Conférences et rencontres

Compte-rendu de la conférence-débat du 16 février 2016 à l'assemblée nationale "Emplois d’avenir : un contrat comme les autres ?"

Quel bilan tirer des emplois d’avenir plus de trois ans après leur création par la loi d’octobre 2012 ? Prolongement d’une étude-action publiée à ce sujet dans la collection  « Les Cahiers de l’action »  éditée par l’INJEP, l’Institut Bertrand Schwartz et l’union nationale des missions locales (UNML), une conférence-débat à l’Assemblée nationale tirait un premier bilan positif d’un dispositif couvrant plus de 200 000 jeunes.

Les emplois d’avenir sont-ils un vrai tremplin pour l’emploi ? Comment mettre en cohérence ces politiques décidées nationalement avec les réalités socio-économiques des territoires ? Comment prendre en compte les apports des acteurs dans l’amélioration de ces politiques ? Telles étaient les principales questions posées, le 16 février 2016, à l’Assemblée nationale, lors d’une conférence-débat intitulée « Emplois d’avenir  un contrat comme les autres ? » organisée par l’Institut Bertrand Schwartz et l’Union nationale des missions locales (UNML), en partenariat avec l’INJEP.

Angélica Trindade-Chadeau, chargée d’études et de recherche à l’INJEP, animait ces débats fondés sur une étude-action menée entre octobre 2013 et novembre 2014 par l’Institut Bertrand Schwartz auprès des jeunes, des professionnels des missions locales et de leurs partenaires, travail restitué dans le numéro 45 des « Cahiers de l’action » édité par l’INJEP.

Stabilité, formation, reconnaissance

L’occasion pour Jean-Patrick Gille, député d’Indre-et-Loire, président de l’Institut Bertrand Schwartz et de l’UNML, de tirer un bilan positif du dispositif phare du quinquennat : 270 000 contrats ont ainsi été signés ou reconduits. L’étude-action qui fait la part belle aux témoignages de jeunes et d’employeurs démontre les effets vertueux en termes d’insertion socio-professionnelle d’un premier emploi de trois ans, puisqu’il permet, a fait valoir Jean-Patrick Gille, « de s’intégrer durablement, de définir sa qualification, de passer le permis, d’accéder à l’autonomie ou à l’opportunité d’un changement d’orientation ». Ses contrats apportent stabilité, formation et reconnaissance, d’où un faible taux de rupture (10%) et ne « cannibalisent pas les dispositifs dédiés à l’apprentissage ». Si les emplois d’avenir apportent, du point de vue du député, une réponse incontestable au problème de l’emploi des jeunes, et en particulier, de ceux qui sont les moins qualifiés, il a néanmoins esquissé plusieurs pistes d’amélioration : une meilleure communication auprès des jeunes et des employeurs du secteur marchand éligibles, plus de souplesse et d’adaptabilité aux réalités des territoires et des jeunes qui y vivent, enfin, associer davantage l’ensemble des acteurs concernés au suivi de ces emplois en vue de leur consolidation. Jean-Patrick Gille a, en particulier, insisté sur la nécessité renforcer l’expertise sur les gisements d’emplois et de services émergeants dans les territoires.

Disparités territoriales

« Il est faux de dire qu’en matière de politiques de l’emploi on a tout essayé en vain », a plaidé pour sa part Jean-Marc Germain, député des Hauts-de-Seine, président rapporteur de la mission d’information sur la mise en œuvre de la loi portant création des emplois d’avenir.  Rappelant que dans les 30 dernières années, il y a eu des périodes où le chômage a reculé, Jean-Marc Germain a voulu objectiver les conditions de ce reflux : « Il faut quatre choses pour faire refluer le chômage : une bonne politique économique, des emplois relativement stables (au moins trois ans), de la formation et de l’accompagnement, enfin il faut que les acteurs politiques prennent leur responsabilité en trouvant d’autres moyens pour générer de l’emploi quand le secteur privé n’est pas, ou plus capable, de répondre aux problèmes posés par le chômage de masse ». Par ailleurs, pour « créer vraiment un emploi dans le secteur marchand, il faut en aider dix», a-t-il considéré. Dans le champ associatif ou au sein des collectivités, les aides publiques contribuent à des créations directes d’emplois. Mais il ne s’agissait pas seulement de créations nettes d’emplois. L’enjeu de la loi d’octobre 2012 était de produire de l’emploi porteur d’actions d’insertion et de développement de compétences. C’est pourquoi Jean-Marc Germain a « souhaité que les missions locales soient porteuses de ce dispositif afin d’éviter les effets d’aubaine, et que les jeunes bénéficient d’un accompagnement au plus près de leurs territoires ». Néanmoins l’étude qui a porté sur cinq régions a révélé d’« énormes disparités en fonction des territoires ». Les emplois d’avenir « ont décollé dans les zones rurales, beaucoup moins vite dans les territoires urbains en difficulté » a estimé Jean-Marc Germain, jugeant que certains missions locales agissent sur un bassin d’emploi trop réduit.  

Assouplissement des critères, dégressivité de l’aide ?

Jean-Marc Germain a encore regretté les effets de seuil excluant « les jeunes des quartiers politique de la ville qui ont travaillé pour avoir le Bac ».  Le député Jean-Louis Bricout s’est dit favorable à un élargissement du dispositif aux 26-30 ans, à son allongement sur cinq ans, avec une dégressivité de l’aide de l’Etat les des deux dernières années. S’il s’est déclaré toujours favorable au ciblage des jeunes non diplômés, Jean-Marc Germain a plaidé pour un assouplissement des critères sur 10% des contrats en fonction des situations des jeunes et des besoins identifiés localement.  « L’enjeu, c’est d’être fort sur la sortie », a-t-il encore estimé, « avec un effort à porter sur la formation et la capacité de projection des jeunes dans ou hors des entreprises d’accueil ». Au chapitre de la formation, un consensus s’est dessiné autour de la nécessité d’une implication accrue des organismes de formation pour des qualifications mieux reconnues par les filières professionnelles.

Renforcer les capacités de médiation

Pour Abder Abouitman, directeur opérationnel de la mission locale Jeunes Montpellier Méditerranée Métropole, les missions locales doivent revoir leur organisation pour renforcer leur capacité de médiation entre les « collectivités qui font valoir leur difficulté à pérenniser les postes » et les jeunes « qui doivent comprendre qu’il s’agit d’un contrat de travail exigeant posture et technicité ». Les conseillers de la mission locale ont été formés à la médiation. Mais la structure a dû également opter pour une organisation nouvelle, autour de référents, d’administratifs et de chargés de mission spécialistes des secteurs d’activité. Citant en exemple, l’embauche d’un jeune recruté par le conseil départemental de l’Hérault « qui n’aurait pas songé recourir à un tel profil sans les emplois d’avenir », il a insisté sur la nécessité de travailler les compétences transversales des jeunes et de veiller à un tutorat de qualité.

Le tutorat, mais pas seulement

De tutorat, il en est question à la RATP qui a pu s’appuyer sur une « culture de compagnonnage forte» pour accueillir chaque année les jeunes en emploi d’avenir, a rapporté Elyna Herminie, responsable d’entité et mission emplois d’avenir au sein de l’entreprise publique. Mais la société de transports parisiens, pour fort que soit cet héritage, a considéré qu’il ne réunit pas à lui seul les conditions de réussite de ces jeunes : il faut assortir le tutorat, a-t-elle affirmé, d’ « une politique de formation professionnelle énergique et volontaire ».  A cette fin, la RATP a mis en place une équipe dédiée pour les emplois d’avenir ainsi que des actions spécifiques au sein de son centre de formation. Il ne s’agit pas uniquement de permettre aux 400 jeunes en emploi d’avenir à la RATP de développer des compétences autour des métiers de l’exploitation, de l’animation et du contrôle, mais aussi de procéder à « une remise à niveaux sur des enseignements plus généraux, facteurs de réussite importants », a déclaré Elyna Herminie. Pour cette dernière l’objectif est double : à la fois, mieux préparer les jeunes qui rejoindront effectivement l’entreprise publique (près d’un sur deux), dans une logique de pré-recrutement, mais aussi ceux qui seront amenés à chercher un nouvel emploi ailleurs.

Vers une montée en charge ?

Aussi, « pourquoi ne pas élargir les emplois d’avenir et les ouvrir aux jeunes diplômés, aux 26-30 ans ? Pourquoi des critères aussi restrictifs ? Pourquoi pas de réponses massives pour tous les jeunes ? », a interrogé un jeune en emploi d’avenir. Question de budget et de choix politiques, a convenu Dominique Tian, premier adjoint au maire, délégué à l'Emploi, président délégué de la mission locale de Marseille et député des Bouches-du-Rhône. Question de définition des compétences, a encore estimé l’élu, considérant que la réforme territoriale, si elle fait de la région la tête de file des politiques de formation professionnelle, « ne lui accorde pas clairement la compétence des politiques d’emploi. L’emploi relève d’abord des politiques nationales »… Et c’est bien l’Etat qui doit répondre à cette interpellation. La limite de l’expérience tient également dans les modalités et les capacités de recrutement des collectivités locales ou des associations qui ne sont pas illimités. Comment pérenniser par la suite ces emplois financés par l’Etat, mais qui se trouvent entravés par la baisse incontestable des dotations globales ? Question de cohérence également, d’après Gérard Cherpion, député des Vosges et président de la mission locale de l’arrondissement de Saint-Dié : « Il ne faudrait pas que les jeunes en apprentissage, par exemple, fragilisent leur insertion en optant pour un emploi d’avenir qui viendrait interrompre leur formation ».

Nouveaux employeurs, nouveaux services

Les emplois d’avenir ne constituent pas moins une réponse adaptée aux petites collectivités locales manquant de moyens. Ils satisfont une demande sociale de services de proximité au bénéfice des usagers, tout en apportant des réponses évidentes en termes d’insertion professionnelle des jeunes et de développement territorial. Alors que faire ? Pour Jean-Marc Germain, les difficultés concentrées dans un petits nombre de quartiers exigent « des mesures accrues, notamment dans les quartiers politiques de la ville, de mobiliser les grandes entreprises publiques importantes, et de mutualiser les offres et les possibilités d’y répondre entre missions locales ». Abder Abouitman a invité à explorer la piste de financements mutualisés, « entre grands comptes » et « petits employeurs », des niches d’emplois pour des services identifiés au plus près des populations et de leurs besoins. D’où l’intérêt de réflexions au niveau des bassins d’emplois et des territoires afin de faire émerger diverses sources de financement sur des besoins communs. D’où l’opportunité pour les pouvoirs publics de favoriser la constitution de groupements d’employeurs capables de mutualiser financements et services. Si la qualification des jeunes, par l’emploi, pour l’emploi est un atout certain de ce dispositif, l’ « employabilité durable des jeunes », objectif affiché de la loi de 2012, dépendra pour beaucoup de la capacité des acteurs à hybrider leurs actions et à innover dans la variation des sources de financement. Pour y parvenir, nombre de députés présents se sont également dits favorables à une réorientation des crédits des contrats de génération qu’ils jugent peu efficaces. Autant de points qui devraient être remontés par les parlementaires dans les discussions relatives au projet de loi sur l’emploi et la formation et dans lequel les emplois d’avenir devraient trouver toute leur place.

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