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ZOOM n°2 : L’expérience des ciné-clubs

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Extraits d’une brochure de l’INEP (Institut National de l’Education Populaire), "Le cinéma dans la commune. Education populaire, action culturelle et cinéma". 1983

Introduction par Olivier Gagnier (INEP) en 1983

"Notre époque connaît une évolution considérable des techniques et des pratiques audiovisuelles. Pour le cinéma, qui est presque nonagénaire, on parle de crise. Ce n’est pas une crise de production : la production de films français et de coproductions à majorité française se porte bien. Les films ne manquent pas de spectateurs : 475 films de long métrage ont été diffusés en 1982 par la télévision française devant des millions de téléspectateurs de tous âges. C’est la fréquentation des salles de cinéma qui a connu une crise sévère sur les vingt dernières années malgré une récente mais timide remontée. Cette situation préoccupe tous ceux qui s’intéressent à la projection collective dans une optique d’éducation populaire et de développement culturel, qu’ils soient de statut public ou associatif, qu’ils appartiennent aux instances de l’Etat, aux collectivités régionales et locales, aux mouvements d’éducation populaire ou aux institutions culturelles. Etudiant les rapports entre actions d’éducation populaire et actions de développement culturel, le Département des Etudes, de la Recherche et de la Documentation de l’INEP a constaté que le cinéma se trouve au point de contact de ces deux domaines et qu’ils concerne des partenaires fort divers, s’occupant de ciné-clubs, d’ateliers super-huit, de cinéma pour enfants, de salles d’art et d’essai ou de recherche, de salles commerciales avec ou sans but lucratif, d’initiation au film et à l’audiovisuel, de production de films de court ou long métrage, de films d’animation, de reportage documentaire, de fiction, d’expression sociale ou régionale, etc. Des journées études sur le cinéma dans la commune ont été organisées à l’INEP en juin 1981 et novembre 1982 à l’intention des élus et services municipaux, des animateurs et des responsables d’associations s’occupant de cinéma dans le cadre de la vie locale. L’accent y a été mis surtout sur la diffusion des films (…) D’autres journées mettent l’accent sur l’expression par le film et autres moyens audio-visuels, telles les rencontres Audiovisuels 82 inaugurées à l’INEP de Marly avec le concours de Media et Vie Sociale…(…) Ces rendez-vous qui jalonnent la vie militante permettent aux associations d’éducation populaire de mieux définir leurs solidarités avec leurs partenaires à une époque où l’évolution technologique et le changement social s’accélèrent."

Formation des spectateurs

"Le cinéma même de qualité peut devenir simple objet de consommation si l’on n’a pas suscité chez le spectateur le développement du sens critique et de la sensibilité. De nombreux animateurs insistent fortement sur l’importance de cette action éducative à ne pas dissocier des actions de diffusion cinématographique. Certains pensent que la formation du "spectateur actif" nécessite une initiation globale à l’audio-visuel et plusieurs pensent qu’elle doit passer par la réalisation de produits tels que films ou montages."

Les ciné-clubs

Pour une réalité et un vocable qui datent d’une soixantaine d’années, on peut s’étonner que l’on parle d’essoufflement. Il semble que les Ciné-clubs soient victimes de leur succès et que les cinémathèques, l’Art et Essai, les ciné-clubs télévisuels et autres émissions aient repris avec des moyens considérables ce que le public cherchait antérieurement au ciné-club. Mais pour autant, la démarche Ciné-club, la rencontre ciné-club, la formation ciné-club sont-elles périmées ? Sur les dix fédérations de ciné-clubs habilitées en 1965 (Arrêté du 3 mai, J.O du 19 juin), huit sont toujours actives en 1983 :

  • Ligue française de l’Enseignement (UFOLEIS) 1933
  • Fédération française des ciné-clubs (FFCC) 1946
  • Fédération Loisirs et Culture Cinématographiques (FLEC) 1946
  • Fédération Film et Vie
  • Coopérative Régionale du Cinéma Culturel (CRCC) 1948
  • Fédération Jean Vigo 1964 sous ce nom (depuis 1950 sous le nom Fédération française des ciné-clubs de jeunes)
  • Union Nationale des Inter Ciné Clubs (UNICC) 1958
  • Fédération d’Associations de Ciné-clubs (FAC) 1963

Et la FFMJC (deux pôles : ciné clubs et art et essai), Léo Lagrange (art et essai, initiatives locales, formation d’animateurs, création IFCA Institut de formation aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel) et les Foyers ruraux (cinéma rural itinérant).

En France, on constate que divers éléments de la démarche des ciné-clubs ont été repris en dehors de la formule même : sélection de films de qualité, reprise de films anciens, mise en perspective par rapport à un auteur.

En 1920, Louis Delluc (un des fondateurs de la critique de cinéma) lance l’idée et le terme de ciné-club. Manifeste célèbre : "Il y a le Touring Club, il faut aussi le Ciné club". Publication d’une revue. Canudo fonde lui en 1921 le Club des amis du septième art ; il se préoccupe d’esthétique du cinéma. En 1924 les clubs existants se regroupent : ciné-club de France animé par Germaine Dulac, Jacques Feyder, Léon Moussinac. Deux conceptions qui s’opposent parmi les tenants d’une éducation cinématographique

  • une pour les cinéphiles avertis
  • autre plus large ouverte au public

On retrouve deux tendances dans l’histoire des ciné-clubs

  • accent mis sur la culture cinématographique – initiation esthétique - spécificités du cinéma, groupements restreints
  • cinéma comme partie intégrante d’une culture plus large, volonté d’y intéresser tout le monde

Le cinéma sera ensuite perçu comme moyen d’enseignement dans les écoles puis pour l’éducation des adultes/populaire ; mais avec des incertitudes sur les méthodes pédagogiques à utiliser. Avec le développement du cinéma commercial, se développera la question du rapport cinéma/jeunesse et des questionnements d’ordre moral.

Article "Quelle animation", La revue du cinéma n°281, février 74, Alain Marty (Ligue de l’enseignement) voir document scanné n°3

Cet article remet en cause de la rupture entre étude de la forme et l’étude du fond et critique la pédagogie comme fin en soi :

"Ce que nous critiquons c’est l’habitude de poser, en général, comment diffuser un film (comment aborder la discussion) sans qu’on ait défini au préalable ce qu’est un film et ce qu’est sa fonction. On sera alors réellement en mesure de définir ce qu’est un ciné-club. Faute de cela, la pédagogie devient une fin en soi : il s’agit de faire parler des spectateurs, qu’ils s’expriment. C’est le règne du mensonge du spontanéisme, reflet déformé du film à travers des impressions individuelles. L’accès à la connaissance scientifique est effort…" (…) "L’animateur n’a donc pas à imposer ses conceptions politiques aux spectateurs mais à les amener à une prise de conscience de la représentation sociale du film. Ce chemin parcouru, chacun des spectateurs, y compris l’animateur, sera en mesure de dire s’il est d’accord avec la représentation et la pratique sociale du film : il pourra ainsi en discuter. C’est ce que nous entendons par laïcité dans le cadre de l’animation d’un ciné-club"

Mise en ligne le lundi 4 février 2008
Modifiée le mardi 8 janvier 2008

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