Conditions de vie, travail, emploi

Santé

Compte-rendu de la conférence-débat sur la santé des jeunes

Patricia Loncle, enseignante-chercheuse à l'EHESP, et Yaëlle Amsellem-Mainguy, chargée de recherche à l'INJEP, coordinatrices du dossier « Jeunes et santé : entre actions publiques et comportements individuels » ont introduit les échanges en revenant dans un premier temps sur l'intérêt croissant des pouvoirs publics pour les questions de santé des jeunes, et sur les causes de ce regain d'intérêt. « Si on peut affirmer que globalement, les jeunes Français sont en bonne santé, on ne peut ignorer qu'aujourd'hui en France et plus largement en Europe les conditions de vie des jeunes s'inscrivent dans une problématique de précarisation, marquée par le chômage. Or, une situation sociale difficile va de paire avec une santé moins bonne. »Pour Yaëlle Amsellem-Mainguy, la santé des jeunes constitue « un enjeu politique, familial, identitaire et en cela, cette thématique se situe bien au-delà de tout ce que l'on médiatise autour du rapport au risque, même si cela en fait partie, indéniablement ».

Domestication des corps

Eric Le Grand, sociologue, consultant en promotion de la santé, est ensuite intervenu pour mettre en perspective ce dossier et ses différents articles avec ses travaux, ses connaissances. Un des aspects soulevés lors de sa communication : la permanence des thèmes de santé. Dans son article intitulé « Quand la santé des jeunes m'était contée », Eric Le Grand s'est penché sur les jeunes à travers la revue La Santé de l'homme. C'est ce qui lui a permis d'observer qu'entre 1942 et 2009, ce sont les mêmes thèmes de santé qui sont traités : alimentation, sexualité, dépendances, conduites addictives, mal être. Une approche spécifique s'est néanmoins mise en place avec le temps : « Depuis les années 80 on englobe ces thématiques de santé dans ce que l'on appelle les conduites à risque. Tout est conduite à risque. Ce qui, par son intitulé même, renvoie à l'image d'une jeunesse dangereuse, pour soi mais aussi pour les autres. Au travers de ce terme de conduites à risques, on renforce la stigmatisation des jeunes. » Il poursuit : « Ce qui est intéressant, c'est de voir à quoi se raccrochent ces thèmes. Dans les années 40, si effectivement on parlait déjà de ces notions, c'était dans une perspective de reconstruction du pays, dans une perspective d'avenir, de redynamisation de la société. Or à l'heure où on aborde ces thèmes sous le prisme des conduites à risque, quelles perspectives d'avenir propose-t-on aux jeunes ? Il y a un changement de paradigme et on voit bien que les fonctions qu'on leur assigne ne sont plus du tout les mêmes. On est plus dans une idée de domestication des corps voire de contrôle social d'une population. »

Une quantification nécessaire à la description des phénomènes

C'est ensuite François Beck, sociologue, chercheur à l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) et au Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale et société de l'Université Paris Descartes, qui est intervenu pour montrer l'articulation entre les questions de méthodes, les résultats obtenus dans les enquêtes menées auprès des jeunes sur ces questions de pratiques addictives, notamment pour essayer de montrer comment on peut à la fois garder une certaine distance par rapport à ces pratiques de quantification mais aussi les utiliser dans la mise en place des actions, rôle que doit justement jouer l'INPES.François Beck est responsable du Baromètre santé de l'INPES, qui sert à la fois à faire des mesures d'indicateurs sur des comportements de santé mais aussi sur des opinions et des représentations sur l'ensemble de la population. Cela permet également in fine de proposer des études sur les liens entre ces représentations et les comportements des gens : en quoi est-ce que l'un peut influer sur l'autre ? « On voit qu'il y a un certain nombre de thèmes sur lesquels les jeunes se sentent bien informés, ce qui ne veut pas dire qu'ils le sont, ou sur quels thèmes on n'arrive pas à faire progresser le niveau d'information ressenti. On peut également isoler des grandes problématiques de santé sur lesquelles les jeunes sont en demande d'information. C'était le cas en 2005 de la dépression. C'est un des éléments qui nous a conduits à lancer une campagne nationale sur la dépression pour justement arriver à donner à l'ensemble de la population et plus particulièrement aux jeunes des éléments de repère plus précis sur ces questions, pour par exemple faire la différence entre des épisodes de tristesse normale et des épisodes dépressifs qui justifient le contact avec un professionnel de santé. »Après avoir présenté les différentes formes et données exploitées dans les enquêtes Baromètre (cartographies régionales, comparaisons européennes…), François Beck a conclu sa communication en résumant et en rassemblant les apports de ces enquêtes sur les comportements de santé : « Cette quantification est nécessaire à la description des phénomènes. Elle permet d'apporter une certaine neutralité axiologique au débat, même si quand on pose ce genre de questions dans une enquête, on n'est jamais complètement neutre. Elle fournit également, et surtout, une aide à l'évaluation des politiques publiques en apportant une vision synthétique de la situation, des éléments de description et de compréhension des comportements courants. »

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