Dossier : "Vers un nouveau partenariat entre l'État et les associations ?"

3 questions à Édith Archambault

Édith Archambault est économiste, Professeur émérite de l'Université Paris 1 — Panthéon Sorbonne, auteur de plusieurs ouvrages sur les associations et le secteur de l'économie sociale.

Injep : les préconisations des rapports Langlais et Morange répondent-elles aux préoccupations du secteur associatif ?

Oui et non. Non lorsqu'elles évoquent des contrôles supplémentaires. Il en existe qui paraissent suffisants. En revanche oui, lorsque ces préconisations portent sur les besoins prioritaires du secteur associatif, c'est-à-dire sur la pérennisation des financements. Le soutien des pouvoirs publics, dans le cadre d'une convention pluriannuelle à 3 ou 5 ans, constitue une garantie réelle pour les associations auprès du secteur bancaire et des autres financeurs. Un soutien financier à long terme par l'État est donc un besoin essentiel pour aider les associations à maintenir leur capacité d'initiative. Un autre besoin vital des associations aujourd'hui c'est d'être soutenues par l'État français face à l'application de la directive services à fin 2009 (cf. encadré p 10 — NDLR), qui constitue un enjeu majeur pour des pans entiers du secteur associatif. En effet, elle détermine les conditions de financements des activités dites « services sociaux d'intérêt général » (SSIG). Les SSIG concernent par exemple le domaine du handicap. De nombreuses interrogations demeurent quant aux répercussions de cette directive sur les associations.

Injep : Le guichet unique est-il une vraie bonne idée ou une fausse bonne idée ?

On constate par exemple que les aides européennes sont nombreuses, et qu'il n'est pas aisé de s'y retrouver. Les associations peinent à obtenir ces subventions car le montage des dossiers est complexe. Ainsi, instaurer un guichet unique pour l'obtention des financements est une idée qui paraît valable dans la mesure où les aides sont disséminées (différents interlocuteurs, plusieurs programmes). Toutefois, la tendance étant à la diminution des aides d'État, il semble que les associations vont sans doute devoir augmenter leurs tarifs auprès des usagers, et recourir de plus en plus au mécénat d'entreprise. Ce mécénat peut se traduire par du « bénévolat de compétence », c'est-à-dire la mise à disposition de personnes rémunérées par l'entreprise pour s'investir au sein des associations.

Injep : La diversification des sources de financements suffira-t-elle pour faire face à cette baisse structurelle des aides de l'État ?

Les associations seront amenées à se rassembler pour mutualiser leurs moyens. La mise en place de maisons des associations peut être un outil favorisant cette mutualisation et les économies d'échelle. Les associations sont nombreuses et en concurrence pour obtenir les fonds publics. Dans le contexte économique actuel, elles vont être amenées à réduire leurs budgets. Au-delà des emplois aidés qui profitent au secteur associatif, ce dont les associations ont besoin c'est d'une régularité dans leurs financements.

Les autres articles du dossier

- Vers un nouveau partenariat entre l'État et les associations- Les propositions qui font consensus- Les propositions qui font débat- Les enjeux des Services sociaux d'intérêt général (SSIG)- 3 questions à Danièle Demoustier (socio-économiste, maître de conférence à l'institut d'études politiques de Grenoble, et auteur de plusieurs publications sur l'économie sociale et solidaire)

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