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Compétences acquises dans le cadre non formel : "Un enjeu essentiel à l’heure de la refondation de notre système éducatif

Interview de Jean-Claude Richez, coordinateur de la mission Observation/évaluation à l’Injep

A l’occasion de la parution du dernier numéro de Jeunesses : études et synthèses intitulé « La notion de compétences : clarifier le concept, en mesurer les enjeux », l’Injep organise une conférence-débat en partenariat avec l’Afev et Animafac. Retour sur la démarche et le sens de l’action.

Le 10 avril 2013 se tient une conférence-débat organisée par l’Injep avec le soutien d’Animafac et de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) intitulée : Les compétences acquises dans le cadre non formel. Question pour l’entreprise, questions pour l’école ? Pour Jean-Claude Richez, coordinateur de la mission Observation et évaluation de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), l’événement vise la clarification d’une notion et la mise en débat avec des acteurs de l’entreprise et de l’école.

Pourquoi l’Injep organise-t-il une conférence sur les compétences acquises dans le cadre non formel ?

Jean-Claude Richez : Cette conférence s’inscrit dans un travail engagé depuis quelques temps par l’Injep en tant qu’institut de la jeunesse mais aussi d’éducation populaire sur la question des compétences acquises par les jeunes dans le cadre non formel, mais aussi la prise en compte de ces compétences et leur valorisation. C’est un enjeu tout à fait important et qui est central dans le débat sur la refondation de l’école.

Enjeu central pour l’école, mais aussi pour l’éducation populaire ?

Jean-Claude Richez : Oui… Bien entendu, mais ce qui est posé au-delà de l’école, c’est la refondation de notre système éducatif dans son ensemble et, par voie de conséquence, la place qu’on y fait à l’éducation non formelle. Cela renvoie à la question des compétences acquises dans un cadre qui n’est pas scolaire, ainsi que leur prise en compte par l’institution scolaire. D’une certaine mesure, le système scolaire s’est engagé sur cette voie, avec la mise en place du socle commun de compétences. Il faut prendre en considération le fait qu’une compétence n’est véritablement acquise que s’il elle est transférable et transférée. Dès lors, on ne peut pas penser la notion de compétence sans réfléchir à son articulation entre l’éducation formelle et l’éducation non formelle (éducation populaire). Pour y parvenir, il faut se garder d’une approche par trop scolaire des compétences, mener un travail de clarification de la notion de compétences et examiner la façon dont l’éducation populaire prend en compte cette question.

Qu’est-ce qui différencie fondamentalement cette conférence-débat de celle que l’Injep a déjà organisée ?

Jean-Claude Richez : L’Injep a réuni, il y a six mois de cela, des acteurs de l’éducation populaire pour faire le point sur cette question. L’institut poursuivi avec un travail de clarification sur le plan théorique qui a donné lieu à la publication de Jeunesses : études et synthèses n° 12, La notion de compétences : clarifier le concept, en mesurer les enjeux. Désormais l’objectif est de mobiliser des collectivités territoriales engagées dans une réflexion similaire. L’enjeu de cette conférence c’est de mettre en discussion le résultat de cette réflexion avec des acteurs venus du monde de l’éducation mais aussi du monde de l’entreprise. Cela impose également d’interroger les compétences acquises à travers l’apprentissage ou l’alternance et la place que l’on fait à l’approche par compétences (APC) dans le processus de formation. Cela demande aussi qu’on réfléchisse aux finalités de la démarche, qu’on se demande quels types de personnes on cherche à promouvoir dans un monde d’incertitudes, de flexibilité où les savoir-faire techniques changent très rapidement. Ce qui revient à poser la question de Régis Cortesero, auteur du dernier Jeunesses : études et synthèses : « Produire des individus compétents, certes ! Mais compétents pour quoi ? »

Que répondez-vous à ceux qui objecteront qu’une démarche éducative vise la construction de citoyens responsables et émancipés et pas forcément « employables » ?

Jean-Claude Richez : Employabilité n’est pas nécessairement un gros mot, si on veut bien se mettre au niveau de ceux qui cherchent du travail. C’est un objectif partagé, l’acquisition de compétences qui ne peut pas être limitée à des compétences techniques réduites au métier. Les grandes écoles, nolens volens, l’ont compris en accordant une place aux compétences acquises en entreprises, à travers les stages, en valorisant l’engagement de leurs élèves et en les soutenant dans la prise d’initiatives et de responsabilités. Chacun s’accorde à penser que dans ce contexte d’évolutions rapides des techniques et d’incertitudes quant au futur, la capacité d’anticiper, de prendre des initiatives, d’apprendre à apprendre, sont des éléments stratégiques pour la personne et les organisations : administrations, entreprises, associations… La question qui sera posée de façon, je l’espère, la plus directe possible est celle de la place que l’on doit réserver à des modes d’apprentissages qui relèvent historiquement de l’éducation populaire comme la co-production de connaissances, l’apprentissage par les pairs, le transfert d’expériences etc.

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