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La santé des jeunes à l’école du risque

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Dans leur grande majorité, les jeunes vont bien. Mais la tranche d’âge 12-25 ans, période d’expérimentation et de transition, connaît des problèmes de santé spécifiques auxquels des réponses adaptées doivent être apportées.


Illustration - Stéphanie Mercier - copyright Injep

Toutes les enquêtes le disent : pour 85 % des 12-25 ans, la jeunesse est synonyme de bonne santé. Les affections les plus courantes dans cette tranche d’âge sont souvent bénignes : problèmes ophtalmologiques, dentaires, respiratoires et dermatologiques. Pour le reste, les jeunes sont globalement en meilleure forme que leurs aînés. Ce constat doit cependant être nuancé, tant le passage de l’enfance à l’âge adulte constitue un entre-deux fragile, qui comporte des risques particuliers. Comme le note la Fondation de France, «  la médecine (…) fait encore aujourd’hui une place trop modeste à cet âge dont un des traits majeurs est la propension à prendre des risques, à se mettre physiquement et moralement en danger.  » Si l’adolescence n’est pas une maladie, il y a lieu cependant de prendre en compte les spécificités de cette classe d’âge pour apporter des réponses adéquates, d’un point de vue sanitaire mais aussi d’un point de vue éducatif et préventif.

Accidents et suicides : période à risque

Caractéristiques de «  l’âge des possibles  », la recherche des limites et le désir d’expérimenter débouchent sur des conduites à risques parfois douloureuses. En témoignent les chiffres de la mortalité par accident, représentant 48,7 % des causes de décès entre 15 et 19 ans. Parmi ceux-ci, 82 % sont des accidents de la circulation, dont beaucoup en deux roues, avec une surmortalité masculine. Ces chiffres du Centre d’épidémiologie des causes de décès (Inserm) sont d’autant plus inquiétants que les accidents de la route diminuent pour l’ensemble de la population, comme si les campagnes de prévention ne touchaient pas les jeunes.

Le risque peut prendre une tournure destructrice, voire auto-destructrice. Ainsi le suicide est-il la deuxième cause de mortalité des jeunes, bien plus fréquent que dans la population globale : 11 % des décès des 15-19 ans, 17 % pour les 20-24 ans (d’après le rapport de mission 2006 du Pr Sommelet sur l’amélioration de la santé de l’enfant et de l’adolescent). Si les filles font plus de tentatives, les garçons représentent trois suicides aboutis sur quatre. Le risque est deux fois plus élevé pour les jeunes sortis du système scolaire. «  La situation reste préoccupante, avec 40 à 50 000 tentatives annuelles conduisant à des hospitalisations  », résume le docteur Xavier Pommereau, responsable du Pôle aquitain de l’adolescent, au CHU de Bordeaux. Qui rappelle aussi que les chiffres sont sous-estimés, un certain nombre d’accidents devant être comptabilisés comme des attitudes suicidaires. Une étude de l’Inserm réalisée en 1999 a ainsi montré que, pour les 15-24 ans, 25 % des cas considérés comme «  des traumatismes indéterminés quant à l’intention  » étaient en réalité des suicides.

Substances psychoactives : des indicateurs inquiétants

Depuis une douzaine d’années, les enquêtes auprès des jeunes Français révèlent un fort accroissement de la consommation de cannabis (qui dépasse la moyenne européenne) une stabilisation de la consommation d’alcool, et une tendance à la baisse pour celle du tabac. Des phénomènes nouveaux inquiètent les médecins. La recherche de l’ivresse rapide, qui conduit y compris de très jeunes adolescents (surtout les garçons) à boire beaucoup en peu de temps, avec de forts taux d’alcoolémie dans le sang, cause de lourds dégâts en termes d’accidents et d’addiction. D’autre part le cannabis s’est banalisé : selon l’enquête menée en 2004 par l’Inserm et l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, 52 % des filles et 70 % des garçons déclarent en avoir consommé. «  Par ailleurs les polyaddictions (tabac, alcool, cannabis) ont doublé en dix ans, pour toucher aujourd’hui 34 % des jeunes  », s’inquiète Dominique Versini, la Défenseure des enfants. Quant à la consommation adolescente de psychotropes (tranquilisants, somnifères), elle place la France à la troisième place européenne : 20 % des jeunes disent en avoir consommé au moins une fois, et les filles sont 31 % à les utiliser sans ordonnance (rapport Inserm-OFDT 2004). «  Une forte consommation qui crée un risque d’accoutumance  », souligne le docteur Pommereau.

Surpoids et alimentation : un problème de santé publique

Habitudes alimentaires dégradées et poids en hausse : la tendance entamée il y a une quinzaine d’années se poursuit parmi les jeunes. Le surpoids affecte aujourd’hui 12,4 % des adolescents, et l’obésité 3,3 % (d’après le rapport Santé, adolescence et famille de 2004). Leur consommation de fruits et légumes est très éloignée des recommandations du Plan national nutrition-santé : ils préfèrent céréales, féculents et pommes de terre, produits de restauration rapide et sucreries. Le milieu social joue en la matière un rôle déterminant : les jeunes issus des milieux les plus défavorisés sont plus atteints par le surpoids, et l’obésité est dix fois moins fréquente pour ceux dont le père est cadre que pour ceux dont le père est ouvrier non qualifié. Les médecins alertent : les jeunes en surpoids risquent de devenir des adultes malades. L’obésité comporte des risques de complications graves à moyen terme (maladies cardio-vasculaires, diabète, hypertension), et constitue donc un enjeu majeur de santé publique pour l’avenir, auquel il est urgent de répondre dès aujourd’hui. Le phénomène est notable : la puberté intervient aujourd’hui trois ans plus tôt qu’il y a un siècle. Dès 12 ans, les transformations du corps, en décalage avec une enfance encore présente, provoquent des angoisses dont témoignent les appels passés au Fil Santé Jeunes.

Questions de sexualité

À 15 ans, 21,3 % des adolescents déclarent avoir eu un rapport sexuel, mais l’âge moyen du premier rapport reste 17 ans. 89,3 % disent avoir utilisé un moyen de contraception à cette occasion, très majoritairement un préservatif (81 %). Par la suite, la pilule devient le contraceptif le plus répandu (66 % des 15-19 ans, et 81 % des 20-24 ans, selon le Baromètre Santé 2005). La contraception d’urgence (pilule «  du lendemain  ») a doublé chez les jeunes entre 2000 et 2005, suite à la mise sur le marché de médicaments vendus sans ordonnance et à leur délivrance par les infirmeries scolaires. Une pratique qui, lorsqu’elle se répète, n’est pas sans impact sur la santé et qui ne peut se substituer à une contraception en amont : signe que l’information en la matière mérite d’être renforcée.

Autre indice : la proportion de rapports non protégés chez les jeunes est passée de 19,5 à 33,2 % entre 1997 et 2004. Conséquence : le nombre d’IVG progresse chez les mineures (0,91 % en 2001 contre 0,75 % en 1995). Par ailleurs la fréquence des infections sexuellement transmises, notamment des chlamydioses, a été multipliée par six chez les jeunes femmes de moins de 20 ans ; elles toucheraient 6 % de la population active de 18 à 25 ans. Une prévalence loin d’être anodine au regard des conséquences de ces infections (stérilité…). Enfin, les enquêtes révèlent un relâchement de la vigilance des jeunes face au sida. Moins sensibilisés que la génération précédente, ils estiment la prévention moins nécessaire (sans doute en raison de l’existence des multithérapies). Seuls 18 % des 15-25 ans, en majorité des filles, déclarent avoir réalisé un test de dépistage du VIH au cours des 12 derniers mois (Baromètre Santé 2005). Un domaine dans lequel l’éducation pour la santé a encore beaucoup à faire.

Illustration. Stéphanie Mercier - Copyright Injep.

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Dossier documentaire n° 27 : La santé des jeunes

Dossier documentaire en deux volumes, il permet dans le premier tome de faire un état des lieux de la santé des jeunes : mal-être, troubles alimentaires, toxicomanie et addictions. Enfin, un chapitre est consacré à la santé des étudiants, révélant une précarité et une dégradation dans l’accès aux soins. Le tome 2 est consacré aux mesures de prévention. Il présente les politiques, dispositifs proposés et détaille les actions mises en œuvre.

Pour aller plus loin

  • Adolescents en souffrance, plaidoyer pour une véritable prise en charge, rapport thématique 2007 de la Défenseure des enfants.
  • Santé, adolescence et familles, rapport préparatoire à la Conférence de la famille 2004.
  • Rapport sur la santé des jeunes, X. Pommereau (La Documentation Française, 2002).

Mise en ligne le jeudi 3 avril 2008
Modifiée le mardi 8 avril 2008

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