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Italie-France : deux jeunesses à l’épreuve des conservatismes, deux stratégies pour l’autonomie

Colloque franco-italien « Deux pays, deux jeunesses ? »

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Les sociétés italienne et française sont traversées par « un même courant conservateur pour réclamer un regain d’autorité des familles »… et un chômage massif des jeunes qui retarde leur entrée dans la vie d’adulte. Or Français et Italiens n’actionnent pas les mêmes leviers pour faire face. Trois idées fortes qui émergent du colloque franco-italien sur la jeunesse. Il s’est tenu à Paris avec le soutien de l’Injep.

Un colloque franco-italien « Deux pays, deux jeunesses ? » s’est déroulé à Paris, les 11 et 12 mai, avec le soutien et la participation de l’institut national de la Jeunesse et de l’Éducation populaire (Injep). Objectif : tenter une analyse comparée de la situation des jeunes en France et en Italie. Les deux jeunesses sont confrontées à un chômage massif qui entrave leur autonomie. En revanche Italiens et Français emploient des stratégies différentes pour faire face. Or, si les formes d’accompagnement institutionnel et familial divergent dans l’accès des jeunes à l’autonomie, à l’emploi et à la vie de couple, les participants au colloque ont pointé ensemble l’« idée fausse » d’une baisse du contrôle parental dans la vie des adolescents. Une « illusion » qui jette une lumière crue sur « une offensive des opinions conservatrices » sur les questions de jeunesse des deux côtés des Alpes.

Une vraie tutelle des parents

« La récurrence d’un discours dénonçant les dérives de l’enfant-roi tranche avec la réalité d’une vraie tutelle des parents », a estimé François de Singly, Professeur de sociologie à l’Université Paris V. Et le membre du centre de Recherche sur les Liens sociaux (Cerlis) d’affirmer : « Même dans un domaine où les adolescents semblent les plus libres, c’est-à-dire, notamment, dans le champ du contrôle des apparences, du choix de l’habillement, du “look”, la négociation avec les parents est permanente. »

« Le thème de l’irresponsabilité des familles s’impose dans le débat public sur les violences urbaines, alors que, dans les faits, l’autorité parentale semble omniprésente »

C’est d’ailleurs en identifiant les sphères d’autonomie des adolescents que les chercheurs mettent en évidence une pression du corps social pour que les parents exercent un plus grand contrôle sur leurs enfants. Laura Balbo, chercheur à l’université de Ferrare a mené une étude sur l’expérience de l’homosexualité dans le cadre familial. Elle juge symptomatique que « le champ de la sexualité qui échappe au contrôle de la famille soit investi par le débat public ».

En Italie, les prises de position de Rocco Buttiglione, ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Silvio Berlusconi, écarté du poste de commissaire européen à la Justice pour ses propos jugés homophobes, fait écho à une pression accrue des associations homosexuelles en faveur d’un Pacs à l’italienne ou des mesures prises par le Premier ministre espagnol Zapatero, avec la légalisation du mariage homosexuel et le droit à l’adoption des enfants.

Paradoxe d’un débat public dont les crispations tranchent avec une nouvelle génération qui affiche, rappelle Franco Garelli de l’université de Turin, « une attitude plus calme et détendue par rapport à la sexualité, que celle de leurs aînés ».

Violences urbaines

« Il est frappant de voir qu’en France, la question d’un hypothétique déficit de l’autorité parentale dans le débat public a été omniprésente dans les controverses autour du Pacs », constate pour sa part Claude Martin, directeur de recherche au CNRS. Il note également qu’aujourd’hui, le thème de l’irresponsabilité des familles s’impose dans le débat public sur les violences urbaines, « alors que, dans les faits, l’autorité parentale semble omniprésente, quel que soit le niveau social ou culturel des jeunes ».

Si les deux pays ont en commun d’être traversés par une même « pression conservatrice pour réclamer un regain d’autorité des familles », deux variables structurelle et culturelle différencient les jeunesses italienne et française : le chômage et le rôle de la famille, central dans la société transalpine.

Italie : la solidarité familiale

Le chômage des jeunes est encore plus massif au sud des Alpes qu’en France puisqu’il atteint le chiffre de 30 %. En l’absence de politiques publiques fortes qui leur sont dédiées, les jeunes italiens bénéficient en revanche d’une forte solidarité de la famille dans leur accès à l’emploi, à la vie conjugale et au logement.

Autre grande différence : la place du mariage dans le parcours vers l’autonomie des jeunes. En France, 43 % des naissances ont lieu hors mariage. Ce pourcentage chute à 13 % en Italie.

Alors que la précarité des jeunes français paraît impacter leur capacité à s’engager durablement dans une relation de couple, il semble que, face aux incertitudes, les jeunes italiens se refusent à renoncer à la vie conjugale et se voient donc contraints de jouer sur une autre variable d’ajustement : la fécondité.

Avec un taux de fécondité parmi les plus bas d’Europe (1,29 enfants par femme), l’Italie contemporaine se distingue clairement de la France, en peloton de tête des nations les plus fécondes du vieux continent : 1,89 enfants par femme en âge de procréer. Si la famille occupe une place cardinale dans les cœurs des Italiens, il n’y a pas de réelles politiques publiques en sa faveur. Encore un paradoxe qui fissure les clichés et permet une meilleure connaissance des jeunesses européennes.

Mise en ligne le mercredi 17 mai 2006
Modifiée le jeudi 1er juin 2006 par UREF

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