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Dossier janvier 2008 - Politiques de jeunesse : quelle place pour les familles  ?

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Entre «  tout famille  » et «  tout jeunesse  », les acteurs publics ont longuement hésité. Faute d’une véritable réflexion sur ce lien nécessairement étroit entre politiques de jeunesse et politiques familiales. Aujourd’hui l’implication des parents dans les politiques éducatives a la couleur de l’évidence. Maîtres mots : co-éducation et soutien à la parentalité.

Quelle place aux familles  ? À un moment ou à un autre de son activité, l’acteur public en charge des politiques de jeunesse est amené à se poser la question. Par extension, il est porté à s’interroger sur les articulations entre les politiques publiques qu’il met en œuvre et celles développées par ailleurs en direction des familles.

Question de bon sens. Adolescents et jeunes adultes ne sont-ils pas plus que jamais tributaires de leur environnement familial quand l’accès à l’autonomie fait figure de parcours chaotique et qu’il s’étend sur une période longue  ? Par ailleurs, «  à l’heure où l’ensemble des partenaires éducatifs conviennent de travailler "en étoile", en coordonnant leurs actions autour du jeune et de son parcours, il est impensable de ne pas réfléchir à l’implication des familles  », estime Bruno Jarry, directeur de l’Espace Parent-Enfant à Issy-les-Moulineaux.

Deux visions dépassées

Pourtant les pouvoirs publics ont longtemps détourné leur attention de ce lien organique entre les familles et les politiques publiques dédiées aux jeunes, privilégiant d’autres approches. C’est que le champ de la jeunesse et des questions éducatives a longtemps été traversé par deux conceptions concurrentes.

La première concentre son action sur l’autonomie des jeunes, excluant par là-même les familles, «  vision "Jules-Ferryste" de l’enfant que l’acteur public se doit d’arracher au milieu familial, forcément hostile et rétrograde  », s’amuse Georges Greiner, de l’association L’Orée. La seconde,considère la famille comme le socle de toute politique éducative. Ce qui l’amène parfois à subordonner les politiques de jeunesse aux politiques familiales. «  Longtemps on a pensé que les politiques de jeunesse relevaient seulement de la sphère privée et pas du politique. S’il y avait une politique publique dédiée aux jeunes, elle était diluée dans une politique de la famille  », résume Jean-Claude Richez, responsable de l’unité de la recherche, des études et de la formation à l’Injep.

Or, depuis la conférence de la famille du 12 juin 1998, les choses ont changé. Les acteurs publics, conscients de la nécessité de mieux articuler politiques familiales et éducatives, optent dès lors délibérément pour une stratégie de soutien à la parentalité et de co-éducation (voir encadré). Réunis sur le terrain dans le cadre de dispositifs tels que les projets éducatifs locaux, les contrats éducatifs locaux ou de ville, travailleurs sociaux, élus, animateurs et même enseignants multiplient depuis les lieux de médiation, ou des espaces dédiés aux parents dans les structures éducatives, avec le soutien financier, parfois lourd, de partenaires comme les caisses d’allocations familiales, les DDASS ou la mutuelle sociale agricole.

2 Renforcer la légitimité des familles2

Naturellement, ces politiques de soutien à la fonction parentale prennent des formes différentes en suivant les territoires. Mais toutes, ou presque, affichent la volonté de réintégrer les familles au cœur des politiques éducatives. Maîtres mots : soutien à la parentalité et co-éducation. À Rennes, par exemple, la ville s’est engagée sur une stratégie en deux volets. «  D’un côté, nous essayons de renforcer les expressions collectives des parents, au travers d’un soutien aux associations familiales et de parents d’élèves, de l’autre, nous tentons de trouver des réponses individualisées, notamment pour les cellules familiales les plus fragiles, en multipliant les espaces d’information, d’échanges et de médiation  », explique Fédéric Bourcier, adjoint à l’Éducation à la ville de Rennes, et président du Réseau français des villes éducatrices. Parce que le «  processus de co-éducation et de co-gestion des structures éducatives oblige chacun à se poser la question de la légitimité  », la ville va plus loin en organisant, par exemple, la Semaine des parents avant les élections. L’occasion de réunir dans un contexte festif, enseignants, parents, responsables du rectorat, pour aménager des débats, informer sur les possibilités de participation des familles dans les instances de pilotage, ou encore, sur le rôle et les pouvoirs des associations familiales. Généralisation des conseils des parents, multiplication des journées Portes ouvertes, de conférences/débats en lien avec les associations de proximité… tout est bon pour faciliter la pluralité des listes de parents d’élèves et la hausse de la participation dans les élections. Et comme il ne suffit pas de créer des espaces dédiés pour que les parents s’impliquent davantage, la ville a recruté des médiateurs qui sillonnent les quartiers et vont directement au contact des familles.

Néanmoins, ce travail de soutien aux parents que l’État a voulu impulser à travers la création des réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (Réaap), des points info-familles, et, plus récemment, avec le programme de réussite éducative du plan de cohésion sociale, «  est fortement tributaire de la bonne volonté des acteurs locaux  », regrette la sociologue Jacqueline Costa-Lascoux, également présidente de l’École des parents et des éducateurs. «  Comprendre que derrière l’idée de co-éducation, il y a celle de la reconnaissance de la diversité des partenaires, c’est bien, ajoute cette dernière, mais là où il y a, localement, des acteurs passifs, les dispositifs s’empilent et perdent de leur sens.  »

Une construction fragile

«  On ne peut pas bien penser la place réservée aux familles dans les politiques de jeunesse, sans réfléchir au préalable à la cohérence des interventions des équipes pluridisciplinaires auprès des intéressés et sans vérifier que chacun tire dans le même sens  », juge pour sa part Bernard Meyrand, chef de mission projet éducatif local (PEL) à la mairie de Lyon, pour qui ce travail d’inventaire et de clarification «  permet de distinguer les opportunités d’intervention pertinentes  ». Les équipes enseignantes développent-elles des projets pour les collégiens «  décrocheurs  », en rupture avec l’école ou en grande difficulté, dans le cadre du programme de réussite éducative ? La ville, le conseil général et ses partenaires dégagent des moyens humains et financiers pour recruter des animateurs. Ils assureront la coordination entre parents et professionnels dans la mise en œuvre du projet pédagogique.

Pour Jacqueline Costa-Lascoux, impliquer les parents dans les politiques publiques dédiées aux jeunes c’est construire une mécanique fragile qui exige des précautions. Elles passent impérativement par l’éthique, la diversité des lieux d’accueil et d’écoute, fussent-ils modestes, et le refus des actions catégorielles qui privilégieraient certains types de familles au détriment des autres. Il est par ailleurs «  essentiel que tous les acteurs respectent la logique de chacun. Le temps du politique n’est pas forcément celui des familles ou du travailleur social. Un élu n’a pas à tout savoir sur les familles. Si l’on veut ne pas jeter le discrédit sur l’ensemble de la démarche, il faut un minimum de déontologie et de strictes règles de confidentialité  », prévient-elle.

Des précautions intégrées par la ville d’Issy-les-Moulineaux. Celle-ci a fait du soutien à la parentalité, avec l’animation et la prévention, l’un des trois piliers de sa politique de jeunesse. «  Défendons-nous bien, explique Bruno Jarry, d’une tentation, lourde chez certains décideurs, qui tend à culpabiliser et sanctionner les parents. C’est oublier qu’ils sont, dans une écrasante majorité des cas, conscients de leurs responsabilités et cherchent à bien faire. Seulement, ils sont fragilisés par la précarisation de l’emploi et la perte des repères traditionnels. Nos sociétés évoluant tellement vite, ils manquent de clés pour comprendre le monde qui les entoure et doivent réinventer leur rôle au quotidien. "Comment préparer mon enfant à affronter le monde de demain ? Donnez-moi des idées, des conseils", voilà en substance le message inquiet qu’ils nous adressent  ». Un appel à l’aide que les acteurs publics se doivent d’entendre. Loin des modèles jacobins et de leurs remèdes condescendants. Loin encore des injonctions culpabilisantes. Les parents (eux) sont adultes.

Mise en ligne le mercredi 30 janvier 2008
Modifiée le mardi 3 février 2009

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