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Interview

Articuler les fonds publics pour donner vie à la garantie jeunesse

Candice de Laulanié, déléguée générale de l’agence française du programme européen « Jeunesse en action »

Pour la déléguée générale de l’agence française du programme européen « Jeunesse en action », la garantie jeunesse adoptée par le Conseil de l’Union européenne devra s’interfacer avec les dispositifs jeunesse des Etats membres en servant une politique globale et transversale dédiée aux moins de 25 ans.

Le 28 février, les ministres de l’Emploi et des Affaires sociales de l’Union européenne se sont accordés sur une recommandation portant sur la mise en place, dès 2014, d’une garantie pour la jeunesse dans les 27 Etats membres de l’Union. Cette recommandation fait suite à une proposition de la Commission européenne pour que les jeunes sans emplois puissent recevoir dans les quatre mois suivant la perte de leur emploi ou de leur sortie de l’école, une offre de travail, un complément de formation, un apprentissage ou un stage. Déléguée générale de l’Agence française du programme européen « Jeunesse en action » (Afpeja), Candice de Laulanié voit dans cette annonce la confirmation des orientations prises depuis son arrivée à la tête de l’agence.

Comment interprétez-vous cette recommandation des ministres du Conseil de l’Union européenne ?

Candice de Laulanié : Trois choses se passent en même temps. D’abord, il y a la volonté de l’Europe d’apporter des réponses à la crise et de soutenir au maximum le développement individuel et collectif des jeunes en fusionnant les programmes d’éducation formelle et non formelle dans un seul creuset qui s’appellera Erasmus ou YES (Youth, Education and Sport - NDLR) ; d’autre part on voit, à l’échelon national, s’imposer une nouvelle approche qui place le jeune et son parcours au cœur de l’action publique, notamment en favorisant la mobilité et l’engagement. Enfin, on constate toute la pertinence d’une action territorialisée – notamment à l’échelon régional – pour une mise en œuvre orchestrée et rationnelle de ces politiques, à partir d’outils locaux, nationaux et européens qui, en se complétant, sont à même de produire des effets significatifs.

Ainsi, je considère cette garantie comme un nouvel outil, à la fois financier et politique, qu’il nous reste à exploiter pleinement en réfléchissant en premier lieu aux articulations possibles avec les dispositifs existants.

Les principaux points de cette recommandation

Le Conseil est parvenu à un accord politique sur une recommandation adressée aux États membres visant à mettre en place des dispositifs de "garantie pour la jeunesse", afin que tous les jeunes âgés de moins de 25 ans qui perdent leur emploi ou n’en trouvent pas après leur sortie du système éducatif se voient rapidement proposer un emploi de bonne qualité, une formation continue, un apprentissage ou un stage. Ils devraient recevoir une telle offre dans les quatre mois suivant leur inscription au chômage ou leur sortie de l’école. L’initiative "garantie pour la jeunesse" vise à assurer une transition en douceur entre les études et le monde du travail, à soutenir l’insertion professionnelle et à faire en sorte qu’aucun jeune ne soit laissé de côté. Cette mesure est un élément essentiel de la réponse à apporter à la détérioration des conditions de l’emploi des jeunes en Europe.
Sources : Conseil de l’Union européenne

Que répondez-vous à ceux qui critiquent ce texte, relevant de nombres zones d’ombre quant à sa mise en œuvre ?

Candice de Laulanié : Qu’il faut prendre cette nouvelle pour ce qu’elle est ! Il s’agit d’une recommandation qui n’a rien de contraignant pour les Etats membres. Le texte est volontairement imprécis sur les financements mobilisables afin de tenir compte de la diversité des niveaux de chômage des jeunes, des dispositifs institutionnels, enfin, de la capacité des acteurs du marché du travail. En revanche, sur le plan politique, cette garantie impulse une dynamique européenne pour l’emploi des jeunes en priorisant les perspectives des acteurs de jeunesse. Jusqu’à présent, mon rôle était de promouvoir l’éducation non formelle à l’échelon européen, en valorisant des compétences et savoirs spécifiques que l’école seule ne permet pas d’acquérir. Aujourd’hui, mon rôle consiste à participer à la co-construction des parcours de jeunesse autour de l’éducation, la mobilité, l’engagement et la construction citoyenne, mais aussi de l’accomplissement professionnel et social.

En quoi cette garantie pour l’emploi des jeunes vient-elle confirmer certaines orientations prises par l’agence sous votre responsabilité ?

Candice de Laulanié : A mon arrivée à la tête de l’agence, il nous a semblé important d’agir prioritairement en faveur de l’emploi et de l’insertion professionnelle. En temps de crise, il est plus que jamais essentiel de mobiliser toutes les compétences, notamment des jeunes générations : dès lors, il nous appartient de valoriser les compétences acquises dans le cadre de la mobilité non-formelle (qui est l’objet du programme Jeunesse en Action avec les Echanges et Initiatives de Jeunes, le Service Volontaire Européen …). Voilà pourquoi nous avons lancé, par exemple, les petits déjeuners Prêts à l’emploi qui s’efforcent de convaincre les acteurs économiques et sociaux des apports de l’éducation non formelle en termes de compétences et d’employabilité. Cette « garantie jeunesse » me parait s’inscrire dans une même logique de construction des parcours de réussite des jeunes. Elle est un outil complémentaire au service de l’action publique dans un contexte où le chômage frappe un jeune sur quatre … s’en saisir n’est donc pas un luxe.

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