L’éducation populaire, l’Etat et La Ligue de l’enseignement
A LIRE CI-DESSOUS : Extraits d’un entretien avec Eric Favey, secrétaire national de la Ligue de l’enseignement (culture, éducation, communication) (décembre 2004)
"La Ligue de l’enseignement association est en même temps une institution républicaine, elle a toujours d’ailleurs été vécue comme ça."
"L’éducation populaire, c’est un nom qui est apparu parce qu’un jour les institutions publiques ont voulu qu’il apparaisse. De fait, en 1945, quand la France se réorganise autour de l’école, avec un secrétariat d’état à la jeunesse rattaché, il y a une action publique, un soutien public aux mouvements d’éducation populaire. C’est ce qui fait de fait apparaître nationalement le mot éducation populaire."
"Il y a une institutionnalisation de l’éducation populaire par le soutien de l’action publique jusque dans les années 80, il n’y aura jamais de recul et c’est le ministère Jeunesse et Sports qui incarne ça. Et à partir de 1980, on va en entendre moins parler. Il y a alors une multiplication de l’offre en général qui fait que ce que l’éducation populaire a fait quelque fois comme une béquille de son action ou de manière volontaire, progressivement passe en arrière plan et comme l’action publique et l’offre combinée avec l’offre privée, télévisuelle par exemple, monte en puissance en même temps que l’individualisme c’est-à-dire la capacité pour tout le monde, à titre autonome et individuel de se cultiver tout seul, d’aller chercher sa propre culture se développe, de fait toute l’action collective fondée sur le vieux fond de tradition et de démarche de l’éducation populaire passe en arrière plan. Cela ne veut pas dire qu’il disparaît, et je pense qu’une des hypothèses c’est qu’il est même en train de réapparaître. Mais pas sous les formes d’avant."
"Il y a des tas d’associations locales qui se développent, c’est très bien, mais par le jeu du clientélisme local, de la fragilité dans laquelle on les met quelque fois, elles sont aussi extrêmement instrumentalisées, surtout en période électorale. C’est classique. Ça ne veut pas dire que nous on est débarrassés de ça. On a disparu que pendant l’occupation, je ne sais pas vraiment pourquoi on a survécu à tous les régimes, je pense qu’une des raisons c’est qu’à un moment donné ; l’union fait la force. Aujourd’hui, on ne partage pas un certain nombre de choses avec le gouvernement, quand la gauche était au pouvoir on a dit aussi qu’on ne partageait pas un certain nombre de choses, ça ne nous empêche pas d’en partager d’autres, de renforcer ou d’accompagner l’action publique quand elle mérite de l’être et de revendiquer l’espace de liberté qui fait qu’on peut aussi conduire des projets en toute autonomie, et que, que ce soit l’Etat, ou les collectivités locales, ils n’ont pas à verrouiller complètement l’espace public et à considérer que les gens ne peuvent pas se prendre en charge pour faire des choses."
"L’éducation populaire, ça n’a jamais été une notion figée de toute façon. Sa définition, même s’il y a un agrément donné par un ministère… les conditions de l’agrément ce ne sont pas des conditions idéologiques, ce sont des conditions de forme, de respect du pluralisme, de respect des règles démocratiques minimum et d’objet dans le projet qui est un objet qui concoure à élever le niveau d’éducation et de culture."
Eric Favey
L’éducation populaire, l’Etat et les institutions
A LIRE CI-DESSOUS : Extrait d’un entretien avec Denis Adam, secrétaire général du SEP (Syndicat d’éducation populaire) et CEPJ (octobre 2004)
"Ce n’est pas la structure qui emploie qui fait que c’est de l’éducation populaire. Que ce soit un ministère, que ce soit une collectivité territoriale, que ce soit une association, etc., il peut y avoir une démarche d’éducation populaire ; ce n’est pas l’employeur qui décide que ça soit de l’éducation populaire."
"Chaque fois qu’on veut enfermer la démarche dans une structure, la structure l’emporte, la dénature, d’autant plus quand la structure est une institution, l’éducation populaire est une institution, les associations, c’est de l’institué, peut-on faire de l’éducation populaire dans l’instituant et pas dans l’institué ?"
"Je trouve dommage que l’Etat se désengage de l’éducation populaire, parce que je pense que c’est une vraie mission d’Etat, parce que je pense que dans l’éducation ; il y a l’éducation nationale et il y a d’autres formes d’éducation et que l’Etat a un vrai rôle à jouer sur toutes les formes d’éducation. Mais pas tout seul !"
"Peut-être que c’est bien aussi qu’il y ait des moments où l’institution soit en crise et que du coup l’éducation populaire, ça n’existe plus au ministère, parce qu’il va falloir qu’on rediscute, qu’on dise ce que l’on veut en faire."
"Au SEP, on milite pour l’aide à la vie associative. Au Danemark, l’Etat prête des locaux aux associations, aujourd’hui on est dans l’appel d’offres sur des projets. On ne peut pas développer une finalité, aujourd’hui c’est complètement administratif, il faut que les associations aillent là où le marché est ouvert, or si on les aide pour exister on serait dans une autre logique, il faut tout revoir, le système d’agrément aussi."
Denis Adam


