Participation, engagement, citoyenneté

Vie associative, économie sociale et solidaire

4es rencontres de l’Observatoire : "Pratiques écologiques et éducation populaire : l’éducation qui vient "

Atelier " Territoires éducatifs et écologiques "

Comment faire rimer éducation, écologie et développement territorial ? Pour répondre à cette interrogation dans le cadre des 4es rencontres de l’Observatoire, chercheurs, acteurs et décideurs se sont réunis en atelier. Morceaux choisis.

Si la question de la continuité éducative sur un même espace de vie se pose depuis les premières lois de décentralisation de 1984, elle prend aujourd’hui un sens un peu différent dans lequel le territoire devient un enjeu lui-même. Le renouvellement des pratiques écologiques s’inscrit pleinement dans les territoires et pose de nouvelles questions aux acteurs éducatifs.

A travers le territoire les acteurs locaux, qu’ils soient associatifs, élus ou pédagogues se croisent. Et c’est à l’occasion de ce croisement que se posent à eux des enjeux éducatifs résonnant avec les actions écologiques au quotidien.

Se réapproprier la biodiversité en famille

Ainsi, constatant l’échec des politiques publiques descendantes, se développent des pratiques pédagogiques ancrées sur un territoire pour tenter de remédier à l’extinction du sentiment de nature. C’est le cas notamment des ateliers éducatifs thématiques proposés dans les centres de vacances ou d’accueil de loisirs autour du compostage, du jardinage, mais aussi du projet du Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC-CNRS, Université de La Rochelle) autour de la vie des abeilles, qu’a présenté Hélène Guinot, chargée d’études à la Ligue de l’enseignement. La collectivité achète les ruches et les place au cœur du village. Les familles, en participant à la collecte du miel, se réapproprient la biodiversité. Les enfants, les parents, les enseignants, les élus, les habitants, tous retrouvent une place pour former une globalité éducative sur un territoire.

Impliquer toute la chaîne éducative

Alors que l’évolution des rythmes scolaires laisse de plus en plus de place aux activités périscolaires, ces démarches permettent de responsabiliser les jeunes et leur offrent la possibilité de mettre en pratique le savoir acquis à l’école, dans le cadre de projets partagés entre les enseignants et les animateurs, mais aussi avec les parents, qui, comme l’a rappelé un conseiller d’éducation populaire présent dans la salle, font partie intégrante de la chaîne éducative.

Au-delà de la communauté éducative, les citoyens eux-mêmes tendent aujourd’hui à devenir les acteurs de ces pratiques pédagogiques. Ainsi le Repair Café, présenté par Yvan Godreau, animateur socioculturel du centre social du Chemillois. Cet espace de réparation, né en 2013 dans la petite commune rurale de Chemillé en Anjou, située entre Nantes et Angers, participe d’une démarche d’émancipation. Il ne constitue pas un FabLab, mais un bocal d’initiatives, un laboratoire de bricolage dans lequel chacun peut y trouver sa place s’il le souhaite, qu’il possède ou non des compétences techniques, devenant ainsi un acteur plutôt qu’un client. Articulant logique de fabrication, de réparation et d’ntégration dans un territoire rural marqué par un rapport à l’environnement mouvant, le centre social semble aussi se penser comme un atelier d’écologie appliquée (réemploi, recyclage, production locale, etc.). 

Doublé bientôt d’un atelier de fabrication, construit par les habitants eux-mêmes et lui aussi ouvert à tous, cet espace doit favoriser une vulgarisation de la technique et aider chacun à comprendre et fabriquer ou réparer simplement des objets du quotidien, en s’appuyant sur des outils open-source.

Avec Movilab, documenter les tiers-lieux…

La logique open-source domine d’ailleurs la démarche de la plate-forme Movilab présentée par Yoann Duriaux. Cette plate-forme se positionne entre un niveau général et un niveau très local, entre Wikipédia et un wiki territorial, un site internet local, et s’efforce de documenter les tiers-lieux dans une démarche assez proche de celle des historiens et des sociologues. Il s’agit avant tout de constituer un capital commun en réunissant le monde des « makers » et celui des intellectuels qui théorisent ces évolutions.

Un tiers-lieu se définit comme un espace d’échange, de rencontres et de production qui n’est « ni la maison, ni le travail ». Le projet Movilab consiste donc à documenter, sous la forme d’un wiki (plateforme numérique contributive sur le modèle du wikipédia), la diversité des lieux existants en détaillant le projet (intégration dans le territoire, visée associative, public, etc.). Mais le projet Movilab est également très attentif à l’écosystème d’acteurs et de valeurs de chacun de ces projets. Il s’appuie pour cela sur les expériences et les réflexions forgées dans le domaine du logiciel libre et du développement durable.

… Et décloisonner les savoirs

Un tiers-lieu ne se conçoit pas sans le libre ni l’open-source. Forcément polymorphe, éphémère et biodégradable, il permet de développer des langages que les lieux spécialistes ne permettent pas, de travailler en modèle de vie plutôt qu’en mode projet, de « sortir de l’expertise pour devenir des explorateurs d’expertise ». Pour comprendre un tiers-lieu, mieux vaut s’y rendre. Les initiatives de décloisonnement des médiathèques, évoquées par la sénatrice Dominique Gillot, tendent peut-être à réanimer des lieux quand ceux-ci sont devenus « toxiques », mais elles ne forment pas de nouveaux tiers-lieux en tant que tels. Elles restent avant tout des lieux de savoir. Le tiers-lieu, lui, n’est qu’un prétexte qu’il ne faut pas enfermer entre quatre murs.

Les limites du libre-accès

« Jusqu’où peut-on développer sans se heurter au secret industriel ? » s’est interrogé Olivier Sigaut. Laisser libre-accès aux programmes peut soulever des problèmes de sécurité importants, voire toucher au secret-défense. Mais ne va-t-on pas aussi trop loin aujourd’hui dans le développement des technologies ? C’est ce que pense Yoann Duriaux qui, appuyant le mouvement d’insurrection à l’œuvre aujourd’hui dans plusieurs pays du monde et soutenu par de grands groupes internationaux, a rappelé que Bill Gates lui-même s’inquiète de l’émergence des villes connectées.

La documentation est un souci partagé par le Collectif des associations citoyennes, représenté par Julie Babaammi de Sousa. Les actions engagées sont aujourd’hui nombreuses, mais elles ne suffisent pas au regard des enjeux. Les acteurs doivent se rencontrer, échanger des idées, des méthodes, des outils. C’est le positionnement que défend le Collectif. Il ne s’agit pas de « réinventer l’eau chaude », mais « d’appréhender les pratiques développées sur un territoire », de conduire une approche « pluridimensionnelle », en se gardant de tout discours moraliste,en aidant tous ceux qui éprouvent l’envie de s’engager dans des actions en faveur de l’environnement. Le Collectif a ainsi élaboré un guide en cinq chapitres reprenant successivement les préoccupations individuelles avec la proposition d’une boîte à outils, les approches collectives en faveur du bien vivre ensemble, les aspects sociaux pour dépasser le strict cadre du territoire, les actions de sensibilisation, les outils et références identifiés à partir des rencontres et sur internet. Au guide papier s’ajoute un site internet dédié à ces questions. Lionel Larqué a confirmé ce besoin de documentation et la nécessité, avant d’engager de nouvelles pratiques, de contrôler celles qui ont été mises en œuvre précédemment.

Dépasser les frontières des territoires

Les FabLabs, les tiers-lieux le montrent : les frontières du territoire évoluent. De la même manière, un territoire ne se limite plus à une ville ou une région, comme l’a rappelé Olivier Kaba, représentant du Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations. L’identité de chacun se construit sur un périmètre plus vaste que le territoire, en particulier pour les jeunes issus issus de l’immigration sub-saharienne comme l’a démontré une étude récente qui tente d’établir les liens entre immigration et gestion des ressources naturelles réalisée pour le compte du Forim et de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et les droits de l’homme. Si la génération des primo-arrivants  continue à agir en faveur des pays d’origine elles n’ont pas moins rompu avec les pratiques traditionnelles de solidarité. Des nouvelles pratiques à prendre en compte à l’heure où, comme l’a souligné Olivier Kaba, les transferts de capitaux de l’immigration sub-saharienne sont trois fois plus importants que ceux provenant des aides publiques. Les échanges, en matière de solidarité internationale, doivent, dès lors, se concevoir dans une logique de « double espace », mêlant territoires « intérieurs » et « extérieurs », en particulier dans le domaine de l’environnement où les pratiques et les enjeux sont globaux. L’absence d’élus locaux durant ce débat a pu surprendre. Elle témoigne néanmoins de la difficulté, soulignée par Lionel Larqué, qu’éprouvent les associations à nouer des liens dans la durée avec les décideurs politiques. Yoann Duriaux a quant à lui regretté que les élus soient devenus des gestionnaires qui prennent des décisions en n’écoutant que les techniciens et qui campent sur des modèles institutionnels devenus inadaptés. Position nuancée par Dominique Gillot qui a fait valoir, que certains élus se plaçaient dans une position d’écoute des acteurs, invitant les associations à ne pas les décourager.

 

Document rédigé par la société Ubiqus – Tél. : 01.44.14.15.16 – http://www.ubiqus.frinfofrance@ubiqus.com

Photos Nicolas Thouvenin 

 

En savoir + 

Séminaire « Pratiques écologiques et éducatives »

Séminaire préparatoire aux 4es Rencontres de l’Observatoire organisées par l’INJEP et la Plateforme nationale ALLISS – 8 décembre 2015

« Transformer les métiers de la médiation scientifique »

Synthèse de l’atelier du mercredi 7 janvier 2015 du colloque- forum« Réinventer l’alliance sciences société » - Paris, Espace Pierre Cardin – 7/9 janvier 2015

« Les intermédiations recherche-société : nouveaux rôles, nouvelles fonctions, nouveaux métiers ? »

Synthèse de l’atelier du mercredi 7 janvier 2015 du colloqueforum « Réinventer l’alliance sciences société » - Paris, Espace Pierre Cardin – 7/9 janvier 2015

Innovations pédagogiques dans le supérieur : chasse gardée, marchepied ou hacking créatifs ?

Synthèse de l’atelier du jeudi 8 janvier 2015 du colloque-forum. « Réinventer l’alliance sciences société » - Paris, Espace Pierre Cardin – 7/9 janvier 2015

Voir le dossier

Dossier : Comptes-rendus des "Rencontres 2016"

"Pratiques écologiques et éducation populaire : l'éducation qui vient"

L’INJEP et l'ALLISS se sont associés pour organiser les 4es rencontres de l’Observatoire « Pratiques écologiques et éducation populaire : l’éducation qui vient ». Elles se sont tenues le 5 février 2016, rassemblant plus de 300 personnes. Retrouvez dans ce dossier les comptes rendus des quatre ateliers qui ont séquencé ces rencontres ainsi qu’une restitution des plénières.

Contenus associés

12 Juin 2018
-
Rapport d'étude, de recherche et d'évaluation

Étude sur l’impact d’internet et des médias sociaux sur la participation des jeunes et le travail de jeunesse

"Ce résumé exécutif synthétise brièvement les principales conclusions d'une étude qui explore comment Internet et les médias sociaux influencent la citoyenneté active des jeunes et leur participation aux sphères publiques des sociétés démocratiques et, aussi, comment ceux qui travaillent avec eux,...
12 Juin 2018
-
Texte législatif ou règlementaire

Fonds pour le développement de la vie associative

Le décret n° 2018-460 du 8 juin 2018 concerne le fonds pour le développement de la vie associative. Ce décret porte sur la définition de la mise en œuvre du soutien par voie de subvention de fonctionnement aux associations pour leurs projets de formation des bénévoles, du financement global de leurs...
09 Mai 2018
-
Rapport d'étude, de recherche et d'évaluation

Les entreprises de l'économie sociale et solidaire dans les quartiers "politique de la ville". Etude statistique exploratoire

Les entreprises de l’ESS, à travers leur ancrage territorial, leur utilité sociale revendiquée, leur présence dans l’insertion par l’activité économique et la lutte contre l’exclusion, mais aussi des secteurs comme la médiation sociale, l’animation socio-culturelle, le sport etc. ont a priori un...
09 Mai 2018
-
Rapport d'étude, de recherche et d'évaluation

Etude argent & associations de solidarité internationale. Résultats de l'enquête sur les ressources et dépenses 2012-2016

Cette étude a été menée par Coordination SUD, en collaboration avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et l’Agence française de développement (AFD). Son objet vise à mesurer le poids du secteur au travers de l’analyse de l’évolution des ressources et des dépenses des...
23 Avril 2018
-
Ouvrage / Note de lecture

L'éducation non formelle : chance ou défi pour le travail de jeunesse ? : conclusions des journées d'étude franco-allemandes

En collaboration avec l’INJEP (Institut National pour la Jeunesse et l’Éducation populaire) et le DJI (Deutsches Jugendinstitut, Institut allemand pour la Jeunesse), deux Journées d’étude franco-allemandes ont été organisées avec pour objectif d’offrir une plateforme d’échange aux acteurs du travail...