Participation, engagement, citoyenneté

Antoine Dulin : « L'education à l'environnement et au développement durable : un enjeu de citoyenneté ! »

Pour l'ancien délégué national des Scouts et Guides de France, l’école gagnerait à s’inspirer des innovations portées par les acteurs de l’éducation populaire afin de répondre au défi de l’éducation à l’environnement.

photo dulin

Antoine Dulin est ancien délégué national aux Scouts et Guides de France. Membre du bureau, il siège au Conseil économique social et environnemental (CESE), au titre de membre du groupe des organisations étudiantes et mouvements de la jeunesse, membre de la section des affaires sociales et de la santé et de la section de l’environnement. Il exerce également les fonctions de vice-président de la délégation à la prospective et à l’évaluation des politiques publiques. Avec Allain Bougrain-Dubourg il est le rapporteur de l’avis « L’éducation à l’environnement et au développement durable tout au long de la vie, pour la transition énergétique ».

 

INJEP : Vous êtes le rapporteur, avec Allain Bougrain-Dubourg d’un avis du Conseil économique, social et environnemental « L’éducation à l’environnement et au développement durable tout au long de la vie, pour la transition énergétique ». Quelle est la contribution des associations de jeunesse dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Où se trouvent les marges de progrès ?

Antoine Dulin : Je crois bon de rappeler un point essentiel contenu dans l’avis que nous avons rédigé Allain Bougrain-Dubourg et moi-même Conseil économique, social et environnemental (CESE) : les associations de jeunesse et d’éducation populaire sont pionnières en matière d’éducation à l’environnement. Elles ont un lien quasi organique avec les associations de protection de la nature et de défense de l’environnement. Depuis longtemps les questions environnementales sont au cœur de leurs actions éducatives.  Par exemple, le scoutisme fait du lien avec la nature un des piliers de son action, la Ligue de l’enseignement, le Réseau école et nature, pour ne citer que ces organisations, portent cette problématique de l’éducation à l’environnement au travers de sujets concrets comme la gestion des déchets ou l’expérience de la biodiversité et bien d’autres encore... Les associations de jeunesse sont également en première ligne dans l’alerte qu’elles adressent aux pouvoirs publics, afin que ceux-ci mobilisent l’éducation nationale qui (elle) est très en retard, pour travailler ces questions. Un des enjeux de notre avis tient dans le constat que les associations se sont massivement emparées des questions environnementales et que c’est dans le champ de l’éducation formelle qu’il y a un retard à combler même si beaucoup d'enseignants ont fait et font des choses au niveau local

INJEP : Si les mouvements d’éducation populaire sont en pointe dans le domaine de l’éducation à l’environnement, n’est-ce pas également parce qu’elles permettent la construction d’un propos plus politique sur les changements nécessaires contre le réchauffement climatique ?

Antoine Dulin : En plus des actions éducatives menées par les organisations de jeunesse, le sujet du réchauffement climatique s’est progressivement placé au centre de l’espace public. J’observe un double phénomène : d’une part des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, en marge de l’école, développent un processus d’éducation populaire autour des problématiques environnementales ; d’autre part, des mobilisations de plus en plus fortes de jeunes, à l’intérieur des campus, comme celles du Réseau français des étudiants pour le développement durable (REFEDD), l’association CliMates et, dans le champs des associatif et des ONG, celles qui s’organisent au sein de la coalition « We are ready now » (WARN). Ces mobilisations trouvent également leur expression au sein de 11e Conférence des Jeunes (COY11)  [ Elle se déroulera du 26 au 28 novembre à Villepinte et devrait accueillir 5000 jeunes – NDLR] venus du monde entier pour réfléchir au type de société qu’il faudra construire demain si on veut réellement répondre à l’urgence climatique. Comme vous le sous-entendez dans votre question, la dimension éducative et la dimension militante ne sont pas dissociées, mais étroitement imbriquées. Beaucoup de jeunes se mobilisent aujourd’hui parce qu’ils ont une expérience des associations de jeunesse et d’éducation populaire, parce que l’éducation qu’ils ont reçue de ces mouvements les prédispose à construire du collectif, à s’engager sur des causes qui leur semblent justes. L'éducation populaire permet de faire des expériences, de sortir des sentiers battus, d'expérimenter des techniques nouvelles… L'éducation nationale apparaît encore comme une éducation hors-sol : on apprend des connaissances dans une salle de classe sans avoir la possibilité d'être confrontée au réel. Les enseignants ont, par exemple, beaucoup de difficultés pour organiser des classes vertes ou des sorties natures alors qu'elles sont fondamentales dans l'apprentissage. On ne prend pas conscience de la fragilité de nos écosystèmes seulement dans les livres, on s'en rend compte au contact de la nature !

 

Quatrièmes rencontres annuelles de l'Observatoire "Pratiques écologiques et éducation populaire : l’éducation qui vient"

Les prochaines rencontres annuelles de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse auront lieu le 5 février 2016. Cet événement sera organisé par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) et la plateforme nationale AllISS (Pour une alliance sciences et sociétés).

 

L’INJEP et ALLISS organisent les 4es rencontres de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse, dans le prolongement de la COP 21, autour des impacts des mobilisations écologiques sur les pratiques éducatives. A l’heure où l’environnement s’affirme comme une préoccupation majeure des acteurs économiques, politiques, et des citoyens, l’INJEP et l’AlliSS proposent d’impliquer les acteurs éducatifs, et, en particulier ceux de l’éducation populaire, dans une réflexion sur la manière dont ces préoccupations enrichissent, voire, renouvellent leurs pratiques. 

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INJEP : En quoi ces jeunes impliqués dans les luttes environnementalistes se distinguent de leurs aînés ?

Antoine Dulin : Je pense que la confrontation à l’urgence de la crise écologique est plus violente pour notre génération que pour la précédente. En même temps, il y a, comme nous l’avons dit, un continuum entre les pratiques d’éducation populaire d’hier et les mobilisations d’aujourd’hui. Un jeune qui passe par le scoutisme, mouvement que je connais bien, a toutes les chances de s’impliquer dans les mobilisations environnementales parce qu’il a été formé et sensibilisé à ces questions. Maintenant est-ce que le WARN a une analyse et des pratiques radicalement différentes de WWF ou du Réseau action climat ? C'est difficile de le dire et d'ailleurs pour moi l’enjeu est ailleurs. L'objectif est bien que toutes les générations puissent se retrouver autour d'un objectif commun : comment inventer un nouvel modèle de société dans une société confrontée à l'épuisement des ressources naturelles et à l'augmentation des températures. Peu importe la route qu'on prend en terme de mobilisations, l'essentiel est de se retrouver sur les finalités.

INJEP : Vous semblez assez sévère sur la prise en compte de l’éducation à l’environnement par l’école. Pourtant les choses bougent : le gouvernement a décidé en 2015 de renforcer les actions d’éducation à l’environnement et au développement durable. Chaque école, collège et lycée devra s’inscrire dans une démarche de développement durable et l’intègre, d’ici 2020, dans son projet d’école ou d’établissement.

Antoine Dulin : C’est vrai, les choses bougent et c'est satisfaisant.  Désormais l’éducation à l’environnement et au développement durable est inscrite dans les programmes scolaires. Les feuilles de route des ministres chargées de l’éducation nationale et de l’écologie intègrent tout un train de mesures éducatives qui pour partie sont issues de l'avis du CESE et de revendications portées depuis longtemps par la société civile : encouragement de l’accès au bio et lutte contre le gaspillage alimentaire dans les cantines scolaires, interdiction des pesticides au sein de établissements scolaires, éducation à l’économie circulaire etc… Mais j’attire l’attention sur le retard qu’il nous faut combler si on souhaite que notre pays se dote d’une vraie stratégie en matière d’éducation à l’environnement. L’éducation, s’agissant de l’environnement, est un enjeu essentiel qui n’est pas toujours considéré comme il devrait l’être. Au Grenelle de l’environnement par exemple, ce n’était pas un sujet. En 2013, il a fallu se battre pour que passe in extremis un amendement qui traite de cette question dans la loi sur la refondation sur l'école. Il y a en France un déficit de pédagogie de l’action publique dont il faut prendre la mesure.

INJEP : L’avis du CESE dont vous êtes le rapporteur a-t-il eu un impact sur la conscience des jeunes qui se mobilisent actuellement en marge de la COP 21 ?

Antoine Dulin : Je pense que les jeunes dont nous parlons  sont en avance sur la capacité à se mobiliser et à trouver des solutions. Ils sont porteurs d’une conscience supranationale qui appelle les Etats à dépasser leurs égoïsmes nationaux pour trouver une solution à un problème qui est mondial. Ce ne sont pas ces jeunes-là qu’il fallait convaincre à travers cet avis, mais les pouvoirs publics, les organisations patronales et syndicales. Le parti pris de ce texte a été d’interpeller ces acteurs. D'ailleurs, nous pointons du doigt le besoin de développer une formation tout au long de la vie sur ces enjeux : cela ne concerne pas seulement notre génération et les générations à venir mais aussi l'ensemble des citoyens. Car ce que prouve le changement climatique c'est que tout le monde est partie prenante et donc un acteur. Le changement doit intervenir de tous les côtés. Chaque citoyen dans ses actions quotidiennes mais aussi chaque salarié, chaque chef d'entreprise, chaque responsable politique est responsable ! L'appel de Nicolas Hulot « Osons » qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux auprès d'un public jeune et moins jeune en est un exemple. Les discours ne suffisent plus, il faut des actes. Bâtir des projets communs autour de l'environnement et du développement durable à l'école, en collège ou au lycée, mais aussi en entreprise, dans les maisons de retraite, dans son quartier, dans sa ville c'est faire vivre de manière concrète la notion de fraternité et donner la possibilité aux citoyens de s'engager ensemble dans un projet, au-delà de leurs différences.

 

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