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Neuj’Pro : Rencontre des territoires

L’avenir des dispositifs jeunesse dans les territoires

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Comment les professionnels de jeunesse peuvent-ils mieux travailler ensemble ? Elus et techniciens issus des collectivités territoriales, de l’Europe, de l’Etat ou du champ associatif s’interrogent. L’enjeu : des politiques de jeunesse cohérentes et structurées de la MJC de quartier à l’administration bruxelloise, en passant par la région et l’Etat. Utopie ou défi ?

Organisées par le Conseil général de l’Allier, en partenariat avec l’INJEP, les dixièmes rencontres des acteurs et élus des politiques de jeunesse (Neuj’Pro) se sont tenues à Vichy du 12 au 14 octobre 2011. Une manifestation unique en France qui a réuni quelque 500 participants. Parmi les sujets évoqués figuraient l’avenir des coopérations et des partenariats entre collectivités dans le domaine de la jeunesse. Une première réunion des départements et des régions était animée par Bernard Pozzoli, vice-président du Conseil général de l’Allier chargé de l’Enseignement, des Transports scolaires et de la Jeunesse, Paul Guerry, son directeur de la Jeunesse, de la Culture, de l’Education populaire et des Sports et Nicolas Remond, responsable du service Jeunesse dans le département du Nord. Une seconde réunion, traitant des villes et des Intercommunalités, était animée par Jean-Claude Richez, coordonnateur de la mission observation et évaluation à l’INJEP.

Mutualisation des politiques de jeunesse dans les territoires : arlésienne ou solution d’avenir ?

A l’heure où les collectivités rencontrent des difficultés financières de plus en plus lourdes, nombre d’acteurs de jeunesse s’interrogent sur l’opportunité pour les régions, les départements, les communes et agglomérations de travailler ensemble. Outre la rationalisation des efforts financiers, les politiques de jeunesse gagneraient en cohérence et surtout en complémentarité, en mettant en place des schémas territoriaux. Séduisant sur le papier. Or, dans les faits, cette mise en cohérence, où les mots transversalité et mutualisation règnent en maîtres, reste encore dans le domaine de l’expérimental.

« L’éducation et la formation sont des items sur lesquels on travaille tous, mais il n’y a pas de schémas régionaux qui font le lien entre les différentes structures qui s’occupent de jeunesse », constate Bernard Pozzoli. Sur des thématiques particulières des partenariats se nouent à l’échelle des territoires, mais pour que la transversalité et la coopération s’opère au bénéfice des jeunes et des collectivités, il nous faut l’adosser à des visions globales et à des stratégies nationales ». L’élu pointe du doigt la loi du 16 décembre 2010 qui vise la simplification des structures territoriales (communes, intercommunalités, départements, régions), la réduction du nombre d’échelons territoriaux, la clarification des compétences et des financements, « et où, juge-t-il, le volet jeunesse n’est pas assez présent ». Au-delà de la vision nationale, Nicolas Remond, responsable du service Jeunesse dans le département du Nord, estime pour sa part que l’Europe doit être associée aux projets de mise en cohérence des politiques de jeunesse territorialisées. Il cite en exemple la polémique soulevée par les contrats d’engagement éducatif « en vigueur dans les centres de loisirs et dont le Conseil d’Etat vient de confirmer qu’ils se trouvent hors du champ de la légalité communautaire ».

Des schémas de coopération par opportunité

Pourtant çà et là, des initiatives de coopération entre les collectivités se font jour, permettant d’envisager des actions concertées dans les territoires. Ainsi, prend forme en Picardie un projet de politiques de jeunesse mutualisant les moyens des départements, de la région, des communes et des communautés de communes à travers un dispositif contractuel entre les acteurs. « Notre but, explique-t-on au conseil général de la Somme, est d’assurer un continuum éducatif de la maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur ».

Pour les acteurs de jeunesse des départements, un fort travail reste à faire pour légitimer une politique de jeunesse « hors aide sociale à l’enfance », exposent les professionnels de jeunesse du conseil général de Gironde. Dès lors, les différents acteurs territoriaux sont toujours en recherche d’équilibre et de contractualisations. Les liens se nouent sur des contrats d’objectifs et de moyens concernant des thématiques particulières comme l’insertion des jeunes qui permettent d’expérimenter des collaborations entre les acteurs des politiques de jeunesse. Le Conseil général du Val-d’Oise, par exemple, a reformaté un ancien dispositif d’accès à l’emploi des jeunes, dans un nouveau dédié à l’entrée dans la vie active, intégrant les dimensions de l’insertion, de la mobilité et de l’initiative des jeunes. Il s’agit pour ses initiateurs d’articuler une politique d’accès à l’emploi et d’autonomie des jeune entre « des territoires quasi parisiens et d’autres plus ruraux et enclavés ». Les dynamiques de travail sur le thème de l’insertion associent le département et le conseil régional d’Île-de-France, « dans un schéma de coopération par opportunité plus que dans un schéma global de politique de jeunesse associant région et départements ».

Même son de cloche en Bretagne, où la coopération territoriale en matière de jeunesse a pris la forme d’une charte d’engagement en faveur de la jeunesse, en collaboration avec les instances de représentation des jeunes. La région a réuni quatre grands départements, les plus grandes villes et les communautés d’agglomération de Bretagne pour lancer, dès juin 2012, un plan d’action concerté sur l’emploi et l’insertion des jeunes.

Inégalités territoriales, rôle de l’Etat

« La transversalité, faites-la et faites-la vite » , enjoint pour sa part Philippe Lenglet, délégué général de la Ligue de l’enseignement de l’Allier. « Tout le monde parle de la transversalité, mais rien ne change. Ca bouge très doucement. C’est très compliqué à se mettre tous autour d’une table. C’est de la faute à personne et c’est de la faute à tout le monde. Y compris nous les associations d’éducation populaire rompues au travail avec les collectivités, trouvons plus simple de conserver les logiques antérieures. Mais en raison de la baisse de nos ressources financières, et afin de gagner en cohérence, il faut y parvenir, ce qui implique une révolution culturelle. »

Au-delà de cette révolution culturelle, la coopération des territoires dans le champ de la jeunesse se heurte aux déséquilibres territoriaux en matière de présence associative et d’investissement des communautés de communes, qui prennent en compte de façon inégale les problématiques de jeunesse : « On a du mal à trouver des interlocuteurs en-dehors des grandes agglomérations de Lille ou Dunkerque », explique Nicolas Remond, responsable du service Jeunesse dans le département du Nord. « Les besoins sociaux ne sont pas couverts parce qu’on n’a pas les interlocuteurs locaux, c’est-à-dire les intercommunalités. Or, c’est un travail qui implique qu’on mobilise les compétences optionnelles. On a une France de l’Ouest qui a compris les enjeux et a beaucoup maillé, et une France du Nord où les politiques de jeunesse globalisées sur les territoires ruraux ne sont pas faites ».

Pour Jean-Claude Richez, il y a certes « nécessité d’une réflexion la plus large possible pour que les compétences jeunesse touchent les communautés de communes et d’agglomération. Il s’agit ici de trouver des déclinaisons adaptées en fonction des sociologies locales (rurale, populaire) » ; mais, juge le coordonnateur de la mission observation et évaluation de l’INJEP, « le tort serait d’institutionnaliser des politiques de jeunesse sans faire un effort sur la professionnalisation des acteurs ».

Secteur professionnel « peu institué » et réparti en « filières disparates, celles de l’Etat (BP, DEFA) connaissant un fort taux d’échec » et celles des collectivités « qui s’adressent aux catégories B »… les professionnels de jeunesse ne manquent pas seulement de qualifications, mais aussi, de filières et de carrières reconnues et solides. Or, fait valoir Jean-Claude Richez, « ces questions doivent être tranchées au terme de débats publics forts ».

Les articles du dossier Neuj’Pro 2011

- Les Rencontres nationales des élus et professionnels de la jeunesse fêtent leur 10e édition !
Interview de Jean-Claude Richez, coordonnateur de la mission observation et évaluation (MOE) de l’INJEP.

- Destin de génération : qu’est-ce qui a changé en 10 ans pour les jeunes ?

- Frédéric Martel : pour une meilleure compréhension de la "mainstream culture"

Neuj’Pro 2011 : retour sur l’événement en vidéo

Reportage vidéo de la manifestation et allocution de Jean-Paul Dufrègne, président du Conseil général de l’Allier

Les + du centre de ressources de l’INJEP

- La crise : quel avenir pour les jeunes ?
Dans le contexte des présidentielles 2012, cette émission diffusée sur France Inter met face à face Benoist Apparu, secrétaire d’Etat chargé du logement et de l’urbanisme, et Bruno Julliard, secrétaire national (PS) chargé de l’éducation.

- Contrat de génération ou génération aidée ?
Commentaires des propositions de François Hollande d’instaurer un "contrat de génération", par la Fondation Ifrap.

- Jeunes, une génération précaire
"Le Secours Catholique publie son rapport statistique annuel sur l’évolution de la pauvreté en France. Cette année, l’étude analyse particulièrement la précarité des jeunes de 18 à 25 ans.

- Déclaration commune B20-L20 : emploi des jeunes
A l’occasion du sommet du G20 à Cannes, les 3 et 4 novembre 2011, les organisations patronales des pays membres du G20 (B20) et syndicats des pays membres du G20 (L20) des principaux pays riches et émergents ont signé et remis aux dirigeants des pays du G20 une déclaration visant à définir un socle commun de protection sociale et de lutte contre le chômage face à la crise. L’emploi des jeunes y apparaît prioritaire.

Mise en ligne le mercredi 9 novembre 2011
Modifiée le mardi 29 novembre 2011

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