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Conférence-débat : "Des sports et des jeunes"

Une conférence-débat organisée, jeudi 16 octobre 2014, à l’Université Michel de Montaigne (Bordeaux/Pessac). Au menu : la question des pratiques sportives des jeunes et de leurs évolutions. Compte-rendu.

Le 16 octobre 2014, à l’Université bordelaise Michel de Montaigne, l’INJEP organisait une conférence-débat sur le thème des pratiques sportives des jeunes et de leurs évolutions à l’occasion de la publication du n°68 de la revue Agora débats/jeunesses sur le thème. Cette conférence-débat s’est déroulée dans le cadre plus général d’un colloque « Sport et cultures sportives » organisé par le laboratoire Aménagement, développement, environnement, santé et société (ADESS) de l’Université Bordeaux-Montaigne et le Conseil régional d’Aquitaine. La conférence-débat s’est déroulée en présence de Jean-Pierre Augustin, professeurs des universités (Université Bordeaux Michel de Montaigne), et Julien Fuchs, maître de conférences de sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) à l’Université de Bretagne occidentale, tous deux coordinateurs du numéro 68 d’Agora débats/jeunesses. Etaient invités à réagir Jean-Paul Callède, chargé de recherche au CNRS (Gemass, Paris-Sorbonne), Laurent Gaumet, directeur des sports et de la vie associative au Conseil général de la Gironde. Yaëlle Amsellem-Mainguy, chargée d’études et de recherche à l’INJEP et rédactrice en chef de la revue Agora débats/jeunesses animait les débats. Les pratiques sportives des jeunes « jouent un rôle de socialisation important » et tendent à se rendre autonomes vis-à-vis des clubs ou des fédérations. Mais l’analyse du phénomène dont il est abondamment question dans le dossier central de la revue Agora débats/jeunesses ne conclut pas à un rejet des pratiques sportives instituées au profil des nouvelles pratiques sportives dite « libres ». Traceurs, skateurs, parkours, « participent davantage à une hybridation des pratiques, les formes nouvelles et traditionnelles cohabitant souvent au sein d’une individualité ou même au sein d’un groupe de personnes », ont expliqué les coordinateurs en présentant le dossier.

Montée en puissance, mais surévaluation

« Je note deux tendances, a dit Jean-Pierre Augustin. La première effectivement est la montée en puissance des pratiques sportives novatrices revendiquant sensation, plaisir et liberté ; la seconde est la surévaluation de ces nouvelles pratiques par rapport à celles encadrés par les fédération sportives ». Et d’inviter à ne pas « oublier les 600 000 licenciés dans un club de judo ou les 2 millions de footballers licenciés ». Même si l’individualisation de la société produit des effets sur les pratiques sportives traditionnelles et que celles-ci connaissent « un tassement, il n’y a pas de vase communicants  », a encore estimé Jean-Pierre Augustin. Le besoin d’équipement, les inégalités sociales et de genre, ainsi que les variations territoriales jouent fortement dans le succès que peuvent rencontrer certaines pratiques sportives. « Pour des raisons historiques, on va voir certains territoires où le nombre de licenciés en basket, par exemple, explose parce que des animateurs sportifs, des prêtres, des élus se sont investis autour de ce sport. Le territoire est un acteur de dynamique sportive », a-t-il rappelé. Situant son propos dans une perspective historique, Jean-Pierre Augustin a estimé que le développement des pratiques urbaines et de nature sont la conséquence de trois mouvements de fond concomitants : le développement des sports de masses entamé dans les années 60, l’essor des équipements, enfin, celui de la compétition… « L’évolution des compétions a entraîné le détachement du sport de haut niveau par rapport aux pratiques populaires, dans les années 80. Le sport de loisir a alors prospéré, soutenu par la hausse de d’appareillage technologique de grande consommation, le courant écologique, le développement des équipements urbains, tandis que la ville, les espaces de nature et, au-delà, l’ensemble des territoires sont devenus des supports d’activités sportives  », a expliqué Jean-Pierre Augustin.

Vers une institutionnalisation ?

Julien Fuchs a observé pour sa part des dynamiques d’institutionnalisation dans les nouvelles pratiques sportives. Il a par ailleurs souligné que des associations sportives traditionnelles ont pu être renouvelées par des adhérents venus au sport par les pratiques non instituées. « Un pratiquant de skate-board peut être aussi membre d’un club de hand-ball », a-t-il rappelé. Ce qui se joue dépasse « la question binaire institution/non institué, trop simple pour faire vérité ». A partir des recherches récentes publiées dans le dossier, Julien Fuchs, a précisé que l’enjeu est ici de comprendre comment les aficionados du foot de trottoir, ou les yamakasi adeptes du parkour se regroupent et interpellent les acteurs associatifs et politiques.

« Tous expriment le besoin d’être écoutés par les pouvoirs publics », a insisté Julien Fuchs, notant la structuration de ces nouvelles pratiques, après une phase expérimentale, en organisations associatives pour « bénéficier de subventions ou d’équipements adaptés, partager les expériences avec d’autres, prélude à une standardisation des pratiques ». Le fait nouveau a noté Julien Fuchs, est la façon d’arriver à la standardisation, puis à la création d’une discipline à part entière : « Avec la caméra GoPro, a-t-il expliqué, certaines pratiques sportives s’esthétisent à travers une digitalisation et la mise en scène de la pratique ». Pour d’autres pratiques, comme le hip-hop ball (un dérivé de l’univers du basket afro-américain), c’est la culture, la musique, les codes vestimentaires, qui servent de viatique à cette nouvelle discipline.

Une « hybridation sportive »

Parfois, à l’inverse, une nouvelle pratique est structurée par les adhérents d’une association traditionnelle. Pour exemple, ce collectif de pratiquantes du Twirling bâton qui se sont rencontrées… dans un club de foot féminin. « Voilà l’exemple d’une structure organisée, où les adhérentes participent à la vie du club et en même temps trouvent des espace de liberté et d’autonomie une sorte d’extension de ce même club », a dit Julien Fuchs ; pour qui « l’équipement, vecteur d’organisation, génère des usages différenciés et individualisés »  : une « hybridation sportive » qui interroge les associations traditionnelles, le rapport à l’institution, les attentes des jeunes et les réponses politiques à celles-ci.

En tant que directeur des sports et de la vie associative au Conseil général de la Gironde, Laurent Gaumet a été invité à réagir sur la prise en compte d’une partie des pratiques dites libres dans le plan départemental des espaces, sites et itinéraires (PDESI) qui vise à permettre « le développement maîtrisé des sports de nature sous toutes ses formes et pour tous, à favoriser, développer, améliorer et pérenniser l’accessibilité des espaces aux pratiquants, enfin à raisonner l’usage des lieux de pratiques en fonction de l’environnement  ». La rue, les espaces naturels, le mobilier urbain sont autant d’occasion pour ces jeunes de s’approprier l’espace public. Les pouvoirs publics sont d’autant plus contraintes de prendre en compte ces nouvelles pratiques qu’elles impactent non seulement les politiques d’équipements sportifs, mais aussi les espaces de nature et le mobilier urbain. Quatre enjeux essentiels pour les pouvoirs publics confrontés à ces nouvelles pratiques ont été mis en évidence par Laurent Gaumet : 1) penser des équipements mixtes capables de répondre aux développements des nouvelles pratiques, 2) associer un nombre croissant d’acteurs à la réponse collective afin de faire évoluer les schémas classiques existants, 3) développer des actions collégiale mêlant le sport, le tourisme et la culture, enfin, 4) animer ces lieux pour permettre un accès égal à toutes et à tous.

Car si la fracture entre sport institutionnel et non institué est, nous l’avons vu, assez complexe à saisir, elle est une réalité dans les champs du genre et des inégalités sociales : « Deux jeunes sur trois sont inscrits dans un club de sport, a souligné Jean-Paul Callède. Mais l’action publique s’effectue massivement au profit des garçons et c’est dans les milieux sociaux défavorisés que les filles font le moins de sport », a rappelé Jean-Paul Callède. S’il convient d’éviter les étiquetages et les couples antithétiques, les nouvelles pratiques exigent de repenser la charnière avec « le socle fédéral de l’organisation sportive », en même temps qu’elles imposent de réfléchir à leurs liens avec la musique, la danse et les différents codes culturels qui participent tout autant à leur développement.

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Des sports et des jeunes Agora débats / jeunesses n°68

Ce numéro consacré aux cultures sportives des jeunes propose des analyses sur les pratiques en clubs et les pratiques libres (terrains de sport, espaces publics, sports de nature…). Il part de l’hypothèse que les deux types d’activités sont complémentaires et que l’on n’assiste pas au rejet de la culture associative traditionnelle, même si le nombre de licences est en baisse dans quelques disciplines. La majorité des jeunes sportifs pratique en effet en empruntant aux canons traditionnels tout en réinventant ces usages et en s’immisçant dans des interstices de liberté, en faisant donc jouer une certaine logique de l’hybridation sportive.

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