Éducation, formation orientation

Éducation

Conférence-débat - Jeunes et pratiques d’information : quels enjeux ?

En partenariat avec la Maison des initiatives étudiantes, l’INJEP a organisé une conférence-débat qui a réuni une centaine de professionnels issus des différents champs de l’information des jeunes et du secteur éducatif. Compte-rendu.

Jeunes et pratiques d’information : quels enjeux ? Pour répondre à cette question ambitieuse, l’INJEP, en partenariat avec la Maison des initiatives étudiantes, a organisé, dans les locaux de cette dernière, une conférence-débat, mardi 25 septembre 2012. Une centaine de professionnels et élus préoccupés par les enjeux de l’information jeunesse avaient fait le déplacement.

L’événement se déclinait en deux tables rondes. La première, dédiée à l’orientation et aux pratiques d’information des jeunes a réuni Bernard Desclaux, formateur et blogueur, ancien directeur de centre information et d’orientation, Mamy Rabel, chargé de mission, animation du réseau information jeunesse au centre régional d’information jeunesse Rhône-Alpes, Gérard Marquié et Angélica Trindade-Chadeau, chargés d’études et de recherche à l’INJEP. Objectif : réfléchir à la notion de démarche partagée par des professionnels d’institutions aussi différentes que l’éducation nationale, le réseau information jeunesse, ou les associations d’éducation populaire, à la lumière du bulletin Jeunesses : Etudes et synthèses, publié en juin par l’INJEP. Un numéro qui, soulignait notamment l’importance de la place de l’information dans les pratiques de jeunes et des professionnels dans le domaine de l’orientation.

La seconde table-ronde, était pour sa part inspirée d’un Cahier de l’action, édité également par l’INJEP, L’information des jeunes sur Internet : observer, accompagner. Expérimentation d’outils avec des professionnels de jeunesse. Elle a mobilisé Nathalie Caclard, chef de projets innovation numérique à la ville de Fontenay-sous-Bois, Bertrand Formet, professeur des écoles, formateur médias et numérique, Cécile Delesalle, psychosociologue, spécialiste des questions de jeunesse et des politique de la ville, de l’intégration et de l’éducation, directrice d’études à Vérès consultants et Valérie Dao-Duy, chargée de mission pour l’information des jeunes au bureau de l’information, des initiatives et de la participation des jeunes à la DJEPVA (direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative) du ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative.

Rendre les jeunes plus autonomes dans leurs parcours d’orientation

Rappelant les origines des premières démarches d’orientation, avant-guerre, et l’explosion de l’information jeunesse dans les années 70/80, sous l’effet conjugué de l’avènement de l’Onisep, du CIDJ et de la montée en puissance des acteurs des collectivités territoriales issus de la décentralisation, Bernard Desclaux a estimé que pour bien comprendre « l’impact d’Internet sur les pratiques d’information des jeunes il faut prendre en compte le travail d’autonomisation des jeunes dans la recherche d’information qui a été mené au cours des années 80, avec les fameux classeurs du CIDJ et la généralisation des salons ».

Ce phénomène est accentué à l’extrême avec Internet, « qui aboutit à ce que l’usager et le professionnel se retrouvent sur un pied d’égalité sur le plan de l’information. Le professionnel n’est plus intermédiaire, sa compétence devient celle d’un vérificateur d’information. L’aide au projet et le conseil à la décision qui sont le cœur de compétence du professionnel s’en trouvent dévoyés », analyse-t-il. Ce passage d’une relation asymétrique à une relation symétrique par rapport à l’information, bouleverse le lien entre le professionnel de l’information ou de conseilet son public. Citant François Dubet, Bernard Desclaux a résumé le bouleversement : « Les métiers agissant sur autrui deviennent des métiers adressés à autrui ».

Rôle de l’information dans une société française« hyperscolarisée »

L’expérience de terrain, relatée par Mamy Rabel, a éclairé les participants sur ces changements en cours en matière d’information jeunesse. Non seulement les acteurs de l’information des jeunes se multiplient, mais ceux-ci s’emparant des nouveaux outils numériques participent davantage à la construction des projets. Au travers d’une action menée en région Rhône-Alpes avec des élèves de 4e sur les métiers, associant hors temps scolaire, le centre social, le bureau information jeunesse et le collège, Mamy Rabel a démontré comment une navigation sur les pages du site d’un parc de loisirs a pu engendrer une démarche d’ information sur les métiers et la construction d’une exposition, conçue et organisée par les jeunes eux-mêmes, allant jusqu’à inviter et démarcher les professionnels. « Il y a là un entraînement à la démarche téléphonique, à lisser le langage, à la construction d’argumentaire, démarche d’ordinaire réservée aux salonniers professionnels », a expliqué Mamy Rabel.

Dans une société française « hyper-scolarisée » où la culture du placement social et le figement des hiérarchies est fort, « l’information des jeunes prend une importance croissante dans les stratégies des jeunes », a noté pour sa part Gérard Marquié. Pointant « la diversité des pratiques, y compris au sein de classes d’âge et de catégories sociales homogène, et des lignes de démarcation entre les « stratèges » et les autres, les dépendants », le chargé d’études et de recherche de l’INJEP a mis en relief « l’enjeu de la reconnaissance de nouveaux acteurs dans le domaine de l’information des jeunes (adultes de confiance, pairs…).

et de la création de partenariat entre centres régionaux d’information jeunesse et les établissements scolaires ». « Sinon, prévient-il, Internet va renforcer les inégalité entre les jeunes qui vont se renseigner et vérifier l’information auprès des professionnels, et les jeunes qui vont se cantonner à une information auprès de leurs proches

Vers une information sociale : mieux intégrer outils et usages

De fait, « les regards et les légitimités changent en permanence avec Internet », a insisté Cécile Delesalle en introduction à la deuxième table-ronde, estimant que pour comprendre les changements de pratiques des jeunes et anticiper ceux des métiers de l’information des jeunes, il faut « absolument intégrer cette dialectique permanente entre les outils et les usages ». L’information en interaction devient de plus en plus sociale. Elle se mêle à la communication et aux stratégies sociales, avec l’explosion des réseaux du même nom et des moteurs de recherche de plus en plus intelligents qui prennent toujours plus en compte les usages. Cécile Delesalle constate par ailleurs, une « synergie entre Internet, presse magazine, TV, les proches et les pairs. Internet ne prend pas le pas, il s’intègre à une diversité de pratiques, même si c’est souvent le premier réflexe des jeunes pour s’informer ».

Pour Nathalie Caclard, la médiation numérique est une affaire qui impose aux professionnels de « dessiner la façon de rechercher l’information, de réfléchir davantage en termes d’usages qu’en termes d’outils, sachant que nombre d’entre eux ne vont pas perdurer . Blogs, flux RSS, Delicious, Mind maping, Diigo, StumbleUpon, Wiki, Scoopit, Instagram… si les professionnels se doivent d’assurer une veille technologique et conceptuelle, celle-ci impose d’abord de « définir son territoire, de représenter et préparer ses sources, de qualifier ses informations, d’agréger, de capitaliser ». En effet, bien plus qu’une prouesse technique, « la culture Web est une culture de la collaboration et de la méthodologie de projet », a rappelé Nathalie Caclard.

Twitter, c’est très éducatif

Un point de vue fort auquel abonde Bertrand Formet. Professeur des écoles et animateur du site twittclasses, qui recense plus de 200 expériences d’usages éducatifs de Twitter dans les écoles francophones, il a constaté que l’outil n’est qu’un moyen de servir un projet, de répondre à une attente : « Chaque classe recensée poursuit des objectifs qui lui sont propres, a-t-il estimé. L’originalité de ces initiatives c’est que l’enseignant n’est pas toujours la seule personne ressources. On observe que des contacts ont été pris avec une personne du Centre d’information jeunesse par exemple pour des conseils en matière d’information et d’orientation viaTwitter ». Autres caractéristiques propres : la dimension d’échange et l’usage en tant qu’outil de veille ou d’apprentissage. Twitter est donc utilisé par exemple pour des échanges linguistiques, pour compiler des informations intéressant une discipline particulière, ou comme outil de lecture et d’écriture pour les tout-petits. « Ecrire un tweet mobilise la grammaire ou l’usage des synonymes. Dans le cadre d’un échange entre élèves Français et Québécois par exemple, cela permet de faire comprendre instinctivement la nécessité de maîtriser la langue pour se faire comprendre », a souligné Bertrand Formet.

La généralisation des usages des outils numériques n’interrogent pas que les acteurs de terrain. Elle questionne également « l’action publique, et tout particulièrement le ministère chargé de la jeunesse », e exposé Valérie Dao-Duy qui a piloté, pour le compte du ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative, une mission d’enquête et de réflexion sur les relations des jeunes au numérique. L’objectif est d’analyser l’offre publique afin de l’adapter aux besoins des jeunes comme ceux des professionnels. Autrement dit : « Comment faire en sorte que les compétences développées par les jeunes dans la sphère personnelle soient transférées dans les sphères des compétences sociales et professionnelles, évitant le risque de l’entre-soi ? ». L’enjeu ne serait donc plus « l’accès au numérique, mais le déplacement du lien informationnel, c’est-à-dire comment les jeunes se repèrent dans une « information visitée » et comment ils l’intègrent ».

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