FAD : former à distance. À priori, rien de très motivant pour le CEPJ formateur en CREPS que je suis, tant les pratiques de formation d’adultes reposent au contraire sur la proximité : proximité de la relation, dans les aspirations et pratiques de l’éducation populaire le plus souvent !
Pourtant, depuis deux ans, je participe en tant que tuteur à une équipe de travail qui forme à distance des candidats au concours de CEPJ. À distance, grâce à Ganesha [1], une plateforme libre choisie par l’Injep. Cet outil permet l’utilisation pour un groupe de stagiaires d’outils collaboratifs comme une messagerie, un tchat, une bourse aux documents, un forum, ainsi que la mise en ligne de modules de formation. Ainsi, une quinzaine de stagiaires mobilisés vers un objectif très personnel, très sélectif - la réussite à un concours -, créeraient avec des cyber tuteurs-CEPJ une relation de travail fondée sur des principes et des pratiques pédagogiques de collaboration, de partage, de groupe ? Oui, tant l’outil technique, les tuteurs-formateurs comme les candidats se sont rapprochés… à distance autour de pratiques partagées.
Tout d’abord, l’enjeu a consisté à démystifier et cesser de reléguer au second plan l’utilisation des outils techniques : ordinateur, Internet et Ganesha ne sont que de nouveaux outils à connaître, adapter et utiliser au profit de la formation, ses objectifs comme son contenu. Pour cela, les tuteurs, le groupe combattent la distance en créant des occasions de « rencontre » : présentation individuelle des personnes sur le forum, rendez-vous hebdomadaires en direct pour entretenir une relation humaine entre les participants, mode d’emploi des outils simples et chaleureux… Assez vite, l’isolement peut être rompu, en particulier par une des fonctions de Ganesha : chacun des participants, peut lancer un fil de discussion sur le forum, ajouter ou commenter un document, envoyer un message. Certains candidats ont même repoussé la limite des « 35 heures » pour se lancer directement des travaux supplémentaires, des échanges de devoirs d’entraînement deux à deux, des références bibliographiques… pardon « webographiques » également ! La toute puissance du formateur se trouve donc atténuée de fait par l’interactivité que permet l’outil.
Un autre exemple de cet esprit de partage se développant au sein de ces groupes réside dans la construction progressive et collaborative de fiches de révisions de points du programme du concours. En trois semaines de travail « virtuel en commun », le groupe a pu imaginer, décider, se répartir le travail, créer… et partager une trentaine de fiches permettant pour chaque thème retenu d’avoir une fiche de synthèse comprenant définitions, chiffres clé, programmes, tendances et enjeux…
Cette action de préparation en ligne au concours de CEPJ s’est déroulée sur trois mois, alors que notre équipe encadre également des stages en présentiel d’une semaine. La durée est ainsi un atout : le temps est moins compté, la progression pédagogique plus coulée, chaque candidat travaillant sur le programme hebdomadaire donné à son propre rythme, dans le lieu et les horaires de son choix… Autre avantage pressenti, mais à confirmer : le fait de travailler chez soi, sans le regard direct des autres permettrait-il de lever quelques inhibitions liées à la pratique de l’écrit, à l’élaboration d’une dissertation ? Nous avons pu remarquer combien la confiance en soi est déterminante pour la réussite à ce concours. Elle connaît donc des cycles, des hauts et des bas, que les participants gèrent le plus souvent seuls, mais sans la pression directe d’un groupe.
En complément à cette FAD qui se déroule pour la deuxième année, notre équipe s’est aussi mobilisée pour diversifier l’offre de préparation au concours CEPJ sur Ganesha : ainsi, 35 candidats se sont connectés sur la plate forme et eu accès à un ensemble de documents méthodologiques optimisant leur préparation. Dans cette formule, nommée « parcours à la carte », mêmes outils que pour l’autre groupe, mais pas de parcours balisé de formation : chacun s’inscrit et visite la « webothèque » lorsqu’il le souhaite ou le peut, chacun s’entraîne de son côté. Bien sûr, nous nous éloignons dans ce cas d’un esprit collaboratif propre à l’éducation populaire, mais la souplesse de cette formule convient en particulier à des personnes ne pouvant se libérer pour des raisons professionnelles ou personnelles.
Alors, dans le cadre de ces formations à distance, les pratiques d’éducation populaire sont-elles renouvelées ? Sans doute pas ; il s’agit de conquérir et adapter un outil de plus : au même titre que le livre, le théâtre, la photo, la vidéo, Internet et la FAD sont des outils de travail. Des outils cependant bons marchés, simples, accessibles, adaptables au service d’un projet de formation qui restera à construire, faire vivre… et évaluer !
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