 : « 2000 places sur une dizaine de ville, avec de vrais bâtiments construits pour cette colocation à projet ».

Cette initiative de l’AFEV montre-t-elle la voie de politiques publiques de logement des jeunes à venir, où la problématique du bâti s’effacerait progressivement au profit des modes de vies et des sociabilités ? Pour Nicolas Delesque, l’innovation porte d’abord sur la gestion du logement. Son originalité : elle combine les compétences du bailleur, de l’association étudiante et du constructeur, et accorde un rôle important aux jeunes porteurs de projets, favorisant la prise de responsabilité et l’autonomie de ces derniers.

On le sait, le logement est un puissant levier d’autonomie des jeunes. Dès lors cette question doit sans doute être davantage prise en compte par les acteurs des politiques publiques de jeunesse. Quitte à sortir des approches centrées sur le bâti, l’offre sociale ou les politiques familiales et à s’engager résolument sur la voie des politiques éducatives ? C’est en tout cas un enjeu fort soulevé par cette conférence.

Roch Sonnet, INJEP

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