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Avis d’expert

Céline Leroux (France Volontaires) : "Mieux comprendre et valoriser le volontariat de solidarité internationale"

France Volontaires et l’INJEP ont collaboré à la publication d’un numéro de la collection « Les Cahiers de l’action » tourné vers l’engagement de solidarité internationale. Explication et sens de l’action.

Céline Leroux est chargée de mission à l’ Observatoire des engagements volontaires de France Volontaires et chercheuse associée au Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS).

INJEP : Quelles sont les intentions éditoriales de ce dossier ?

Céline Leroux : France Volontaires, plateforme associative des engagements volontaires solidaires à l’international, s’est dotée de deux outils dans les années 2010/2011 : d’abord, un Observatoire des engagements  qui visait à comprendre les formes d’engagement à l’international et leurs évolutions les plus récentes ; ensuite, le Forum des acteurs et des initiatives de valorisations des engagements, le FAIVE, dans un but d’animation de réseau. L’Observatoire a mené douze études régionales à l'international auprès d’associations, de collectivité et d’ONG. En 2013, elles ont permis le recensement de 13 750 missions de volontariat solidaires exercées à l’extérieur de l’Europe. Le FAIVE, pour sa part, s’est donné pour mission  de voir les spécificités du tissu associatif dans le développement et le dynamisme des engagements volontaires et solidaires à l’international, à côté des collectivités notamment. A cette fin le FAIVE a entrepris des actions de capitalisation et de rencontres des acteurs à travers un événement annuel

Le partenariat avec l’INJEP, sous la forme d’un « Cahier de l’action », nous a paru une réponse appropriée à une double exigence de valorisation des actions de capitalisation et de distanciation théorique. Celle-ci permet d’analyser, de comprendre et de mettre en perspective cet objet d’étude qu’est le volontariat de solidarité internationale et ses effets tant sur les jeunes que sur les territoires ou sur les organismes proprement dits. La ligne éditoriale des « Cahiers de l’action » se prête parfaitement à ce type de démarche, dans la mesure où elle articule mise en perspective théorique et réflexion sur les pratiques.

INJEP : Dans quelle mesure visez-vous à nourrir la décision publique ?

Céline Leroux : Notre travail de recension et d’analyse s’entend dans un objectif d’intérêt général d’accroître la qualité et la quantité des missions de volontariat international. Le FAIVE intègre dans son pilotage des représentants de différents ministères en charge, notamment, des affaires étrangères, de la jeunesse ou de l’agriculture. Le cœur de notre démarche est de réduire les dérives, mais aussi de nourrir la décision des acteurs dans un contexte où les pouvoirs publics s’emparent massivement de ces instruments  comme leviers pour développer la mobilité internationale des jeunes. Parce que l’éthique est essentielle, si on ne veut plus voir des affaires comme l’Arche de Zoé [dans laquelle des bénévole français sont accusés par les autorités tchadiennes d’enlèvement des mineur sous prétexte d’apporter une aide aux orphelins du Darfour – NDLR], nous avons élaboré une charte de l’engagement volontaire avec nos membres. Mais en l’espèce, et c’est là une motivation essentielle de cet ouvrage, nous considérons que l’éthique ne suffit pas à garantir la qualité des projets. Elle doit être assortie d’une forte connaissance de ce secteur, de ces évolutions et de diagnostics partagés par la plupart des acteurs.  

INJEP : En quoi les engagements volontaires de solidarité d’aujourd’hui  se différencient de ceux d’hier ?

Céline Leroux : On est passé d’un engagement militant, fortement marqué par les enjeux post-coloniaux,  dans une géopolitique de l’aide et de l’influence, à des formes d’engagements plus techniques, « professionnalisées », où le jeu des organisations non gouvernementales a peu à peu supplanté celui des relations bilatérales entre Etats. De plus, avec la création de l’engagement de Service Civique, une partie des volontaires est aujourd’hui plus jeune et moins diplômée. Enfin, il y a tous les séjours de courte durée, généralement sous forme de chantiers internationaux, que nous avons du mal à appréhender en l’absence de données globales.

L’autre changement majeur, à mes yeux, c’est le discours porté par les acteurs. On parle désormais de compétence. Le volontariat de solidarité internationale est envisagé comme  une expérience pré-professionnalisante, mobilisable et valorisable en tant que telle sur le CV. Or, dans les faits, si on fait exception des secteurs de l’intervention sociale et du développement local, les employeurs du secteur marchand ne sont pas aussi friands de ces expériences d’engagement qu’ils le prétendent.  Par ailleurs, les soutiens permettant aux jeunes volontaires de réellement transposer les compétences acquises dans un cursus professionnel restent encore trop rares.

INJEP : Notez-vous un décalage entre la rhétorique  convoquant l’insertion socio-professionnelle des volontaires et la réalité des moyens accordés à l’accompagnement ?

Céline Leroux : Très franchement oui.  A côté des associations proches de France Volontaires, ou de dispositifs institués comme Erasmus + jeunesse  & sports, Jeunesse, Solidarité Internationale (JSI) et Ville, Vie, Vacances /Solidarité Internationale (VVV/SI) qui s’obligent à mener des formations de préparation au départ et au retour, chaque années des milliers de jeunes volontaires partent, souvent dans le cadre de toutes petites associations locales ou universitaires, sans la moindre préparation. N’en déduisez pas pour autant que l’absence de préparation en amont est l’apanage des micro-structures !  Certaines collectivités territoriales financent l’envoi de volontaires, soutiennent des projets de jeunes à l’international, avec très peu de formation à la préparation, voire, pas du tout. Outre le fait que cela n’est pas sans poser des questions essentielles de sécurité dans le cadre géopolitique actuel et que cela impose de bien identifier les organismes d’accueil ainsi que les missions que mèneront les volontaires sur place, l’absence de préparation peut produire l’inverse des effets souhaités, notamment en termes d’ouverture au monde et d’actions contre les préjugés. Certains acteurs du volontariat de solidarité internationale, ainsi que leur financeurs, ont tendance à croire que, de façon naturelle, mécanique, une mission de volontariat international déconstruit les préjugés. C’est faux. Ca ne va pas de soi. Il faut de l’accompagnement. Ces erreurs d’appréciation des pouvoirs publics sont d’autant plus paradoxales que, souvent, elles vont de pair avec une injonction d’efficacité et d’évaluation. Mais comment comprendre et valoriser les répercussions du volontariat dans les territoires, leurs effets sur la citoyenneté et les parcours des jeunes si on fait l’impasse sur leur préparation et si on ne travaille pas les conditions de leur accueil ? Ce n’est pas le moindre des bénéfices de ce numéro des « Cahiers de l’action » que de poser et de documenter cette question.  

En savoir + 

De l'international au local : les enjeux du volontariat de solidarité - L'expérience du Forum des acteurs et des initiatives de valorisation des engagements (FAIVE)Cahiers de l'action : jeunesses, pratiques et territoires n°46

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