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Témoignage d’une développeuse de plateforme « libre »

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Isabelle AGUIRREGABIRIA (i.aguirre@isatice.fr) est formatrice et contribue bénévolement au développement du logiciel libre Ganesha (www.anemalab.org).

Janvier 2006.

Avez-vous déjà appris quelque chose à distance ?

Oui, mais pas dans le cadre d’une plate-forme. J’apprends à distance en consultant des sites, des forums pour avoir des explications complémentaires des liens etc. En téléchargeant des tutoriels, des programmes libres ou en démo. Sans Internet je n’apprends plus… que dans les livres.

Comment devient-on contributrice bénévole à Ganesha ? Depuis combien de temps l’êtes-vous ?

Avant de connaître Ganesha, j’ai dû travailler à la mise en place de deux plateformes payantes. J’ai beaucoup "galéré" car il m’était impossible d’obtenir de l’aide, impossible de développer des améliorations. Sinon attendre, payer et encore payer pour voir…
Quand j’ai découvert Ganesha et le forum en 2000, j’ai tout de suite été emballée : avoir de l’aide le week-end et presque 24h/24h de la part de gens désintéressés ! J’ai attrapé le "virus" de Ganesha. Quand on a un problème, il suffit de le soumettre et on obtient des pistes pour solutionner.
J’ai fait adopter Ganesha à l’association dans laquelle je travaillais. J’ai entendu beaucoup de critiques sur le libre et j’ai expérimenté que c’était fiable et du « développement durable » !

Avez-vous apporté des développements particuliers à Ganesha, corrigé des bugs particuliers… ?

En échange, j’ai trouvé normal de contribuer chaque fois que je le pouvais. Par exemple : révéler des bugs, proposer des améliorations, et adapter des outils, aider les autres à mon tour.
Ma modeste contribution a été de faire connaître Q&R et Netquiz [1], surtout auprès des utilisateurs qui ne connaissaient que Hotpotatoes. Et puis, une fois compris le principe de Ganeshaïsation [2], je l’ai appliqué à ces deux logiciels. Ma contribution est visible et très utilisée. Puis l’ère de SCORM/AICC [3] est arrivée et là j’ai été de nouveau demandeuse d’"aide". Georges d’Anema [4], entre autres, m’a donné des pistes. Et Netquiz est désormais "scormable" grâce à moi, mais aussi grâce à la communauté !

Votre participation est-elle régulière ou ponctuelle ? Quelles sont vos motivations ?

Elle est régulière. Il ne suffit pas de "prendre", il faut aussi donner.
Mes contributions m’amènent à avoir des contact en-dehors du forum avec des gens qui me proposent des échanges de scripts, ce qui me permet d’avancer (l’armée de terre, par exemple). J’aide ceux qui rencontrent des problèmes car je me mets tout de suite dans leur situation : "SOS - y a t’il quelqu’un qui accepte de m’aider ?". Et j’aime quand les gens me répondent "Super, merci ! Ca marche !". Satisfaction de mon ego… Mes autres motivations : la reconnaissance vis-à-vis de cette communauté, le respect d’une très belle application. Ganesha m’a tiré une épine du pied en 2000, je souhaite que cette plate-forme vive longtemps en open source. Il faut donc la promouvoir, la rendre dynamique, la faire connaître de façon que d’autres l’améliorent à leur tour !

En attendez-vous des retours économiques (commandes d’utilisateurs de Ganesha) ?

Oui, bien sûr. C’est pour moi l’occasion de travailler concrètement avec la plate-forme et de contribuer à son évolution en retirant un petit bénéfice. Travailler avec un outil qui me plaît, des gens qui aiment le libre, pas seulement parce que c’est gratuit mais parce que c’est évolutif.
Un climat de confiance s’installe au travers d’échanges et coup de pouces gratuits, et il est plus facile de répondre de façon économique aux diverses sollicitations.
Les gens savent qui vous êtes et ce que vous pouvez faire ou ne pas faire.
Je ne fais pas de prospection commerciale sur Ganesha, c’est peut-être un tort. Mais je me dis que si les gens viennent vers moi, ce n’est pas par hasard.

Accepteriez-vous que des contenus de formation conçus par vous soient mis sur Internet sous licence libre ? Est-ce viable économiquement d’envisager cela pour une formatrice qui vit de la vente de ses prestations ?

Si ce sont des contenus qui m’ont été commandés par quelqu’un (donc rentabilisés) et que cette personne souhaite les diffuser gratuitement : oui je suis d’accord, je rentre dans mes frais et le fait de les diffuser sur Internet me permettra d’avoir de nouveaux contacts, nouvelles commandes, etc.
Je peux aussi en mettre une partie gratuite en ligne et la version complète payante si ce sont des contenus à moi. Si j’ai utilisé des ressources déjà gratuites et que je les améliore et adapte, alors il est normal de les diffuser gratuitement à mon tour (opencontent).
Il peut aussi y avoir le principe de la souscription : les gens téléchargent la version numérique, achètent le livre et ne l’obtiennent que lorsque la somme suffisante pour son édition à été réunie (voir [a la] SOS GIMP, de Cédric Gèmy). Je trouve très sympathique la démarche de ces enseignants qui, une fois à la retraite, mettent tous leur exercices et ressources pédagogiques en ligne pour les autres.
La question économique est importante. Si c’est un produit très demandé, alors je vais chercher à en retirer un bénéfice, mais si c’est un contenu courant, autant s’en servir pour se faire un peu de pub !

Vous constatez plusieurs obstacles à l’utilisation de NTIC (en présentiel ou à distance) lors des formations que vous effectuez dans votre quotidien. Pourrait-on diminuer certains de ces obstacles déjà lors du présentiel, par exemple en proposant de faire du "tutorat en présentiel" ?

Oui, le tutorat en présentiel est indispensable au départ pour un certain public qui a besoin d’être rassuré au début. Je l’ai d’ailleurs utilisé comme cela. Après les gens se sentent à l’aise une fois seuls chez eux.

D’où viennent, selon vous, les réticences des collectivités, associations, etc. quant à la formation à la distance ? Doit-on et peut-on lutter contre ces réticences en proposant d’emblée des formations mix-présentiel ?

Les mauvaises mises en œuvre de plate-forme (pas de suivi, ni d’accompagnement) ont démotivé des gens, qui sont déçus et le font savoir.
D’autre part, je crois en un minimum d’astreintes pour participer à distance : obligation de se connecter pour un échange à des heures précises, obligation de remettre des travaux, des devoirs à corriger… Les stagiaires doivent sentir qu’ils ne sont pas seuls derrière leur écran. Il faut sans cesse stimuler la communication. Un forum qui ne vit pas est très vite déserté quelque soit son intérêt. Il y a aussi la réticence de la part de formateurs qui ne parviennent pas ou ne veulent pas s’approprier l’outil technique, ou de ceux qui n’y croient pas parce qu’ils ont été tenus à l’écart du choix des contenus, de la plate-forme, et encore de ceux qui pensent qu’il vont perdre leurs jobs… Il y a enfin, souvent, l’absence de contenus adaptés aux besoins.

Le mix présentiel ? C’est OUI à 100% !

Cet article alimente les réflexions sur la journée d’échange de pratiques du 9 mars 2006 à l’Injep. Le thème de cette manifestation gratuite et ouverte au public porte sur "L’éducation populaire & la formation à distance et comment les TIC peuvent-elles enrichir les pratiques d’éducation populaire ?

Publiées sous la licence Creative Commons « paternité, pas d’utilisation commerciale et reproduction à l’identique », les contributions reproduites n’engagent l’avis et la responsabilité que de leur auteur. http://creativecommons.org/licenses…

[1] Logiciels libres ou gratuits de création de quizz et questionnaires, de même que Hotpotatoes.

[2] Opération qui consiste à rendre compatible avec la plateforme Ganesha un programme développé par ailleurs.

[3] Normes à respecter par des contenus de formation pour qu’ils puissent être gérés par différentes plateformes.

[4] Georges Caldeira, de la société Anemalab qui a conçu Ganesha.

Mise en ligne le jeudi 9 février 2006
Modifiée le lundi 19 mars 2007

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