Le 15 décembre dernier, le personnel de l’Injep a rendu hommage à Catherine Lesève-Nicolle, déléguée de l’agence française du Programme européen Jeunesse et directrice adjointe de l’Injep, disparue brutalement le 3 février 2004, et inauguré une terrasse à son nom dans l’enceinte de l’institut.
La cérémonie a eu lieu en présence de la famille de Catherine, du directeur de l’Injep, Hervé Mécheri, et du directeur de la direction de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative Étienne Madranges.
Celui-ci a annoncé que le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, Jean-François Lamour, a décerné à Catherine Lesève-Nicolle, la médaille d’or de la Jeunesse et des Sports.
Un texte rendant hommage à la défunte a été lu par Marie-Hélène Cotté et Emmanuelle Perpignàa. Nous vous livrons son contenu in extenso.
« Quand un ami est parti, on lui écrit, alors voilà ce que tous nous aimerions te dire :
Chère Catherine,
Nous sommes tous là pour inaugurer un lieu qui portera ton nom : la terrasse Catherine Lesève-Nicolle.
Une terrasse évoque l’ombre et la lumière, la douceur de vivre … Avec ses pins, ses lavandes et ses roses encadrant de petits bancs propices aux moments de détente, cette terrasse te va bien ! Nul doute que tu aurais complimenté les jardiniers de l’Injep pour le soin qu’ils apporteront à son entretien au fil des saisons.
« Super, les gars ! » tu aurais dit…
Car tu savais être proche de tout le monde et surtout de chacun. Chacun de nous trouvait auprès de toi une écoute, une compréhension chaleureuse qui faisait de toi quelqu’un de si attachant. De la cuisine à l’entretien, en passant par les autres unités de l’Injep, la Direction, chargées de missions ou secrétaires, tu avais pour tous les professionnels qui t’entouraient la même considération. Mais tu savais aussi avec grand talent faire de cette Agence pour le programme européen Jeunesse et du réseau des correspondants régionaux une équipe hyper motivée… la classe quoi !

« Et puis quoi encore… ! »
Pas question, Madame la Déléguée Générale, vous nous avez appris à aller jusqu’au bout des choses et des individus pour donner sa chance à chacun, faire émerger les attentes, fédérer les aspirations, au niveau national comme en région et surtout donner confiance et reconnaissance… tout cela avec un style inimitable.
Tes sources de motivations étaient inépuisables et avec un effet moteur inégalé.
Avec ce soupçon d’accent de Belleville qui te rendait si craquante… pour ne pas parler de ton accent quand tu parlais l’anglais ! L’accent tonique toujours à sa place, bien senti, qui faisait sourire les chefs d’Agences nationales, comme Des par exemple, ton voisin irlandais du Comité de programme, qui rend hommage à tes idées innovantes pour le développement du programme.
La France était souvent pilote, en tête même dans celui de l’inclusion des jeunes en difficultés. Et tes collègues européens de regarder, parfois médusés, cette petite française, comme disent nos collègues allemands « pleine d’une énergie contagieuse, d’un engagement sans limite », réussir à imposer à toute l’Europe de nouvelles règles imaginées et testées avec succès par l’Agence française, grâce au soutien des associations d’éducation populaire.
« Moi, ce qui me fait bicher, c’est quand Pierre Mairesse dit « La parole est à la France » et que c’est moi qui parle, j’me sens la « Frônce », ah, ça en jette !!! »
Et de rigoler avec une bonne humeur ! Parce que tu savais garder la tête froide, là où d’autres auraient pris « la grosse tête ». Avec toi, les choses étaient à leur place.
Il n’empêche qu’en tant qu’inspectrice principale, tu tenais ton rang avec la distance nécessaire et un sens du service de l’Etat qui t’honorait, nous honorait tous d’ailleurs… fonctionnaires ou pas. Ton expérience du travail de jeunesse assurait une crédibilité sans faille à nos propositions auprès de la Commission européenne et une dimension interculturelle et européenne aux réflexions menées dans les réunions de chefs d’Agences.
Le meilleur résumé est celui de ta collègue, chef de l’Agence du Liechtenstein, ex-volontaire française : elle dit que « tu savais tenir la barre du voilier Jeunesse d’une main ferme mais tout en laissant les brises légères de l’exception française le manœuvrer ».
Ça, on est sûr que ça t’aurait plu ! Car tu aimais aussi la voile. « Homme libre, toujours tu chériras la mer » disait Baudelaire dans les Fleurs du mal. Tu aimais les trimarans de course, la vitesse, la défonce physique même si souvent tu devais te contenter de la gym à l’Injep avec nous.
Mais ta liberté te faisait aussi naviguer en eau douce, comme le raconte Annie Bannier dans un exemple parmi d’autres, lors du salon de l’environnement à Bordeaux, tu es partie sur un dériveur avec les jeunes portugais d’un échange franco portugais… finalement, distraits comme ils étaient, en tennis et le pantalon mouillé, ravie, c’est toi qui les a ramenés à bon port, quand c’est eux qui auraient dû te faire démonstration…
Mais nous on retiendra surtout ce qui faisait que tu étais si vivante. En vrac : tu aimais danser, l’Italie, les bandes dessinées, les hommes intelligents et la bonne chère, la fête et les bons vins…la vie quoi !
« Ça, pour une fiesta, je suis toujours partante ! » te serais-tu réjouie…
Mais il y avait aussi des hauts et des bas…
Tous et toutes, un jour ou l’autre, on t’a soutenue, remonté le moral à notre tour les matins qui ne chantaient pas, alors que la veille encore tu bouillonnais d’idées… sans savoir que les problèmes cardiaques qui t’ont finalement emportée provoquaient des baisses de tensions déprimantes.
Mais ce qui te remontait vraiment le moral, c’étaient les jeunes eux même : leur entrain, leur enthousiasme, leurs espoirs … Et pour ça, la mobilité était un formidable outil que tu défendais avec conviction. Tu allais dans les quartiers, ou en milieu rural, visiter les projets. Tu étais « une dame » certes, mais comme le disait un jeune de Villeneuve, « plus près des jeunes que ne le sont nos professeurs de lycée ». Une constatation qui résume le plus simplement du monde le profond engagement d’une grande professionnelle de l’éducation populaire ou non formelle.
Mais finalement c’est un tes collègues inspecteur, qui a trouvé l’image que nous garderons de toi collectivement « une personne souriante et chaleureuse d’une classe non affectée qu’on appelle probablement l’élégance ! », chacun y ajoutera ce qui lui appartient en propre. »


