Éducation, formation orientation

Éducation

Interview

Candice de Laulanié : déléguée générale de l’Agence Erasmus + France Jeunesse & Sports

Erasmus + : un pari sur l’innovation et la créativité des acteurs de la mobilité

En mettant l’accent sur les partenariats et en augmentant le budget dédié à la jeunesse, au sport et à l’éducation non formelle, le nouveau programme Erasmus + témoigne d’une nouvelle ambition de l’Europe pour sa jeunesse.

Injep : Qu’est ce qui va changer par rapport au précédent programme ?

Candice de Launanié : Je vois trois grands changements. D’abord, c’est la fusion des programmes européens de mobilité : tous les anciens programmes de l’Agence 2E2F et de l’Afpeja sont désormais incorporés dans un seul même programme : Erasmus +. Il va courir sur une période de sept ans, de 2013 à 2020. L’Agence 2E2F devient l’Agence française pour le financement des partenariats et des mobilités européennes et internationales. L’Afpeja, qui travaille spécifiquement sur les questions de jeunesse et d’éducation non formelle, devient l’Agence Erasmus + Jeunesse & Sport. Au-delà des changements de sigles, ce nouveau programme porte une vraie ambition : permettre à tous les acteurs de la mobilité des jeunes de travailler ensemble.
Les moyens accordés sont à hauteur des ambitions avec un budget en forte hausse : plus de 40% pour l’ensemble du programme et un effort accru avec le chapitre Jeunesse. Pour l’agence française, l’ancien programme Jeunesse en Action plafonnait à 13 millions par an sur les dernières années ; nous démarrons 2014 sur un même montant avec des perspectives de doublement en fin de période.
La grande nouveauté d’Erasmus+, c’est le déploiement d’une nouvelle action intitulée « partenariats stratégiques ». Au-delà des programmes de mobilité classique, cette action introduit la possibilité pour les associations, les Etats et collectivités locales, les organismes publics de s’allier à l’échelon européen autour de projets innovants, modélisables et à forte valeur ajoutée.

N’est-ce pas l’ambition de mieux faire travailler les acteurs de jeunesse dont vous nous avez parlé ?

Précisément. L’ensemble des acteurs de la mobilité vont pouvoir construire des partenariats beaucoup plus larges qu’auparavant afin de toucher de nouveaux publics, d’impliquer plus d’acteurs en améliorant les niveaux de qualification. Erasmus+ doit permettre de moderniser les systèmes éducatifs, de s’adapter aux nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage et ces aspects concernent en premier lieu le secteur de l’éducation non formelle. L’Europe veut renforcer l’éducation des jeunes, favoriser la créativité, augmenter le niveau de compétence afin de participer à la construction de la société de la connaissance.

Ne risque-t-on pas de désavantager les territoires avec cette approche « macro » ?

On aurait tort de définir cette approche de cette façon. On est sur une logique de partenariats resserrés à tous les échelons. La Commission européenne met également l’accent sur la dissémination. Elle veut ouvrir la boîte à idée et favoriser les initiatives à tous les niveaux. Ainsi, de la petite association locale à l’Etat membre, en passant par les collectivités territoriales, chacun doit pouvoir apporter sa pierre à l’édifice. Ces aspects me paraissent d’ailleurs largement complémentaires des orientations politiques nationales en matière de jeunesse et se retrouvent, notamment, avec le chantier Mobilité piloté par le nouveau délégué interministériel à la jeunesse (DIJ) : création d’un comité permanent de la mobilité des jeunes, associant les principaux acteurs de mobilité, création de comités régionaux de la mobilité pour ouvrir la réflexion et les synergies à l’échelon territorial, création de plateformes régionales de mobilité afin que les acteurs s’assemblent autour d’une même dynamique.

En plus d’un défi sur les moyens, la nouvelle agence doit-elle relever un défi sur les méthodes de travail ?

Nous entrons là dans un domaine plus technique mais il est vrai que notre organisation doit s’adapter à de nouveaux enjeux, à de nouvelles règles, à une montée en charge financière sans précédent. Nous devons former nos partenaires à ce nouveau programme. Nous devons apprendre à mieux travailler avec les autres acteurs de la mobilité. Nous devons mettre en place la dématérialisation quasi-complète des procédures. Nous devons modifier notre système de sélection des projets. Il est un peu tôt pour donner le détail de tout cela mais oui, c’est évident, nos manières de faire vont être bouleversées. Je pense d’ailleurs que cela est très positif et l’ensemble des agents de l’Agence aborde cette nouvelle période avec confiance et détermination.

Est-ce un changement de cap, ou le prolongement d’une vision stratégique ?

Il n’y a pas de changement de cap. Je parlerais plutôt de continuité et de généralisation. La Commission européenne porte une vision cohérente et organisée. L’éducation est considérée comme une condition essentielle à l’emploi et à la compétitivité. Depuis longtemps, des programmes de mobilité éducative et de formation sont une priorité, comme par exemple le célèbre programme étudiant Erasmus. Le développement d’un esprit de citoyenneté européenne, porteur de valeurs communes, est aussi un moteur fondamental de la construction européenne. L’éducation non formelle intègre ces deux dimensions, à la fois éducative et citoyenne. C’est pourquoi , l’Europe a d’abord fourni les moyens nécessaires au développement de la mobilité dans un cadre d’éducation non formel, en lançant un programme Jeunesse 2000-2006, puis a consolidé ce dispositif avec le programme Jeunesse en Action 2007/2013 et entend désormais rassembler l’ensemble des programmes d’Education, de Formation et de Jeunesse avec le nouveau programme Erasmus+ qui comprend trois volets : la mobilité des jeunes et des travailleurs de jeunesse, la coopération pour l’innovation et l’échange de bonnes pratiques, le soutien à la réforme des politiques.

Propos recueillis par Roch Sonnet

Erasmus + : ce qu’il faut retenir
  • Une fusion des programmes européens de mobilité sur une période de 2014-2020
  • Un budget total de plus de 14 milliards d’euros
  • Une augmentation de plus de 40% pour l’ensemble du programme.
  • Un chapitre Jeunesse spécifique qui correspond à 10% du budget global, soit plus de 1,4 milliards d’€
  • Une approche intégrée et simplifiée des sept programmes existants des secteurs éducation, formation et jeunesse, à travers trois actions clés : la mobilité, la coopération et la réforme des politiques de jeunesse
  • L’Agence 2E2F, qui travaille spécifiquement sur les programmes d’éducation et de mobilité formelles, devient l’Agence française pour le financement des partenariats et des mobilités européennes et internationales
  • L’Agence française du programme européen « Jeunesse en action » (Afpeja) devient l’Agence Erasmus + Jeunesse & Sport. Elle est chargée en particulier des questions de jeunesse, d’éducation et de mobilité non formelle et de sports
  • Une nouvelle action intitulée « partenariats stratégiques » qui introduit la possibilité pour les associations, les Etats et collectivités locales, les organismes publics de s’allier à l’échelon européen autour de projets innovants

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